Mercredi 24 octobre 2018
Le cabinet de curiosités par François Lafon

Cela date du début du (XXIème) siècle avec la création de LSO (London Symphony Orchestra) live et SFS (San Francisco Symphony) live. Lâchés par les compagnies historiques (Deutsche Grammophon, EMI, Sony, RCA) pour cause de crise du disque, les orchestres ont créé leurs propres labels. Au choix : CD ou téléchargement. Le Philharmonique de New York propose cinquante heures de musique (trente œuvres) sur ITunes, à cinq euros l’heure. Bon point : des textes de présentation soignés. Mauvais point : l’impossibilité sur ITunes de classer les œuvres par titres ou compositeurs. Le Philharmonique de Berlin, lui, offre une « salle de concerts digitale » sur son site berliner-philharmoniker.de. Pour 149 euros, vous achetez l’accès illimité aux concerts de la saison, pour 29 euros à ceux du mois et pour 10 euros le dernier en date, en direct ou quarante-huit heures après leur mise en ligne. Le Concertgebouw d’Amsterdam, le Symphonique de Boston, l’Orchestre de Philadelphie ont créé eux aussi une formule de téléchargement, et publient leurs archives en CD. Le Philharmonique de Vienne ne va pas jusqu’à mettre ses concerts en ligne (on n’est pas moderne, sur les bords du Danube), mais propose sur son site une grande partie de son énorme discographie en CD. Et les orchestre français ? Naïve a distribué en CD quelques enregistrements live de l’Orchestre National en coproduction avec Radio-France, l’Orchestre de Paris a mis en ligne quelques-uns de ses concerts historiques (Le Requiem de Verdi dirigé par Giulini, Le 1erConcerto pour piano de Bartok par Pollini et Boulez) avec le soutien de la banque Natexis. Nous sommes loin de la création d’un label ou de la mise en ligne d’une saison. Difficultés financières, lourdeur administrative, déficit d’image sur le marché international ? Un peu de tout cela, sans doute.

François Lafon

vendredi 27 août 2010 à 11h10

Après  Comment voyager avec un saumon (Umberto Eco - Grasset, 1997), voici Comment voyager avec un violon. Une jeune élève (douze ans) de la Cheatham School of Music de Manchester s’est présentée récemment à l’embarquement d’un vol de la compagnie low cost Ryanair avec sa boite à violon. « En soute les bagages ! », lui-a-t-on intimé. « Mais cela abîmerait mon violon. Mes parents ont téléphoné. On leur a répondu qu’il n’y avait pas de problème. » « Il n’y en a pas si vous achetez un siège pour le violon. C’est 230 euros ». L’affaire n’est pas nouvelle, puisque 13 000 (!) mécontents  ont formé sur Facebook le collectif « Musiciens contre Ryanair », désormais relayé par  la très officielle Incorporated Society of Musicians (Grande-Bretagne). La compagnie irlandaise (4800 employés, 557 liaisons dans toute l’Europe, 306 nouveaux Boeing 737 commandés pour 2012) est réputée pour ses méthodes expéditives : surexploitation des pilotes, limitation du kérosène obligeant les appareils à se poser sans attendre leur tour, subventions abusives (et sanctionnées par la Commission européenne) réclamées aux aéroports. En février 2008, Ryanair a été condamné à verser 60 000 euros à Carla Bruni pour avoir agrémenté sa publicité dans le quotidien Le Parisien d’un portrait du couple présidentiel en vacances à Louxor. Comme quoi, quand ça l’arrange, Ryanair n’hésite pas à sortir les violons. 

