Dimanche 16 décembre 2018
Le cabinet de curiosités par François Lafon
lundi 30 septembre 2013 à 11h14

Premier volume, chez EuroArts/Idéale Audience, d’une collection consacrée aux portraits et documentaires réalisés par Bruno Monsaingeon : Dietrich Fischer-Dieskau. Un coffret de six DVD ou Blu-ray dont le cinquième, Paroles ultimes, est un curieux objet cinématographique, dont le projet a effrayé (presque) tout le monde, y compris les grandes chaînes culturelles. Paroles donc, et ultimes, puisque cette autobiographie en un prologue et quinze scènes résultant de six heures d’interviews réalisées en 2008/2009 à Berg (Haute-Bavière) a été interrompue par la maladie et la mort du protagoniste. Pendant une heure et demie, face caméra, le chanteur se raconte, seul ou presque, les questions étant autant que possible coupées : enfance, guerre, débuts, scène, direction d'orchestre, disque, Lied, opéra, carrière, enseignement, Furtwängler, Kubelik, Karajan (très peu), Böhm, Julia Varady (qu’il épouse en 1977). Propos éclairants, pas toujours tendres (Furtwängler en prend pour son grade), conscience évidente d’être un cas unique, mais aucune autocongratulation. Seule incompréhension, partagée par de nombreux chanteurs : la mise en scène d’opéra contemporaine. Montage et idées alla Monsaingeon : voir DFD s’écouter lui-même chantant Schumann – paroles murmurées, œil heureux ou sourcils froncés - est en soi une leçon de chant. Cela pourrait être réservé aux fans et aux professionnels, c’est un document comme on aimerait en avoir sur nombre d’artistes et écrivains. A essayer sur ceux - jeunes et moins jeunes - pour qui Fischer-Dieskau n’est – au mieux - qu’un nom omniprésent sur ces objets d’un autre temps : les disques.

François Lafon

Coffret de 6 DVD ou Blu-ray, livre de 204 pages. EuroArts/Idéale Audience

mercredi 25 septembre 2013 à 09h21

Il y a eu Die lustigen Nibelungen, opérette en trois actes d’Oscar Straus (1904), Bob et Bobette, le trésor de Fiskary, bande dessinée de Willy Vandersteen (1953), The Ring of the Nibelung, an analysis, one woman show d’Anna Russell (« L’histoire commence dans le Rhin. DEDANS !!! » – 1953), What’s Opera, Doc ?, dessin animé de Chuck Jones avec Bug’s Bunny (1957), La (toute) petite Tétralogie, théâtre musical de Michel Jamsin et Anne Laure Liégeois (2010), Nietzsche – Wagner : le Ring, spectacle philosophico-musical d’Alain Bézu (2010), Ring Saga, une Tétralogie de poche signée Antoine Gindt (2011). Voici, venu de Sidney (Australie), Le Ring raconté en deux minutes et demie, ou Pourquoi faire long, etc,. Une occasion rêvée pour rafraîchir votre anglais.

François Lafon
 

jeudi 19 septembre 2013 à 17h44

A l’abbaye de Clairvaux (Aube), Xème festival Ombres et lumières. Invité d’honneur pour la deuxième année : le compositeur Philippe Hersant. Thème récurrent, tout trouvé pour ce monastère transformé en prison par Napoléon et aujourd’hui mi-centrale mi-centre culturel : l’enfermement. Comme son prédécesseur Thierry Machuel, Hersant a travaillé sur des textes et poèmes écrits par les détenus. Cela a donné en 2012 Instants limites, qui paraît sur disque Aeon, et cette année Métamorphoses, créé dimanche 22 septembre, en clôture (si l’on ose dire) du festival. Réunis en nuage de mots, les propos des prisonniers donneraient quelque chose comme : temps, limite, murs, isolement, ouverture, rêve, liberté, évasion. On pourrait craindre la B.A. scoute, l’action culturelle bien-pensante. Dans Instants limites, on la frôlerait, n’était la musique, savante et par moments étouffante (encore un mot pour le nuage), mais jamais compatissante. Des formules y sont éclairées : « Filins entrelacés dans les nuages », « L’orange du marchand, je ne l’ai pas volée », « Sans limite, sans début, sans fin », « Bientôt viendra l’été, qui nous verra tous là pour la balle au prisonnier ». Les détenus n’ont pas le droit d’assister aux concerts, mais des auditions de chambre (si l’on ose dire, bis) sont données pour eux. Le CD contient aussi des pièces plus anciennes sur des poèmes de Goethe (Wanderung), de Nietzsche (Désert), le livret reproduit des photos prises par des prisonniers : des lieux vides, un regard « de l’intérieur » dit Anne-Marie Sallé, directrice du Festival. On n’oserait dire que la musique est un mets qui se déguste en solitaire.

