Mercredi 28 septembre 2022
Le cabinet de curiosités par François Lafon
Deuxième nouveau spectacle à huis-clos depuis l’Opéra Bastille (en différé celui-là, après Aida en direct - voir ici) : Faust mis en scène par l’Allemand Tobias Kratzer, bankable dans le monde lyrique, en particulier depuis son Tannhäuser décapant au festival de Bayreuth. En remplaçant le désir de savoir du Faust goethéen par l’obsession de la jeunesse, Gounod et ses librettistes travaillaient pour l’avenir. A première vue donc, la convention (enfin, l’actuelle) : transposition de l’action à notre époque, effets vidéo. En rajeunissant, Faust court la banlieue, fréquente des lascars et drague Marguerite au pied de son HLM (lutte des classes et domination de l’homme blanc ?), mais suit Méphisto dans ses évolutions aériennes, comme dans la légende (pertinente utilisation de la vidéo signée Manuel Braun). En cela Kratzer se démarque du tout-venant, avec des hauts (Marguerite enceinte et abandonnée, affrontant le Démon dans le métro) et quelques bas (le retour des soldats dans leur cité), des clins d’œil aussi, tels Méphisto lâchant son cigare allumé sur Notre-Dame ou (plus private joke celui-là) la célèbre Valse traitée façon hip-hop-des-Sauvages dans Les Indes galantes… à l’Opéra Bastille (voir ). Une façon somme toute d’être fidèle au mélange de petits et de grands moments qui caractérise l’ouvrage. Un Faust pour trente saisons, tel celui « de » Jorge Lavelli (remplacé en 2011 par une oubliable version due à Jean-Louis Martinoty) ? « Ce qui est modé est voué à se démoder », remarquait Pierre Boulez. Distribution à la hauteur de l’occasion, dominée par Benjamin Bernheim en digne héritier d’Alain Vanzo (en plus moderne), où Valentin (Florian Sempey) éclipse Méphisto (Christian Van Horn), où Marguerite (Ermonela Jaho) n’a rien d’une Castafiore mais supporte mal le gros plan, où Sylvie Brunet-Grupposo est parfaite en Dame Marthe sexy et Michèle Losier très crédible en Siebel travesti. Chœurs et orchestre masqués, très à leur affaire sous la baguette du jeune et doué Lausannois Lorenzo Viotti. Présentation grand public (on est en prime time) par les chanteurs eux-mêmes, captation habile de Julien Condemine, compte-tenu de la difficulté à vidéoter la vidéo.  En attendant la réouverture… 
François Lafon 

26 mars, France 5 - En replay six mois sur Culturebox - Sur France Musique le 3 avril- Au cinéma, ultérieurement (Photo © Monika Rittershaus/OnP)


Chopin musicien… et écrivain ? Oui, au vu d’une copieuse correspondance disponible en 3 volumes, sans compter celle, également publiée, de George Sand qui partagea ses dernières années, les témoignages de ses élèves et une « Méthode de piano », restée inachevée à sa mort. Si Propos-exutoires (1990), son premier ouvrage, pratiquait l’aphorisme nietzschéen, trente ans — et quelques essais consacrés à Chopin, Liszt, Scriabine et Gould — plus tard, Jean-Yves Clément emboîte le pas de son musicien préféré avec ce faux journal du retour de Majorque, entre février et juin 1839. Directeur du Festival de Nohant et des Lisztomanias de Châteauroux, lui qui connaît incontestablement son sujet rapproche la forme de l’aphorisme de l’esprit de la musique, en particulier des Préludes de Chopin – son livre se terminant sur 24 aphorismes, « Stations de la grâce », d’après les 24 Préludes. C’est moins les considérations existentielles du musicien qui émaillent ce « journal » que les commentaires précis, sensibles et d’une poésie fulgurante sur les œuvres que l’on retient de ce Retour de Majorque, et leur écho avec d’autres lieux – « la maison du vent », la chartreuse de Valldemossa – mais aussi d’autres œuvres comme celle de Delacroix ou les aquarelles du jeune Maurice, le fils de George Sand, lui aussi du périple. Et de conclure : « La musique est chez Chopin la langue de l’exil accompli ». Fin du voyage.                         
Franck Mallet

Jean Yves Clément, Le retour de Majorque, Pierre-Guillaume de Roux, 158 p., 17 €
Communication en temps de restrictions : liaison digitale Toulouse-Moscou pour annoncer le Franco-Russes Festival, initié en 2019 sous l’égide des Dialogues de Trianon Macron/Poutine par Tugan Sokhiev (directeur musical de l’Orchestre du Capitole et du Théâtre Bolchoï), interrompu en 2020 et reprenant en virtuel et en « version légère » cette saison. Cinq concerts à Toulouse, dont un ciné-concert ressuscitant l’inachevé Pré de Béjine d’Eisenstein et avec une création mondiale d’une œuvre du Toulousain Benjamin Attahir, poursuite de l’Académie de direction d’orchestre (partenariat avec La Maestra, école des cheffes), grands entretiens avec entre autres le traducteur vedette André Markowicz. Comparaison en écho par Sokhiev et Vladimir Urin (Intendant du Bolchoï) de la vie sous cloche en France et en Russie, où les rideaux se lèvent devant des salles remplies à 50%, où Vladimir Poutine promet des jauges de 100% cet été, où Peter Gelb (directeur du MET de New York fermé cette saison) croit rêver en assistant à Moscou à une Salomé chantée par un cast international. A la question « Après Moscou à Toulouse, à quand Toulouse à Moscou ? », Vladimir Urin répond : « C’était l’idée d’origine ». Prochain rendez-vous au pays de Spoutnik V ? 
François Lafon 

Franco-russes Festival, 3ème édition, du 13 mars au 3 avril sur Facebook Live, YouTube, Medici TV et France Musique. lesmusicalesfrancorusses.fr (Photo : Tugan Sokhiev © DR)

 

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