François Lafon

Les voilà qui recommencent! Après Tosca (1992) et La Traviata (2000), c’est Rigoletto que les télés de cent-trente-huit pays vont diffuser en direct, dans les lieux et aux heures où l’action est censée se passer. C’est moins absurde que la récente Traviata (encore elle) en direct de la gare de Zürich ou La Bohème filmée live dans un centre commercial. Pour Tosca, les fans s’étaient levés à six heures du matin, heure à laquelle se passe le 3ème acte. Cette fois, le dénouement s’adresse aux couche-tard : 23h30 dimanche 5 septembre, depuis le Castello du San Giorgio à Mantoue (photo). Le premier acte aura été donné la veille au soir au Palazzo Te, et le 2ème le jour même en matinée, au Palazzo Ducale. Cela s’appelle événementialiser l’événement. Et dire que si Verdi n’avait pas été obligé par la censure de transposer l’action dans un duché, sous prétexte que le spectacle d’un roi débauché n’était pas un bon exemple pour le peuple, Rigoletto se serait passé à Paris, à la cour de François 1er, comme dans la pièce de Victor Hugo ! La distribution est attirante, avec deux rescapés de Tosca : Placido Domingo - désormais baryton- dans le rôle-titre, et Ruggero Raimondi - toujours basse - en Sparafucile. La mise en scène est signée Marco Belloccio, ex-jeune loup du cinéma d’auteur, et Zubin Mehta, basé au Teatro Scientifico Bibiena avec l’Orchestre National de la RAI, retrouve les écouteurs qu’il portait pour diriger Tosca à distance. Les amateurs du direct et de ses aléas ne manqueront pas le triple rendez-vous, car la version DVD sera probablement nettoyée. Ainsi dans Tosca, seuls les nostalgiques du magnétoscope peuvent encore visionner le moment, au deuxième acte, où Domingo, suprêmement professionnel, opère un rétablissement acrobatique après s’être pris les pieds dans un câble mal fixé.

Sur France 3, le 4 septembre à 20h35 (acte I), et le 5 septembre à 14h15 (acte II) et 23h30 (acte III)

Nom : Cosima Wagner. Domicile : Bayreuth. Biographie : fille illégitime, muse d'un génie, épouse et mère dévouée. Voici en quelques lignes la carte d'identité de la deuxième épouse de Richard Wagner sur Twitter, ce réseau social où vous déposez des messages très courts (140 caractères maximum, format SMS) que vos amis peuvent lire sur Internet ou sur leur téléphone portable. Bien sûr, Wahnfried, la maison des Wagner à Bayreuth, ne disposait pas d'une connexion à Internet à la fin du XIXè siècle. Mais sur Twitter, rien ne vous empêche de prendre l'identité d'un personnage historique (ou de fiction, pourvu qu'il ne soit pas protégé par des droits d'auteur) et de mettre en ligne son Journal. Celui de Cosima Wagner est l'un des plus passionnants qui soient. Une épouse peut après tout écrire des choses sur son génie de mari qu'aucun biographe ne devinerait, et dévoiler ses petites manies ou ses grandes qualités. « R » est un père attentif, qui aime jouer avec ses enfants et s'inquiète pour leur avenir, qui fait plaisir à sa femme en jouant des passages de Tristan au piano tandis qu'elle lit le livret, ou fait une simple promenade dans le bois. Mais la fille de Franz Liszt n'oublie jamais de noter les réflexions de R sur la musique et les arts : « Après-midi avec R, joué deux symphonies de Haydn, pendant lesquelles il note que, en matière de forme, Haydn est un maître plus grand que Mozart » ; « R a parlé encore de Berlioz, ''qui entendait visuellement d'une manière merveilleuse, et cela réveillait ses pouvoir d'invention. Sinon pitoyablement mince'' ». Et de discuter sur la « stupidité » de la musique de Mendelssohn et la beauté des mélodies de Bellini. Mais Beethoven est sa véritable obsession : « R demande à quoi a servi Beethoven : "Ils n'ont rien appris de lui, tout ce qu'ils font, c'est essayer de l'imiter'' » ; « Ma vie, s'écrie R, n'a pas atteint le final en Ut majeur de la Symphonie (n° 5 de Beethoven) en Ut mineur. Tout ce dont je me souviens est trivial ». Il y a aussi des nouvelles des contemporains : « R me lit une lettre étrangement intelligente que Herr Brahms lui a écrit pour lui remercier de lui avoir envoyé Das Rheingold ». Cosima nous dévoile un peu de l'inconscient du compositeur, victime d'un sommeil léger : une nuit il rêve « qu'il a ajouté un ballet dans la scène de Kundry (dans Parsifal), incluant un boléro », une autre qu'« un Pape qui ressemble à Bruckner lui rend visite, et quand R va pour baiser sa main, Sa Sainteté l'embrasse ». Mais la France et les Français, objet de amour et de haine pour Wagner, sont parfois le pire de ses cauchemars : « La nuit dernière R a rêvé en français ».

