Lundi 9 décembre 2019
Le cabinet de curiosités par François Lafon
mardi 29 janvier 2019 à 23h30
Au Théâtre de l’Athénée, Amadigi, un Haendel de poche datant de l’époque (1715) où, rendu célèbre à Londres par Rinaldo, le compositeur n’était pas encore l’émigré illustre de la musique anglaise. De poche parce que mobilisant quatre chanteurs et pas de chœur pour évoquer les aventures sentimentalo-héroïques d’Amadis de Gaule maintes fois portées à la scène (de Lully à … Massenet), sur un livret cette fois adapté de celui de Houdart de la Motte pour l’opéra de Destouches. Lors de la création en 1715, l’ouvrage était prétexte à grande mise en scène (envoûtements, sortilèges, monstre surgi du sol, etc.) et le rôle-titre tenu par le castrat star Nicolini. Bernard Lévy, qui signe cette production itinérante, y a plutôt vu – nécessité fait loi – une « histoire d’amour mythique » à la magie plus intérieure : tout se passe entre trois murs animés par des projections dont la magicienne Melissa détient les commandes (occultes), le quatuor vocal y évoluant selon une chorégraphie de lignes plus ou moins brisées. Un quatuor féminin, puisque le contre-ténor Rodrigo Ferreira a dû être remplacé par la mezzo Sophie Pondjiclis, mené - outre cette dernière, convaincante et bien-chantante en preux chevalier -, par la fraîche Amel Brahim-Djelloul en belle amoureuse, par Aurélia Leguay en sorcière prenant de l’assurance au fil de la représentation, et par Stéphanie Cortez, une débutante au timbre rare de contralto. L’ensemble serait un peu aride si, dans la fosse, Jérôme Corréas et ses Paladins ne donnaient un surcroit d’énergie et de dramatisme à cette musique où se profile le Haendel de la maturité. 
François Lafon

Athnée-Louis-Jouvet, Paris, jusqu'au 30 janvier. En tournée (Maisons-Alfort, St Quentin, Massy, Compiègne) jusqu'au 8 mars (Photo © Michael Bunel)

dimanche 20 janvier 2019 à 20h06
Lancement, au Studio Marigny, de la première saison d’opérette initiée par le Palazzetto Bru Zane : Le Compositeur toqué d’Hervé (Folies-Concertantes - 1854) et Les deux Aveugles d’Offenbach (Bouffes-Parisiens - 1855). Querelle d’initiés : lequel des deux a inventé le genre ? Les deux, peut-on dire cent-soixante-quatre ans plus tard, en voyant côte à côte ces deux pochades fondatrices. Tout Offenbach, déjà, dans la bataille de mots et de notes opposant de faux aveugles et vrais mendiants exerçant leur art de vrais ténors sur un pont. Tout Hervé aussi dans le duo clown blanc/Auguste dont le titre lui servira de surnom. Dénominateur commun : la provocation, le vrai/faux n’importe quoi, l’art de flatter le bourgeois Second Empire tout en le prenant à rebrousse-poil. Bien loin des fadeurs dont le genre deviendra synonyme, c’est Samuel Beckett qu’évoquent les deux Aveugles attendant le gogo (Godot ?), tandis que le génie toqué et son valet gaffeur présagent Roland Dubillard et ses Diablogues. C’est en tout cas ce que suggèrent les deux comédiens-ténors Flannan Obé et Raphaël Brémard, spirituellement accompagnés par Christophe Manien (piano) et mis en scène façon guérite de fête foraine par Lola Kirchner, le premier véritable phénomène comique, jeune Michel Serrault imprévisible et roublard, parfait duettiste chez Offenbach et prenant le pouvoir avec Hervé. Suite de la redécouverte du Compositeur toqué à Marigny, avec Le Retour d’Ulysse (mars) et Mam’zelle Nitouche (juin). 
François Lafon

Théâtre Marigny (Studio), Paris, 20 janvier (Photo © DR)

Au Palais Garnier, Concert de gala de l’Académie, grand oral annuel (voir ici) pour les onze chanteurs de la promotion, dans un répertoire sage (Mozart, Donizetti, Massenet, Rossini, Gounod, Bizet, Johann Strauss) destiné à un public plus large que celui de Philippe Boesmans (voir ) ou Kurt Weill (et ) à l’Amphithéâtre Bastille. Niveau inchangé, si ce n’est que les valeurs déjà sûres de l’année dernière ont progressé en assurance (les ténors Maciej Kswasnikowski et Jean-François Marras, le baryton Danylo Matviienko) ou en diction (Angélique Boudeville, timbre plus somptueux que jamais). Parmi les nouveaux arrivés, le baryton français Timothée Varon, chez lui dans Massenet autant que dans Donizetti (succulent duo de L’Elixir d’amour avec Marras) et la soprano russe Liubov Metvedeva, dont la stratosphérique Fille du régiment fera plus d’effet encore lorsqu’elle maîtrisera mieux le français. Deux grands ensembles pour finir chacune des deux parties : le tableau du Cours la Reine (Manon – Massenet), où Marianne Croux prolonge la meilleure tradition des Manon françaises, et le final du 2ème acte de La Chauve-Souris, galop d’essai pour la production de l’« opérette-aussi-dure-à-chanter-qu’un-opéra » au programme de l’Académie en mars. A noter que pour ces scènes à grand spectacle, trois des quatre pianistes chefs de chant de la promotion viennent ajouter leurs voix à celles de leurs camarades, tous accompagnés avec un souci de style pas si courant dans ce genre d’exercice par l’excellent Jean Deroyer à la tête d’un Orchestre de l’Opéra sur son trente-et-un. 
François Lafon

Opéra National de Paris, Palais Garnier, 16 janvier (Photo : Angélique Boudeville © Vincent Lappartient)

mercredi 2 janvier 2019 à 23h16
Blandine Verlet en quatre décennies. Années 1970 : la jeune claveciniste, élève d’Huguette Dreyfus et Ralph Kirpatrick, joue Bach à l’église Saint Germain-des-Prés. Un voyage dans les œuvres, comme si la barre de mesure n’existait pas, pour ceux qui auraient cru que le rubato commençait avec Chopin. On lui reprochera cette liberté, en un temps où la musique ancienne est affaire de chapelles. Années 1990, dans son rez-de-chaussée de travail entre Jardin des Plantes et Arènes de Lutèce. Partitions partout. Commentaires de sa voix douce, tendre à ses compositeurs favoris (Rameau, Jacquet de la Guerre, Froberger, Frescobaldi et bien sûr les Couperin, François le Grand et Louis, l’oncle méconnu), plus dure aux contemporains, baroqueux en mal d’originalité, commerçants de la diffusion de la musique. Elle esquisse quelques pièces : impression, toujours, d’improvisation contrôlée, l’art qui cache l’art. Années 2000, métro parisien ligne 5, retour du salon Musicora à la Grande Halle de la Villette. Véhémente envers ceux qui prétendent l’aduler pour mieux la remiser au rayon des ancêtres. Des gens l’ont reconnue : grand sourire, l’œil bleu jette encore des flammes. Années 2010, nouveau Couperin (3ème Livre, 13ème et 18ème Ordres) chez Aparte (voir ici). Sur la couverture : l’artiste avance sur un chemin de campagne, dos à nous. 30 décembre 2018, Blandine Verlet, soixante-seize ans, nous quitte définitivement. Discographie inchangée.
François Lafon

 

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