Lundi 24 septembre 2018
Le cabinet de curiosités par François Lafon
lundi 24 septembre 2012 à 09h14

Ca y est : la Commission européenne a donné son aval au rachat d’EMI par Universal, validant l’accord passé en novembre dernier et le chèque de 1,9 millions de dollars déjà encaissé aux deux tiers par Citygroup, la banque américaine jusqu’ici propriétaire d’EMI. Mais comme il ne faut pas que le monstre soit trop gros, Universal doit se délester de différents labels représentant les deux tiers du chiffre d’affaire d’EMI en Europe. Voilà donc, entre autres, EMI Classics France et Virgin Classics, tous deux basés à Paris, remis sur le marché après une période d’incertitude dont les artistes et les mélomanes ont déjà fait les frais : plus de « signatures », pénurie d’enregistrements. Les autres majors, Warner, Sony et BMG sont sur les rangs, cette dernière, à capitaux européens, ayant, d’après Le Monde, la préférence de la Commission. Dans le cas d’une vente à la découpe, des labels indépendants, comme le français Naïve, pourraient être intéressés par une part du gâteau. Une seule prise de guerre à laquelle Universal tienne vraiment. Maria Callas ? Non, les Beatles.

François Lafon

Pavarotti n’est plus là, Boccelli plafonne : place à Alessandro Brustenghi, trente-quatre ans et un physique de cinéma, le nouveau ténor italien « signé » par Decca. Particularité de l’artiste : il est franciscain, ébéniste-menuisier, préposé à l’accueil des touristes à la basilique Santa Maria degli Angeli d’Assise. Son clip de présentation le vend comme tel : robe de bure, sandales, barbe de trois jours, main sur le cœur, regard tourné vers le ciel. On le voit aussi, sur une photo, traverser Abbey Road, quarante-trois ans après les Beatles, sous le regard bienveillant des passants. Titre de son premier album, à paraître cet automne : The Voice from Assisi. Un bon client pour les marketeurs : ténor (forte connotation sexuelle) mais moine (délices de l’interdit), symbole de réussite (il va gagner beaucoup d’argent), mais vœu de pauvreté (c’est son ordre qui touchera les royalties). A cela s’ajoute l’attrait du danger : Sœur Sourire a quitté son couvent, l’un des Prêtres a jeté la soutane aux orties. Ultime séduction : il possède une voix naturelle assez reconnaissable, mais largement perfectible, si l’on en juge par le Panis Angelicus qu’il interprète sur son clip. Comme pour rappeler que la perfection n’est pas de ce monde.

François Lafon

lundi 10 septembre 2012 à 12h11

Bilan des Proms 2012 à Londres : 76 concerts au Royal Albert Hall (4000 places), 12 au Cadogan Hall (900 places) ; fréquentation moyenne : 93% ; billets vendus : 300 000 ; concerts sold out au Royal Albert Hall : 51 ; retransmissions à la BBC : 11 millions de téléspectateurs ; la Dernière nuit des Proms (gala de clôture, particulièrement festif) en direct et en 3D dans de nombreuses salles de cinéma. Au programme : Beethoven, Boulez et John Cage, Nixon in China et My Fair Lady, les Philharmoniques de Berlin et de Vienne, le Gewandhaus de Leipzig et le West-Eastern Divan Orchestra de Daniel Barenboim pour la clôture des Jeux olympiques. En créant les Proms en 1895, Sir Henry Wood s’est inspiré des Pleasure Garden Concerts (concerts de jardins publics) londoniens du XVIIIème siècle, mais aussi des concerts monstres de Berlioz au Cirque Olympique des Champs-Elysées. Encore une fois, la France a innové, puis laissé passer le coche.

François Lafon

Fifty Shades of Grey, the classical album (EMI), music selected by the author EL James. Sur la couverture bleu nuit, un noeud de cravate en soie argentée. Track listing : des tubes signés Bach, Chopin, Verdi, Villa-Lobos, Waugh-Williams, Rachmaninov, Fauré, Debussy, Tallis (le motet pour quarante voix Spem in alium, quand même), le tout dans des versions de prestige du catalogue EMI. Il s’agit des morceaux musicaux cités dans le best-seller de l’été outre-Atlantique, une trilogie vendue à vingt millions d’exemplaires, d’abord en version e-book, puis en format papier. Fifty Shades of Grey (Cinquante nuances de Gris), en cours de traduction chez Jean-Claude Lattès, sort en France pour les fêtes et une adaptation cinématographique signée Bret Easton Ellis serait d’ores et déjà en pourparlers, avec comme acteur principal Ryan Gosling. Un cadeau de Noël idéal – livres et disque – pour votre petite nièce ? Euh, pas exactement. EL James est un pseudonyme et Fifty Shades of Grey est un ouvrage à caractère pornographique, racontant l’initiation sadomasochiste d’une étudiante déluré par un homme d’affaires nommé … Grey, pianiste à ses heures, d’où l’aspect musical de l’objet. Cela dit, si votre petite nièce est fan de Twilight (Dracula version ados), elle ne sera pas dépaysée devant la pauvreté littéraire de l’ouvrage (du « mum porn » – porno pour mamies -, rien à voir avec Histoire d’O ) et le disque ne pourra, en tout bien tout honneur, que parfaire son éducation musicale.

François Lafon