Mercredi 24 octobre 2018
Le cabinet de curiosités par François Lafon
vendredi 31 août 2018 à 01h27
Festival Berlioz à La Côte Saint André : Sacré Berlioz, 150ème anniversaire, acte 1. Le titre dit tout : festivités à venir et thème de l’année, ce « je t’aime moi non plus » du compositeur vis-à-vis de la religion, ou tout au moins du sentiment religieux dans l’art. Deux concerts aujourd’hui, pelote de fils rouges à suivre. A l’église d’abord, les Vingt Regards sur l’Enfant-Jésus d’Olivier Messiaen par Roger Muraro : partage de passions pour Bruno Messina, désormais directeur des festival Berlioz et Messiaen (le second professant son admiration pour le premier). Filiation artistique directe pour Muraro, élève d’Yvonne Loriod-Messiaen, dédicataire et créatrice de ce monument pianistique en vingt stations aux titres évocateurs ("Regard du Fils sur le Fils", « Regard de l’Onction terrible », « Je dors, mais mon cœur veille »), « langage d’amour mystique » où l’Etoile et la Croix sont reliées par un unique motif. Aucun dogmatisme chez Muraro, qui nous raconte une merveilleuse histoire en couleurs (Messiaen était synesthète), technicien sans ostentation (mais quels doigts !) et poète sans effets de manche, ralliant les croyants et les autres, donnant corps et âme à une musique pas si intimidante. Retour à Berlioz au Château Louis XI, où François-Xavier Roth et Les Siècles célèbrent Le Temple universel, projet à l’époque contrarié d’une cantate pour double chœur anglo-français, chacun chantant dans sa langue : « Embrassons-nous par-dessus les frontières ! L’Europe un jour n’aura qu’un étendard ». A l’orchestration de Robert Siohan, créée en 1948 par Roger Désormière au Théâtre des Champs-Elysées et à la fête de l’Humanité, succède une nouvelle version due à Yves Chauris. Une utopie musicale brève et éclatante, galvanisée par Roth mais compromise par un chœur apparemment pas assez préparé, le même qui, en grande formation (Spirito, Jeune Chœur Symphonique, Chœur d’oratorio de Lyon), est beaucoup plus assuré dans le final d’une 9ème de Beethoven (l’Europe, là aussi) décapée de toute langueur néoromantique, emportant la mise après un premier mouvement à parfaire. 
François Lafon 

Festival Berlioz, La Côte Saint-André, 30 août (Photo : Roger Muraro © DR)