Pablo Galonce

L’opéra au cinéma, en HD et en direct, est une affaire qui marche : salles chauffées à blanc et premières loges pour tout le monde. Mais le concert ? Plan d’ensemble sur les violons en nage, close up sur le rictus du clarinettiste, contreplongée sur le chef gesticulant. A la télévision ou sur votre ordinateur, le spectacle n’est pas toujours glamour. Alors sur écran géant ! C’est pourtant ce que vont tenter deux orchestres, et non des moindres : le Philharmonique de Berlin et l’Orchestre de Philadelphie. Ce dernier voit grand : neuf programmes de la saison 2010 - 2011 diffusés dans cinquante-cinq cinémas de Pennsylvanie, de Floride, du Texas, de Californie, de l’Illinois et du Wisconsin. La démarche de Berlin n’est pas moins conquérante : dans soixante salles de onze pays d’Europe, les mélomanes vont, le 27 août à 18h45, voir en entendre en direct de la Philharmonie la 4ème Symphonie de Beethoven et la « Titan » de Mahler. En Allemagne, certaines salles affichent entrée libre. Au Royaume-Uni, la presse bat tambour : c’est Sir Simon Rattle qui est au pupitre, et apparemment, cela commence à bien faire que les Allemands aient le quasi-monopole du plus illustre (avec les Beatles) des natifs de Liverpool. Plus fort encore : Rising Alternative, le distributeur, annonce l’intégrale des Symphonies de Mahler que Sir Simon a programmée à Berlin pour commémorer à la fois le 150ème anniversaire de la naissance du compositeur (7 juillet 2010) et le centenaire de sa mort (18 mai 2011). Mais à quoi vont servir les valeureux orchestres régionaux, qui jouent Mahler comme tout un chacun (l’épidémie fait rage par les temps qui courent), si le Philharmonique de Berlin vient chasser sur leurs terres, relayé par la technique moderne ? En France, la question ne se pose pas : faute d’accords avec l’orchestre, le concert ne sera pas diffusé.

François Lafon

mercredi 18 août 2010 à 09h56

Si l’on prend les initiales de Center for History and Analysis of Recorded Music (Centre d’Histoire et d’Analyse de la Musique Enregistrée), cela donne CHARM. Tout un programme ! Installé à Londres depuis 2004 et élaboré sous l’égide du King’s College, le CHARM part du principe que « même lorsque la musique existe sous la forme d’un texte écrit, les interprètes jouent un rôle essentiel dans l’expérience qui, pour la plupart des gens, est la musique elle-même ». Une manière de considérer l’interprétation comme un élément de la création. Cela ne plait pas à tout le monde, mais ne manque pas de bon sens, dans la mesure où un siècle d’archives sonores permet désormais d’apprécier l’évolution de l’interprétation, c’est à dire de la compréhension d’une œuvre. Les intitulés des quatre chantiers en cours sentent leur université : « Concert et enregistrement entre 1925 et 1932 », « Evolution de l’interprétation des Lieder de Schubert », « Analyse du motif dans l’interprétation », « Style, sens et interprétation des Mazurkas de Chopin ». Mais les conclusions, assistées et disséquées par ordinateur, s’adressent à un public plus large, dans la mesure où elles s’étendent, entre autres, aux significations sociales et culturelles révélées par l’interprétation et la manière dont celle-ci est reçue. Pour le commun des mélomanes, le site du CHARM propose près de cinq-mille enregistrements bien souvent indisponibles ailleurs, à écouter ou télécharger gratuitement. On découvre comment on chantait les Madrigaux de Byrd en 1923, comment John Barbirolli dirigeait Elgar à l’époque où les Variations Enigma étaient de la musique contemporaine, ou comment Mischa Spoliansky et le Julien Fuchs Symphony Orchestra faisaient swinguer la Rhapsody in Blue de Gershwin en 1927. De quoi  faire réfléchir ceux qui  croient encore qu’il existe des interprétations définitives des chefs-d’œuvre du répertoire.