François Lafon

Xème Festival de Clairvaux, 20, 21, 22 septembre. abbaye.clairvaux@orange.fr
Philippe Hersant : Instants limites. Pascal Gallois (basson), Jean-Luc Menet (flûte), Régis Pasquier (violon), Ensemble vocal Aedes, Mathieu Romano (direction). 1 CD Aeon AECD 1334.

vendredi 13 septembre 2013 à 00h56

Nomination, le 11 septembre, du Catalan Joan Matabosch, actuel directeur du Liceo de Barcelone, à la tête du Teatro Real de Madrid, pour succéder à Gerard Mortier, sous contrat jusqu’en 2016 mais absent pour (graves) raisons de santé. Dans une interview au quotidien El Pais, Mortier avait déclaré qu’il ne voyait aucun Espagnol pour lui succéder, et avait donné une liste de prétendants selon ses vœux, menaçant de partir s’il n’était pas écouté, ce qu’apparemment, il ne compte plus faire : « Je n'ai pas été informé du fait que mon successeur avait été choisi. Nous nous trouvons face à une situation juridique complexe, avec deux directeurs artistiques, car je ne suis pas encore mort, même si certains en seraient heureux (…) Matabosch est un homme sympathique, mais ce qu’il propose n’a rien à voir avec le projet en cours. Je crains qu’il n’ait pas la force de s’imposer face au gouvernement. » Balle coupée de Carmelo Di Gennaro, ex-directeur artistique adjoint du Real : « Le Teatro Real est soumis à des pressions politiques qu’il faut traiter avec prudence, ce que Mortier n’a jamais réussi à faire. » Indignation dans le New York Times de Gregorio Maranon, président du Real : « M. Mortier n'a pas été congédié, mais ses commentaires très inhabituels sur le processus de sélection, ainsi que sa menace de démissionner s'il n'approuvait pas le choix de son successeur, ont rendu impossible pour l'Opéra de risquer de se retrouver sans directeur artistique. » Déclaration d’intention de Joan Matabosch : « Le Teatro Real a besoin de chanteurs internationaux de haut niveau, mais c’est un théâtre national espagnol, où il convient de promouvoir les talents espagnols. Les deux objectifs sont compatibles. » Mot de la fin ou pot aux roses ?

François Lafon

Photo © DR

mardi 10 septembre 2013 à 20h06

Débuts en fanfare du chef russe Vasily Petrenko (37 ans) à la tête de l’Orchestre Symphonique d’Oslo, où il succède au Finlandais Jukka-Pekka Saraste : « Un orchestre réagit moins bien quand il est dirigé par une femme, » a-t-il déclaré au quotidien Aftenposten, ajoutant : « Quand une femme doit s’occuper de sa famille, il lui est difficile de répondre aux exigences du métier ». Et pour faire bonne mesure : « Si les cinq chefs qui viennent d’être nommés à la tête des phalanges norvégiennes sont des hommes, c’est parce les musiciens réagissent mieux aux sollicitations d’un homme. Avec une jolie fille au pupitre, ils risqueraient de penser à autre chose qu’à la musique ». Scandale, réactions, droits de réponse : « Dans un contexte scandinave, ces points de vue sont très spéciaux, » résume sobrement Halldis Ronning, Finlandaise et chef d’orchestre. Interviewé lui aussi dans Aftenposten, le Péruvien Miguel Harth Bedoya (45 ans), nouveau directeur de l’Orchestre de la Radio Norvégienne, tente de calmer le jeu : « Posez la question aux femmes elles-mêmes. Pourquoi y a-t-il si peu de femmes chefs d’état ou premiers ministres ? Je n’ai jamais joué sous la direction d’une femme, mais j’ai l’impression que si un chef est bon, les musiciens le respecteront, de quelque sexe qu’il soit. » Défense de Petrenko : « Je faisais référence à l’opinion des musiciens russes. Là-bas, la domination masculine dans les orchestres est une vieille tradition, même si une chef comme Veronika Dudarova est très respectée. » Et de jeter sur le feu une cuillérée d’huile supplémentaire : « J’ai beaucoup à apprendre sur la société norvégienne. En Angleterre, les gens n’auraient pas réagi de la même manière. En Russie, ils n’auraient pas réagi du tout. » Dans l’hebdomadaire britannique The Economist du 5 septembre, grand papier sur les femmes chefs, à propos du choix de l’Américaine Marin Alsop pour diriger la prestigieuse Dernière soirée des Proms. « Dans ce domaine, la situation s’est beaucoup améliorée depuis cinq ans, » se réjouit l’agent Jasper Parrott, dont l’écurie compte quarante-six chefs, parmi lesquels cinq femmes. Cinq femmes aussi chez IMG Artists, qui représente Vasily Petrenko, mais au milieu de quatre-vingt-huit hommes.

