Samedi 18 août 2018
Le cabinet de curiosités par François Lafon
A l’Athénée : 23 rue Couperin, texte et mise en scène de Karim Bel Kacem, Ensemble Ictus dirigé par Alain Franco. Enfin un hommage au compositeur né il y a trois-cent cinquante ans, anniversaire occulté par le centenaire Debussy ? Pas du tout : Couperin est l’une des huit barres d’une cité d’Amiens-Nord, chacune portant le nom d’un musicien français (de Gounod à Ravel, auquel on a ajouté Mozart, génie universel), toutes constituant le quartier du Pigeonnier, en souvenir de l’ancienne affectation du lieu. Une histoire de mots donc : « Enfant, je pouvais passer de Couperin à Mozart pour aller à Debussy », raconte Bel Kacem. Le spectacle – pas une pièce, ni un concert, une « installation scénique » pourrait-on dire – commence par la destruction de la barre (impressionnant écroulement) après une nuit d’émeute (vrais lacrymogènes, on pleure dans la salle, quelques baroqueux ont déjà pris la fuite) : « A coup de dynamite, ouvrir la cage aux oiseaux et libérer la parole retenue ». A mi-parcours, cinq instrumentistes (piano, alto, percussions, guitare, flûte) viennent s’installer à l’avant-scène et se lancent dans un quizz-pot-pourri très virtuose et assez jouissif, où passent les musiciens du Pigeonnier. Indications en surtitre : « Que dit Couperin à Couperin ? » ; « Ils tournèrent autour de Franck en longeant Gounod et Mozart et finirent à Debussy » ; « Ils partirent de Messager en suivant Franck », tout cela pendant qu’un pigeon géant entreprend de reconstruire la barre, pièce après pièce. Un exercice de haute culture (il faut bien connaître l’œuvre pour orgue de Franck, entre autres, pour s’y retrouver) débouchant sur un monologue résumant le drame des banlieues, tandis que s’envolent de vrais pigeons et que s’affiche un proverbe berbère disant : " Ne ressent la brûlure de la braise que celui qui a marché dessus  ». La cage aux oiseaux ainsi ouverte, reste en effet à construire un monde « qui soit à la fois poétique et politique ». Karim Bel Kacem y travaille. Il y a du pain sur la planche. 
François Lafon

Théâtre de l’Athénée, Paris, jusqu’au 19 mai (Photo © Isabelle Meister)

mercredi 9 mai 2018 à 17h43
Parution, en édition limitée, de deux imposants coffrets chez Harmonia Mundi qui souffle cette année ses 60 bougies : 34 CD pour résumer le parcours d’un label qui a réussi à combiner l’exigence artistique de son fondateur Bernard Coutaz, avec un succès commercial qui lui permet de rester l’une des marques les plus actives dans le domaine du disque classique. Même en ces temps de dématérialisation de la musique enregistrée, cette summa, réalisée avec le soin que le label accorde habituellement à son fond de catalogue, ne peut qu’attirer les mélomanes qui retrouveront (pour les vétérans) ou découvriront (pour les plus jeunes) les incontournables de la maison : le programme de cette « Generation Harmonia Mundi » donne le tournis, avec beaucoup d’enregistrements « de référence », des songs de Dowland par Alfred Deller à l’Atys de Lully par William Christie. Le premier volet, « Le temps des révolutions » revient sur l’époque héroïque du renouveau baroque (l’interprétation « historiquement informée », si l’on préfère) dont l’histoire se confond presque avec celle du label. Dans le second volet, « L’esprit de famille » on retrouve l’iconique Alfred Deller et ses héritiers (Andreas Scholl, Bejun Mehta), René Jacobs, Philippe Herreweghe et Isabelle Faust, pour ne citer que quelques artistes dont le parcours serait inimaginable sans le soutien du disque. Un travail éditorial exemplaire, mis en perspective par des interviews d’Eva Coutaz, l’ancienne PDG, et de l’actuel directeur Christian Girardin. 
Pablo Galonce

Generation Harmonia Mundi, The Age of Revolutions (HMX 2908904.19, 16 CD) et The Family Spirit (HMX 2908920.37, 18 CD), sortie le 11 mai.