François Lafon

samedi 14 août 2010 à 20h32

Dans la famille des bébé-stars, voici Jackie Evancho, dix ans et quatre mois, qui a mis le Nouveau Monde à ses genoux, le 10 août, en chantant O mio Babbino caro (Puccini, Gianni Schicchi)  au cours de l’émission-jeu de la NBC America’s got talent. Sur YouTube, la vidéo de l’émission fait un carton. Sur Wikipedia, où elle est déjà répertoriée, la jeune Jackie est définie comme « une jeune soprano née à Pittsburgh, Pennsylvanie ». On apprend que sa vocation est née il y a deux ans, au cours d’une représentation du musical Le Fantôme de l’Opéra (Andrew Lloyd Webber), et qu’elle n’en est pas à son premier jeu télévisé. On découvre aussi qu’en 2009 elle a enregistré un disque, sur lequel elle chante la chanson Con te partiro, qui a lancé Andrea Boccelli, déjà O mio Babbino caro et l’Ave Maria de Schubert, ce dernier non en allemand, mais en latin. La presse la compare à Susan Boyle, eu égard aux circonstances et à la soudaineté de son succès. Renaud Machart, dans Le Monde, lui consacre un article élogieux, louant en particulier la joliesse de son timbre, et rappelle que Jackie Evancho a été précédée aux Etats-Unis  par Beverly Sills, qui maniait le contre-fa à l’âge de huit ans dans des radio-crochets, et en Angleterre par Charlotte Church,  promise à onze ans à une grande carrière lyrique après son passage au Big, Big Talent Show sur la BBC. La jeune Jackie deviendra-t-elle une Sills du XXIème siècle, une pop star doublée d’une animatrice-télé, telle Charlotte Church, ou … rien ? On ne peut même plus, de nos jours, rêver à des lendemains qui chantent en écoutant Un bel di vedremo (Puccini, Madame Butterfly), interprété le 7 avril 1935 à L’Heure des Amateurs du commandant Bowles par une adolescente dont la voix ressemble étrangement à celle de Maria Callas. Le document est, paraît-il, un faux. Mais c’était avant YouTube et la télévision.

François Lafon

Quand Kim Jong-il est venu en visite officielle à Pékin au mois de mai, il a apporté dans ses bagages un opéra chinois chanté en coréen. Prévue pour trente jours, la tournée a duré deux mois et demi. Explication du succès par les responsables de la compagnie Mer de Sang (en référence, non à l’idéal militaire de la Corée du Nord, mais à un opéra anti-japonais créé en 1971) : « Nous avons recueilli les conseils et écouté les suggestions de notre Dirigeant bien-aimé ». Explication à l’usage des sceptiques occidentaux : il s’agit d’une adaptation du Rêve dans le pavillon rouge, un classique chinois datant du XVIIIème siècle, une sorte de Roméo et Juliette d’autant plus  connu qu’il a récemment été réactivé sous forme de série télé en quatre-vingt-trois épisodes. Précision des spécialistes : l’opéra nord-coréen est populaire en Chine depuis la Révolution culturelle. A l’époque, l’amour romantique et la magie -  denrées de base du genre - étaient interdits à Pékin mais tolérés à Pyongyang. Bémol diplomatique : Kim Jong-il est reparti pour la Corée avant la première du Rêve dans le pavillon rouge, à laquelle il devait assister en compagnie de son homologue chinois Hu Jintao. Interprétation des médias étrangers : le Dirigeant bien-aimé n’était pas satisfait de son voyage. Rectification du journal officiel Le Quotidien du peuple : il est parti plus tôt que prévu parce que sa visite avait atteint tous ses objectifs. Complément d’information troublant : dans le but d’amener son peuple à « une meilleure compréhension de la culture mondiale » et pour « célébrer le dixième anniversaire de l’amitié et de la coopération bilatérale entre la Corée du Nord et la Russie », Kim Jong-il a supervisé l’année dernière la production d’un autre opéra : Eugène Onéguine de Tchaikovski. Névrose individualiste dans une société de classes : le Dirigeant bien-aimé fait décidément confiance à la culture pour faire passer ses messages. 

