Mercredi 24 octobre 2018
Le cabinet de curiosités par François Lafon
mercredi 30 avril 2014 à 10h32

Disparition de Micheline Dax, quatre-vingt dix ans, reine du théâtre de boulevard et voix de Miss Piggy dans le Muppet Show. Son apparition, appuyée sur une console géante dans le spectacle Les Branquignols (1972 - Théâtre La Bruyère, rôle de Mme de Mortemouille) est de ces chocs qui vous marquent longtemps. Siffleuse aussi (Les plus grands airs sifflés – 1995, Parlophone), mais surtout chanteuse, et pas seulement de variétés. « Quelle tessiture ? » « Soprano léger » répondait-elle d’une voix de baryton-basse. Pour preuve, cette Veuve joyeuse de Lehar (La Voix de son maître – 1967, avec Michel Dens et Suzanne Lafaye) où elle chante Missia Palmieri en français avec l’accent anglais (une tradition oubliée). Ou bien La Vie parisienne d’Offenbach à la télévision (31 décembre 1967, DVD Editions Montparnasse) avec la Compagnie Renaud-Barrault, où elle succède à Suzy Delair dans le rôle "à voix" de Métella. Rien à voir donc avec Françoise Rosay – autre voix de mêlécasse autrefois lyrique – qui avait chanté Salammbô de Reyer et Thaïs de Massenet au Palais Garnier avant d’occuper durablement, au cinéma, les emplois de maîtresse femme. Encore que… En 1972, dans le dessin animé Tintin et le lac aux requins, elle prêtait sa voix à Bianca Castafiore.

François Lafon

Vidéo : Micheline Dax dans Vos gueules les mouettes de Robert Dhéry

jeudi 24 avril 2014 à 00h07

Puccini réorchestré par Bernd Alois Zimmermann, ou accident d’orchestre pour cette Bohème contemporanisée par le metteur en scène Philippe Sireuil à l’Opéra de Zürich en 2007 ? Comme nombre de ses confrères, le ténor Marcelo Alvarez transpose sa partie dans le grave pour éviter les notes trop aiguës. Le chef Paolo Carignani n’a apparemment pas été prévenu. Résultat ici :


Parution du Jardin de Monsieur Rameau, deuxième album des Arts Florissants Editions après Belshazzar de Handel (voir ici). Packaging de luxe, avec livret soigné et insert d’une nouvelle originale, cette fois signée du romancier Adrien Goetz et intitulée Dans un jardin en Normandie. En fait de jardin musical : Rameau et ses satellites, Rameau dans son époque. Montéclair, Dauvergne, Campra, le jeune Gluck (avant la « réforme » lyrique qui enterrera, entre autres, Rameau), ainsi que Nicolas Racot de Grandval, dont la cantate Rien du tout met en scène une chanteuse menaçant de ne plus chanter sur des airs de Campra, Montéclair etc. Il y a même, glissés entre les extraits d’Hippolyte et Aricie, de Dardanus et des Indes galantes, des canons tirés du Traité de l’harmonie de Rameau, et intitulés « Ah, loin de rire » ou « Réveillez-vous, dormeur sans fin ». Jeunes pousses vocales issues de l’académie Le Jardin des voix, Arts Florissants plus efflorescents que jamais dirigé par un Christie toujours vert : puisque métaphore botanique il y a … Le livre-disque – concept développé pour tenter d’enrayer la chute des ventes de CD - relèverait plutôt de la métonymie : on lit un disque, on écoute un jardin. Un concept assez ramiste, à y bien regarder.

François Lafon

Le Jardin de Monsieur Rameau. Les Arts Florissants – William Christie Editions, n°2

vendredi 11 avril 2014 à 11h58

Héraut et bénéficiaire du passage des labels EMI/Virgin dans le giron de Warner/Erato : Maurice André. « La plus grande joie de notre père a toujours été l’espoir de voir un jour réunis ses enregistrements réalisés durant plus de 40 ans pour ses deux labels exclusifs », se souviennent ses enfants Liliane, Béatrice et Nicolas. Deux ans après la disparition du roi de la trompette, le coffret de 3 CD Le Meilleur d’une vie a tout de la compilation décomplexée : mouvements isolés de concertos, transcriptions de chansons et d’airs d’opéra, fantaisies et suites sur des thèmes connus, issus en effet des catalogues Erato et EMI. Les fans admireront le génie de leur idole à passer d’un répertoire à l’autre, les autres pointeront une curieuse unité de style entre le Concerto de Hummel et Les Moulins de mon cœur. Les discophiles nostalgiques pourront jouer à « qui a fait quoi » façon Trivial Poursuit. Le Concerto en mi bémol majeur de Haydn : avec Karajan et le Philharmonique de Berlin ou Riccardo Muti et le Philharmonia ? L’Air de la Reine de la nuit : Michel Plasson et le Capitole de Toulouse ou Marc Soustrot et l’Opéra de Monte-Carlo ? Les Feuilles mortes : François Rauber ou André Carradot au pupitre ? Le 2ème Concerto Brandebourgeois de Bach avec l’Orchestre Jean-François Paillard : chez EMI ou Erato ? « Bien souvent, on va chercher des complications inutiles. Je me suis dit : une embouchure, c'est ni plus ni moins qu'un bout de fer qu'on met sur les lèvres. Plus le bord est étroit, plus il va couper la lèvre. Mais, à l'opposé, plus il sera large, plus il sera reposant », expliquait Maurice André. Le reste n’est en effet que littérature.

François Lafon

Maurice André, le meilleur d’une vie. Enregistrements 1958-1997. 3 CD Erato.

samedi 5 avril 2014 à 12h42

Intense, moelleux, contemporain, sophistiqué, sans prétention : cinq catégories constituant le MUSIC model dégagé par le Journal of Personality and Social Psychology (USA) à partir d’un panel de 250 000 personnes sur une période de dix années. «Nous sommes partis de l’idée communément admise que le goût musical n’évolue plus une fois venu l’âge adulte, mais nos expériences et nos recherches dans d’autres domaines de la psychologie nous ont convaincus du contraire, » déclare en guise de préliminaire Arielle Bonneville-Roussy, du département de psychologie de Cambridge. Musique intense - punk et metal puis pop et rap - pour les ados en quête d’identité, moelleuse et contemporaine – electronic et R&B – pour les jeunes adultes avides de découvrir l’(es) autre(s) et de partager ses émotions, sophistiquée – jazz, classique – et sans prétention - country, folk, blues – pour un âge mûr partagé entre « l’esthétique complexe de haute culture liée au statut social et à l’intelligence acquise » et « le sentiment de la famille, de l’amour et de la perte ». « Epuisé par le travail et la famille, on a besoin de détente », précise le rapport. Amalgame significatif, impliquant que le jazz est avant tout nostalgique et le classique essentiellement lénifiant. Des clichés qui ont décidément la vie dure.

François Lafon