François Lafon

mercredi 4 septembre 2013 à 15h41

Mercato d’été : Warner Music Group rachète les sections classiques d’EMI et de Virgin, qui deviennent Warner Classics et Erato.

Pourquoi Warner, puisque c’est Universal qui a racheté EMI ? Parce que le monopole est interdit et qu’Universal a dû se séparer de quelques branches annexes.

Pourquoi ne pas conserver des logos aussi prestigieux ? Parce qu’Universal en est désormais propriétaire, et ne compte pas s’en séparer.

Pourquoi Erato, racheté (en 1992) et mis en hibernation (en 2001) par… Warner ? Parce que Virgin Classics, né à Londres mais adopté en 1996 par EMI Classics France et son directeur Alain Lanceron, est devenu, tel Erato en son temps, un label français de pointe, et qu’une telle filiation vaut bien un repentir tardif.

Sur la page d’accueil du site Warner Classics : des highlights Teldec, Das Alte Werk et … Erato, deux nouveautés Warner - Sacred Verdi dirigé par Antonio Pappano (chef ex-EMI) et le nouveau CD Rachmaninov de Simon Rattle (idem) – et une compilation d’enregistrements de la mezzo Joyce DiDonato - locomotive ex-Virgin - pour le 10ème anniversaire de sa collaboration avec … Warner/Erato. Aux dernières nouvelles, Alain Lanceron et son équipe font partie du voyage. « Il faut que tout change pour que rien ne change », dit Burt Lancaster dans Le Guépard.

François Lafon

dimanche 1 septembre 2013 à 20h02

Modernité (du siècle dernier) en trois volets à Pleyel par Simon Rattle et le Philharmonique de Berlin : juste avant la révolution atonale (Schönberg : La Nuit transfigurée), juste après (Berg : Trois fragments de Wozzeck), voie de traverse (Stravinsky : Le Sacre du printemps). Peut-être plus l’orchestre de Karajan, mais toujours une sorte de perfection. Pendant La Nuit transfigurée, un jeune homme, au dernier rang derrière l’orchestre (c'est-à-dire face à la salle), est pris d’une crise d’angoisse. Toxique en effet, sous ses dehors raffinés, cette musique que Rattle dirige comme un opéra sans paroles (aveu d’infidélité, rédemption par l’amour, d’après un poème de Richard Dehmel), où Brahms et Wagner (ennemis jurés) se retrouvent avant de céder la place à un autre monde. Le chef romantise aussi, sans pourtant en émousser l’électricité, le best of de Wozzeck destiné - un an avant sa création - à promouvoir l’opéra, trouvant en Barbara Hannigan une soliste à l’expressivité aiguë mais à la voix légère. Le Sacre du printemps (voir ici) - énième exécution en cette année anniversaire – souffre davantage de cet arrondi généralisé : à trop s’attarder sur les passages méditatifs, Rattle compromet la fête sauvage. Pour être d’une efficacité à toute épreuve, cette musique « écrite gros » (Pierre Boulez) serait-elle la plus fragile des trois ?  

François Lafon

Salle Pleyel, Paris, 1er septembre. En différé sur France Musique le 1er octobre à 20h Photo © DR