Mercredi 24 octobre 2018
Le cabinet de curiosités par François Lafon
Exposition de fin d’année à la Philharmonie de Paris : Comédies musicaaaales (sic), la joie de vivre du cinéma. Cinq ans après, le commissaire N.T. Binh poursuit la fête commencée avec Musique et cinéma : le mariage du siècle ? (même lieu), dans un palais des mirages conçu avec l’expert en nouvelles technologies Pierre Giner. Hollywood à l’honneur donc, et extensions diverses de l’appellation, jusqu’à La la Land et au très primé The Artist. But de l’opération : plonger le visiteur dans un tourbillon d’images, lui donner l’impression qu’il lève la jambe avec Cyd Charisse, fait des claquettes (au plafond bien sûr) avec Fred Astaire et chante sous la pluie avec Gene Kelly. C’est d’ailleurs le film de Stanley Donen, emblème du genre tout entier, qui ouvre le bal sur écran géant, débouchant – ce sera une des constantes de l’exposition – sur quelques inattendus, tels … les Dalton en Gene Kelly x 4. Triple écran plus géant encore (24 mètres) pour un instructif télescopage de styles et d’époques, où l’on découvre que John Travolta se défend bien face à Elvis Presley, ou - plus étonnant - que Michael Jackson a dû beaucoup observer Fred Astaire pour mettre au point son Moonwalk. Si vos semelles crêpe vous empêchent de suivre en direct (voir horaires) ou en vidéo les cours de claquettes du spécialiste Fabien Ruiz, consolez-vous en explorant, écouteur sur l’oreille, les nombreuses salles annexes, où l’on peut, entre autres, entendre Audrey Hepburn herself chanter (pas si mal) My Fair Lady avant d’être doublée par Marni Nixon, ou savourer la voix chaude et les « s » chuintés de Delphine Seyrig (Christiane Legrand après post-synchro) en bonne Fée de Peau d’Ane. L’exposition tout entière peut d’ailleurs être lue en filigrane comme un hommage à Jacques Demy, entre documents de travail des sœurs Dorléac (succédant au pressenti et improbable duo Bardot/Hepburn) avec le chorégraphe Norman Maen pour Les Demoiselles de Rochefort et robe d’or de Peau d’Ane surgissant de la pénombre ambiante, presque unique objet « en vrai » dans ce beau tombeau d’un univers où trois pas de danse sur une toile blanche font oublier les duretés du siècle. En attendant, en décembre au Centre National du costume de scène à Moulin, l'exposition Comédies musicales, les costumes font leur show
François Lafon

Philharmonie de Paris, du 19 octobre au 27 janvier. Collège (7 séances), concerts, ciné-concerts, week-end « comédie musicale » (3 et 4 novembre), ateliers, cours de claquettes, visites guidées pendant les vacances scolaires Exposition Les Costumes font leur show. Centre National du costume de scène, Moulin, du 1er décembre au 17 mars
(Photo : La La Land ©SND)

A l’Amphithéâtre Bastille : Shakespeare, Fragments nocturnes par l’Académie de l’Opéra de Paris. On s’attend à un collage de scènes, parcourant  trois siècles (de Purcell à Reimann) de mises en musique du grand Will, exercices de styles à l’usage des académiciens chanteurs et pianistes. C’est, dans la tradition maison, un peu plus recherché que cela. La metteur en scène Maëlle Dequiedt a peaufiné ce travail d’élèves commencé lorsqu’elle était en résidence à l’Académie : partant du Songe d’une nuit d’été de Benjamin Britten (la nuit, l’amour, la confusion des sexes et des sentiments), elle pratique le décidément très à la mode « jeu transparent » (voir ici) les participants « interprétant leurs personnages tout en restant visibles en tant qu’individus », ce qui se justifie pleinement dans un tel contexte. Ainsi les pianistes deviennent-ils Will I, II et III, les personnages se dédoublent (Juliette pugnace chez Gounod - Giulietta mélancolique chez Bellini), Ophélie (celle des Ophelia Lieder de Strauss) croisant l’Hamlet d’Ambroise Thomas, pour aboutir au Roi Lear auquel a renoncé Verdi mais pas notre contemporain  Aribert Reimann, son journal de composition - à la fois technique et étrangement évocateur - de Lear (1978, repris la saison dernière à l’Opéra Garnier) servant de fil rouge à ce voyage dans les rêves et les cauchemars générés par les mondes parallèles shakespeariens. Une occasion de constater le degré d’excellence de cette promotion de l’Académie, dix chanteurs-comédiens et trois pianistes (comédiens aussi), mais aussi équipe dramaturgique et métiers d’art, tous participant à cet accouchement de l’opéra de demain poursuivi – de l’Atelier lyrique à l’Académie – depuis bientôt quinze années.
François Lafon 

Shakespeare, fragments nocturnes
, Opéra National de Paris – Bastille – Amphithéâtre, jusqu’au 17 octobre. Le 26 octobre à La Grange au Lac, Evian (Photo © Studio j'adore ce que vous faites ! / OnP)

samedi 29 septembre 2018 à 20h41
Le 31 octobre prochain, le fameux Studio Son/Ré de Pierre Henry, situé dans la maison du musicien, rue de Toul (Paris, 12e) disparaîtra sous les coups de pioche des démolisseurs… Pour réapparaître quelques mois plus tard, à deux endroits ! 
Car, en octobre 2019, sera reconstitué « en état de fonctionnement » un Espace Pierre Henry au Musée de la musique/Philharmonie de Paris. Quant aux archives papiers – plus de 750 boîtes de documents – et au Fonds iconographique, ils seront conservés au 3 Passage Hennel, dans le 12e arrondissement de Paris (non loin de l’ex Maison de la rue de Toul), un grand local déniché par la Mairie de Paris – maigre lot de consolation offert à la famille par la Ville qui, après le décès du compositeur (5 juillet 2017), avait refusé qu’on transforme sa maison en musée pour y maintenir archives et studio… Durant trois ans, et avec l’aide de la Drac et de la Sacem, y sera établi un catalogue complet de l’œuvre, publié par les Éditions de la Philharmonie. Enfin, les quelque quatorze mille bandes magnétiques analogiques et DAT déjà répertoriées devraient partir prochainement à la BNF, où elles rejoindront celles déjà déposées du vivant du compositeur, pour y être également numérisées et conservées. 
Dans l’immédiat, c’est Nicolas Vérin, compositeur et ancien assistant du compositeur, qui reprend au Théâtre de l’Athénée l’une des partitions majeures du plus populaire des maîtres de l’électro, l’Apocalypse de Jean – créée un demi siècle plus tôt à l’occasion d’un concert fleuve de vingt-six heures sans interruption  !), lors des Journées de musique contemporaines de Paris, qui se déroulèrent du 25 au 31 octobre 1968 au Théâtre de la Musique de Paris, avec des œuvres de Varèse, Xenakis et Berio. Deux semaines plus tard, Thierry Balasse, autre fidèle de Pierre Henry, retrouvera la scène de cet ex Théâtre de la Musique rebaptisé entre-temps Gaité lyrique (…) pour cinq œuvres cultes, dont Le voile d’Orphée (1953), Le Voyage (1962) et Variations pour une porte et un soupir (1963). Roll Over Pierre Henry…      
Franck Mallet
 
• Paris, Théâtre Athénée Louis Jouvet, L’Apocalypse de Jean, 15 octobre, 20h
• Paris, Gaité lyrique, Le Voile d’Orphée, Variation pour une porte et un soupir, La noire à soixante, Fragments pour Artaud et Le Voyage, 31 octobre, 20h
(Photo © DR)