François Lafon

Vos enfants vous traitent de has-been quand vous écoutez la 4ème Symphonie de Brahms par Carlos Kleiber et le Philharmonique de Vienne ? Branchez-les sur les GSO (Game Symphony Orchestra), des ensembles issus des universités américaines, et spécialisés dans l’accompagnement de jeux vidéo. Aux Etats-Unis, les orchestres les plus traditionnels, en mal d’inspiration et en panne de subsides, ont même pris le relais des GSO. L’Orchestre National de Washington, par exemple, vient de faire un tabac avec un concert monstre accompagné de projections sur écrans géants, à l’occasion du vingtième anniversaire du jeu Final Fantaisie. Au programme : Distant Worlds, musique de Nobuo Uematsu. Le Symphonique de San Francisco (directeur : Michael Tilson-Thomas) et celui de Houston s’y sont mis sans état d’âme, et c’est une phalange européenne, le Philharmonique Royal de Stockholm, qui a enregistré Distant Worlds (AWR Records, distribué par Sony). Mais d’où vient que les amateurs de jeux vidéo, genre aussi peu classique que possible, soient toqués de musique orchestrale ? De Star Wars bien-sûr. Tommy Tallarico, le créateur et manager de ces concerts Video Games Live, a vu la saga quand il avait dix ans : « C’était la première fois que j’écoutais de la musique orchestrale. Quand j’ai su que John Williams se réclamait de Mozart et Beethoven, je me suis précipité pour acheter des disques. Mon but dans la vie a changé : je ne voulais plus être une rock star, mais un compositeur sérieux ». Le rêve américain pas mort ! Mais au fait, à quoi ressemble-t-elle, cette musique d’autant plus évolutive qu’elle peut-être recomposée à l’infini selon la façon dont vous jouez et rejouez devant votre écran ? Disons, pour être gentil, qu’elle est à la BO de Star Wars ce que Les Planètes de Holst est à la 4ème de Brahms.

François Lafon

mardi 3 août 2010 à 13h15

Elles sont jeunes, jolies et elles enregistrent des disques. De là à  remplacer « et » par « donc »… Dans un marché discographique englué dans la crise, le programme de la rentrée est en tout cas édifiant : Deutsche Grammophon annonce la mezzo lettone Elina Garanca (sur la photo) dans un programme de Habaneras (et dans … Carmen en DVD), Decca passe ses caprices à la violoniste Julia Fischer, à commencer par ceux de Paganini, EMI prolonge les vacances avec Solatino sous les doigts de  la pianiste Gabriela Montero, Jade réveille L’Eternel byzantin avec la diva Divna. Chez Sony, la pianiste Khatia Buniatishvili (23 ans) signe un contrat d’exclusivité inauguré par un album Liszt, et DG déroule le tapis jaune à la violoniste Lisa Batiashvili (à ne pas confondre avec la précédente). Côté messieurs, le look n’est pas moins décisif : le contre-ténor Philippe Jarrousky ressuscite Caldara dans la foulée de son JC Bach de la saison dernière (Virgin), le violoniste Kennedy retrouve sa casquette de rocker et son prénom Nigel pour un disque en quintette intitulé « Shhh ! » (en français : « Chut ! »), tandis que le photogénique pianiste Yundi perd définitivement son patronyme Li sur la couverture de son récital Chopin (EMI). Comme tous ces gens ont du talent, on ne connaîtra jamais la part du look dans l’éventuel succès de leurs disques.

François Lafon

lundi 2 août 2010 à 12h47

Depuis mercredi 29 juin, les billets de 20 livres sterling représentant le compositeur Edward Elgar ne sont plus acceptés dans les magasins du Royaume Uni. Le 20 £ à l’effigie d’Adam Smith, le « père de l’économie moderne », lancé en 2007, reste seul en circulation. Le symbole est clair. Ce ne sont plus Pump and Circonstances ni les Variations Enigma qui motivent les sujets de Sa Gracieuse Majesté. « Une honte, » s’indigne Jeremy Dibble, spécialiste de la musique anglaise à l’Université de Durham. « Elgar est une figure emblématique de l’inspiration artistique en Angleterre. Le laisser tomber en dit long sur la façon dont les arts sont maintenant considérés dans notre pays. » En 1993, quand Shakespeare a été chassé par le savant Faraday du même billet de 20 £, sur lequel il régnait depuis 1970, le tollé n’a pas été moins grand, et n’a cessé que quand … Elgar a pris le relais en 1999. En France, deux musiciens ont eu les honneurs de la planche à billets : Berlioz (1976) et Debussy (1981). Personne ne s’est offusqué, au pays de la littérature, du fait que ceux-ci n’aient valu que 10 et 20 francs, alors que Racine et Corneille avaient pesé 50 et 100 francs. Les Anglais ne sont décidément pas près d’adopter l’euro, dont les billets affichent des ponts, des portes et des fenêtres, censés « définir l’identité européenne et affirmer son union avec le reste du monde. »

François Lafon