Mercredi 24 octobre 2018
Le cabinet de curiosités par François Lafon
vendredi 28 février 2014 à 10h00

Colette, du temps où elle était critique musical au quotidien Gil Blas de concert avec Debussy (1903) : « Avant le concerto, Mme Faliero-Dalcroze avait chanté de la musique italienne avec une voix fraîche et une robe rose. » ; « Salle Humbert de Romans, la vicomtesse de Trédern a chanté Ève de son mieux. Ce mieux est l'ennemi du bien » ; « Quelle foule au Nouveau-Théâtre ! On y joue pourtant de l'excellente musique ! Si le public devient connaisseur, maintenant, c'est la fin du monde ! » ; « Mlle Dangès vocalise un si déplorable air des Huguenots qu'elle ferme les yeux tout le temps, pour ne pas voir ce qu'elle chante. » Elle avait annoncé la couleur en prélude à son premier article, s’autorisant de la réputation de feuille de chou mondaine que traînait Gil Blas (où ont écrit, quand même, Courteline, Maupassant, Zola, Barbey d’Aurevilly, Jules Renard, Tristan Bernard et quelques autres) : « Rassurez-vous, je ne vous parlerai, chaque semaine, que très peu de musique. D'abord, parce que ça m'aralerait ; ensuite parce que Debussy aux boucles d'ébène me paraît, tout de même, plus autorisé que moi […]. J'apporterai, du moins, à cette critique à côté (très à côté) la bonne foi et la mauvaise éducation qui m'ont déjà fait tant d'ennemis dont j'espère bien que chaque jour grossira le tas. » Elle ne faisait que suivre l’exemple de Debussy, lequel n’hésitait pas à décrire ainsi une mélodie de son confrère Grieg : « C’est une espèce de chanson, très douce, très blanche, de la musique pour bercer les convalescents dans les quartiers riches… » Tout cela longtemps avant le politiquement correct. Comme faisait dire George Bernard Shaw (lui aussi critique musical à ses heures) au Pr Higgins dans sa pièce Pygmalion : « Les Français s’intéressent moins à ce qu’ils disent qu’à la manière de le dire ».

François Lafon

Colette : Au Concert, édition établie et présentée par Alain Galliari, Le Castor Astral (1992)

samedi 22 février 2014 à 11h49

Thunderstruck par 2Cellos, ou le hit du groupe hard rock ACDC (1990) au temps de Vivaldi. Incompréhensible ? Regardez plutôt. Tonnerre de clics en tout cas pour Luka Sulic et Stjepan Hauser, le duo de violoncellistes lancés sur You Tube, rois du cross-over adoubés par Elton John et locomotives Sony depuis 2011.

 

   

mardi 18 février 2014 à 16h49

2014, année Jean-Philippe Rameau. Parmi les grands compositeurs français, celui qu’on admire de loin, comme un palais de marbre froid. Avec le site Rameau 250ème anniversaire, le Centre de Musique Baroque de Versailles réchauffe le marbre : vie et œuvres, lieux et portraits, concerts et spectacles, expositions et colloques, disques et partitions, dossiers pédagogiques et sources numérisées, mais aussi Rameau sur scène, Rameau dans les écrits de l’époque, Rameau et la danse, Rameau et ses chanteurs, Rameau et ses librettistes, Rameau et ses confrères. Gros plans sur le Concert spirituel et les Concerts de la reine, sur les lieux de bal et les lieux de spectacles à Versailles, sur la Musique de la Chapelle et les Vingt-quatre Violons du roi, sur la Foire Saint-Laurent et la Foire Saint-Germain. Un kaléidoscope géant, un labyrinthe où l’on se donne l’illusion de se perdre, une nature recomposée plus vraie que la vraie, bref, un opéra baroque, une comédie et une tragédie lyrique, une pastorale tout à la fois. Presque une métaphore des délices à tiroirs des Indes galantes et d’Hippolyte et Aricie.

François Lafon

www.rameau2014.fr (image extraite du site)

