Lundi 9 décembre 2019
Le cabinet de curiosités par François Lafon
« C’est très bien, bravo. On va essayer d’être un peu plus ensemble. » Attentif, souriant, mais rigoureux et exigeant, Nicolas Simon fait face aux musiciens du Jeune Orchestre de l’Abbaye, qui abordent pour la première fois ensemble la Septième Symphonie de Dvorak. Jeunes musiciens qui désirent se former à la pratique orchestrale ou étudiants en Master Musique à Poitiers, ils sont à l’Abbaye aux Dames pour une semaine intense, première répétition le 14 juillet, concert le 18 à l’Ile de Ré et le 19 à Saintes. Agé d'à peine dix ans de plus qu’eux, Nicolas Simon, qui fut l’assistant entre autres de François-Xavier Roth, a le partage de la musique chevillé au cœur, les orchestres où il est passé peuvent le confirmer. Mesure après mesure, il décortique la Septième de Dvorak sans jamais être autoritaire mais avec autorité, en commençant toujours par des encouragements, même s’il lui arrive aussi de pratiquer l’humour caustique : « Ça, c’est du Dvorak pour les nuls, » dit-il aux bois de l’orchestre à qui il a demandé de jouer un passage délicat en supprimant les doubles croches, juste pour trouver le ton et le rythme. Mais aussitôt après une interprétation complète et réussie, il ajoute : « Là, on est arrivés au niveau Dvorak expert ! » Et comme les répétitions du Concerto pour violon opus 64 de Mendelssohn avec en soliste Charlotte Juillard, ex-premier violon du Quatuor Zaïde, se passent dans le même esprit, les musiciens du Jeune Orchestre de l’Abbaye se sentent peu à peu pousser des ailes.
Gérard Pangon
 
Saintes - Abbaye aux Dames (Photo © Léa Parvéry)
 
« Week-end finale » de la saison à la Philharmonie de Paris-Cité de la Musique : après Samstag aus Licht de Stockhausen (voir ici), La petite Renarde rusée de Janacek, mise en scène de Peter Sellars et London Symphony (and Chorus) dirigé par Simon Rattle. Une version grand format (salle Pierre Boulez exige) et pourtant minimaliste de ce conte panthéiste et chef-d’œuvre animalier, pour ne pas dire manifeste antispéciste avant la lettre (1924), casse-tête pour les metteurs en scène (jusqu’où va l’anthropomorphisme ?). Un écran géant derrière l’orchestre, une estrade blanche devant, podium élargi du chef placé au centre des événements : on pense aux Larmes de Saint Pierre d’Orlando de Lasso, déjà « animé » par Sellars en avril dernier (même lieu), mais aussi au Tristan et Isolde de l’Opéra Bastille, où l’action, sobrement contée à l’avant-scène, était occultée par les photos-vidéos de Bill Viola (fascinantes il est vrai). Ce soir, les vidéastes Nick Hillel et Adam Smith se chargent de la partie réaliste : nature et culture, alliage plus compliqué que ne l’implique au premier abord cette fable inspirée d’un feuilleton dessiné paru dans un journal. Vêtus de noir, sans accessoires ni maquillage, présences alla Sellars (génie du geste simple qui en dit long), les chanteurs illustrent les cycles de la vie et les rapports entre les créatures, jusqu’au lien charnel qui unit le Garde forestier et la petite Renarde. Rattle agit de même avec un London Symphony de plus en plus à sa main, parcourant toute la gamme des émotions, depuis les murmures de la forêt (morave) jusqu’aux épanchements du duo entre le Renard et la Renarde. Plateau sans faute, dominé par Lucy Crowe dans le rôle-titre (on pense à la grande Lucia Popp) et Gerald Finley, pas si loin en Forestier de Hans Sachs (Les Maîtres-chanteurs de Nuremberg, son rôle favori) méditant sur le temps qui passe et la vie qui se renouvelle. Et chapeau à la Maîtrise de Radio France, à la hauteur d’un tel cast
François Lafon  

Philharmonie de Paris, Grande Salle Pierre Boulez, 2 juillet (Photo © Monica Rittershaus)

 

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