mardi 11 février 2014 à 09h22

Aux Editions Michalon, Max-Pol Fouchet, le feu la flamme, une rencontre, d’Adeline Baldacchino. A la fois biographie, déclaration d’amour (littéraire) et essai poétique, le drôle d’hommage d’une magistrate à la Cour des comptes née en 1982 à un écrivain-journaliste-chroniqueur-agitateur-pionnier de la télévision disparu deux ans plus tôt. Parmi les nombreuses compétences de cet intellectuel comme on n’en fait plus guère - ou plutôt comme on n’en voit plus guère dans les médias -, la musique tenait un rôle secondaire en quantité, primordial en qualité. Les nostalgiques de l’ORTF-chaîne unique en noir et blanc se souviennent de Max-Pol Fouchet assis devant un bureau, cadré en plan moyen et dissertant sans notes ni prompteur sur le livre de la semaine dans Lectures pour tous, mais aussi des retransmissions en direct et en prime time du festival d’Aix-en-Provence, où le même M.P.F. - en smoking cette fois - racontait Ariane à Naxos (Régine Crespin, Mady Mesplé), Pelléas et Mélisande (Eliane Lublin, Gabriel Bacquier) ou Le Monde de la lune de Haydn (Carlo Maria Giulini au pupitre) sur un ton bonhomme et légèrement pédant : « Ce que nous sommes et ce que nous voudrions être, ce n’est pas la même chose. Mozart le sait », déclarait-il en prélude à La Flûte enchantée. Bien des années auparavant, le jeune Max-Pol inventait des programmes de concert liés à l’actualité : Debussy, Ravel, Schubert et Liszt pour l’invasion de la Tchécoslovaquie, Wagner, Mozart, Honegger et des chants hébreux en hommage aux Juifs chassés par Hitler. En 1968, il anime quotidiennement sur RTL Le Journal musical d’un écrivain : « La musique est produit de l’être, et elle produit de l’être ». Autres temps… En 1979, déjà malade, il signe avec les éditions Ramsay pour un Mozart. Résultat : Les Mémoires du chat qui suivit Mozart, quatre feuillets où l’on apprend qu’ « il est parfaitement stupide de prétendre que les chats n’aiment pas la musique ou qu’ils n’y entendent rien ». Pour les Nostradamus des taux d’audience et des parts de marché, il aurait décidément été l’homme à abattre.

François Lafon

Max-Pol Fouchet, le feu la flamme, une rencontre, d’Adeline Baldacchino. Editions Michalon, 286 p., 18 €

mercredi 5 février 2014 à 18h11

Quiconque connaît Marc Vignal – c’est notre cas puisque nous avons la chance de le compter parmi les chroniqueurs de Musikzen – sait qu’il ne badine pas avec l’Histoire. Pour évoquer une musique ou raconter un destin, seuls comptent pour lui les documents avérés que son infatigable curiosité lui a permis de rassembler et que son érudition l’a amené à en posséder à fond le moindre détail. Ce Salieri est donc loin de l’image romanesque qu’on en a généralement après Amadeus, la pièce de Peter Shaffer et le film de Milos Forman. " La coexistence avec Mozart," comme le dit judicieusement Marc Vignal, ne constitue, d’ailleurs, pas l’essentiel du livre : elle a duré dix ans alors que Salieri a vécu pratiquement soixante ans à Vienne. On découvre ainsi, dans cette riche biographie, l’art du louvoiement de cet Italien tiraillé entre l’opera buffa de sa péninsule natale et le Singspiel à l’allemande, ballotté par des souverains successifs aux goûts forts différents (Marie-Thérèse, Joseph II, Léopold II et François II), et très soucieux de préserver sa place de directeur des théâtres impériaux. En toile de fond, des luttes d’influence pour le choix des œuvres, des compositeurs, des chanteurs ou des librettistes, bref, rien qui n’ait disparu aujourd’hui. Et la musique de Salieri ? Marc Vignal raconte les plus importants de sa quarantaine d’opéras ainsi que l’accueil qui leur a été fait, mais on sent bien que ces œuvres n’ont rien d’impérissable, et l’on comprend bien pourquoi en lisant les extraits de lettres qui figurent dans ce livre : le style chantourné et déférent de Salieri laisse présager de partitions honnêtes ; celui de Mozart, pétulant et fougueux, de quelques éclairs de génie.

Gérard Pangon

Antonio Salieri éd. : Bleu nuit - Collection Horizons 176 pages 20€

mardi 4 février 2014 à 10h47

Hier sur France 3 : 21èmes Victoires de la musique classique, depuis le Grand Théâtre de Provence (Aix-en-Provence). Cérémonial immuable, congratulations d’usage, palmarès prévisible. Sur la Toile, cris d’horreur et réactions amusées : Richard Galliano, compositeur contemporain. Ah, ah ! Un prix pour Nemanja Radulovic, le rocker Paganini. Ah, ah ! Que des enregistrements Radio France en compétition. Ah, ah ! Les frères Capuçon en patriarches de la musique. Ah, ah ! Victoires de la musique, Défaites de la musique. Ah, ah ! Bon, on a quand même parlé d’Henri Dutilleux (mais pourquoi n’est-il pas venu ?), on a entendu quelques jeunes prometteurs (Edgar Moreau, Adrien La Marca, Sabine Devieilhe), on a eu droit à du baroque pour happy few (Café Zimmermann) et à un orchestre qui se tenait (le National de France dirigé par l’énergique Kristjan Järvi). De quoi se plaint-on ? Les Victoires de la musique classique 2014 n’ont été ni meilleures ni pires que d’habitude. Audience : 1.3 millions (1.9 en 2013, 1.2 en 2012), 6% du public. De la musique composée par des morts et écoutée par des vieux, le classique ? A force de se le répéter…. Allez : à la même heure sur M6, Top Chef n’a attiré que 2.8 millions de téléspectateurs.

François Lafon
 

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