Lundi 24 septembre 2018
Le cabinet de curiosités par François Lafon
mardi 30 novembre 2010 à 17h57

Si le Palais Garnier vous éblouit, allez voir aux Beaux Arts les deux expositions consacrées à son papa Charles. S’il vous énerve, ou vous fait rire, allez-y aussi. Qui dit Garnier pense gaffe : le jour de l’inauguration de l’Opéra, on avait oublié de l’inviter. Comme si l’on oubliait Jean Nouvel le jour où la Philharmonie de Paris verra le jour (l’affaire est relancée, une lettre présidentielle en fait foi). L’anecdote prend tout son sel si l’on sait que, à l’image du second Empire dont son monument est le symbole, Garnier, fils d’ouvriers, traînait le complexe du parvenu. Ce qui se dessine en filigrane, au fil de ces deux étages de plans, croquis, photos, lettres et objets (la mise en salles, signée par le metteur en scène d’opéra Robert Carsen, doit y être pour quelque chose), c’est le caractère du grand homme. On le découvre épistolier acerbe, dramaturge néophyte, caricaturiste sans pitié, mais aussi mégalomane, dépressif, cyclothymique, contradictoire. On fait la connaissance de son épouse, la riche et influente Louise Bary. On compare son projet d’opéra à celui, non moins pompeux, de Viollet-le-Duc, qui avait les faveurs de l’Impératrice. On se promène dans les villas qu’il a construites sur la Riviera française et italienne, on visite l’Opéra de Monte-Carlo, aussi chargé que l’autre, mais beaucoup plus petit. Une autre anecdote le résume tout entier : il a travaillé avec Gustave Eiffel, et a bien profité des inventions de ce dernier en matière de charpentes métalliques. Mais quand une pétition demandant le démontage de la Tour Eiffel a circulé, il l’a signée.

François Lafon

• Charles Garnier, un architecte pour un Empire : Ecole des Beaux Arts, 13 quai Malaquais, 75006 Paris. Du mardi au dimanche de 13 h à 19 h, jusqu’au 9 janvier 2011.

• L’œil et la plume : caricatures de Charles Garnier - Cabinet des dessins Jean Bonna, 14 rue Bonaparte, 75006 Paris. Du mardi au dimanche de 13 h à 19 h, jusqu’au 30 janvier 2011. (Attention : fermeture du 18 décembre au 3 janvier).
www.ensba.fr/expositions/garnier


 

lundi 29 novembre 2010 à 23h37

De l’art de recycler les restes. Prenez un sujet connu : Puccini, sa vie, son œuvre, ses photos le montrant en nanti viscontien, ses opéras aimés du vulgaire et repêchés sur le tard par les beaux esprits. En cent-cinquante pages, Sylvain Fort, normalien et journaliste, donne un portrait en kit du géant qui est arrivé à succéder à Verdi tout en participant à la reconversion de l’opéra en théâtre musical. Reconsidération de la légende (le jeune Puccini recevant la révélation lyrique en allant voir Aïda), analyse psychologique (1917-24, Puccini en quête de lui-même), reclassement thématique (« il démêle l’écheveau des réalités psychiques et sociales nouvelles »), contribuent à remettre quelques pendules à l’heure. La dernière partie, Pucciniana, est la plus originale, donc la plus réjouissante. L’auteur imagine Puccini en Flaubert de la musique (lenteur dans le travail, goût de la vie bourgeoise, subversion du style, peinture de femmes brisées devenues archétypes), imagine des livrets que Puccini aurait pu mettre en musique (Lulu, Lolita, Le Mépris), règle son compte au vérisme, et consacre même un chapitre aux « paladins de Puccini », c'est-à-dire à ses confrères Mosco Carner et Marcel Marnat, attachés à pourfendre des préjugés qui datent de nos grands pères. Reste que pour mieux apprécier ce petit livre aux idées qui bifurquent, la lecture des pavés de ces deux sommités reste d’actualité.

François Lafon

Sylvain Fort : Puccini. Actes Sud/Classica, 160 pages, 16 euros

Une nuit dans un train,  un homme qui a tué sa femme par jalousie, la croyant coupable d’adultère avec un violoniste, se livre à une confession hallucinée : c’est le sujet de La Sonate à Kretutzer, un des livres les plus célèbres de la littérature russe. Mais si l’œuvre continue à frapper, c’est par la franchise avec laquelle Tolstoï y parle de la misère sexuelle du mariage bourgeois. Le roman n’a rien perdu de sa force, surtout dans la nouvelle traduction de Michel Aucouturier qui arrive pour le centenaire de la mort de l’écrivain. C’est le Tolstoï ascète qui, après la grande crise spirituelle des années 1880, a l’idée de ce récit concis et taillé au scalpel. Tout à son dégoût du sexe (et des femmes), il prône la chasteté comme le remède aux maux du mariage : en copulant, nous ne sommes que des bêtes ; comment ne pas s’étonner que les rapports entre les sexes se soient envenimés ? Mais le plus fort, c’est que si ça ne dépendait que de lui, le narrateur (et Tolstoï ?) interdirait aussi la musique. Pour lui, faire de la musique, comme faire l’amour, est dangereux. Excitante, incontrôlable, la musique éveille la sensualité, fait naître de mauvaises pensées. Qu’y a-t-il de plus charnel qu’un couple formé par une  pianiste à la beauté troublante et un jeune violoniste en train de jouer du Beethoven ? : « Ils jouaient la Sonate à Kreutzer de Beethoven. Vous connaissez le premier presto ?... C’est une chose terrible que cette sonate… et en général, la musique est une chose terrible. Qu’est-ce que c’est ? Je ne comprends pas… Que fait-elle ?... On dit que la musique agit en élevant l’âme - sottise, mensonge… Prenons par exemple cetteSonate à Kreutzer. Est-ce qu’on peut jouer ce presto dans un salon, au milieu de dames en décolleté ? » Beethoven, ce n’est que de la pornographie… 

Cette nouvelle édition est complétée par trois textes moins géniaux, mais qui donnent une idée de la complexité de la vie familiale de Tolstoï : Romance sans paroles et A qui la faute, l’essai de réponse de sa femme Sofia, et surtout Prélude de Chopin, de Léon Tolstoï junior, la contre-thèse d’un fils qui n’a pas la même vision du sexe (ni de la musique) que son père.

Pablo Galonce

Léon Tolstoï, La Sonate à Kreutzer, nouvelle traduction et préface de Michel Aucouturier, suivi de A qui la faute et Romance sans paroles de Sofia Tolstoï et Le Prélude de Chopin de Léon Tolstoï fils. Editions des Syrtes, 370 pages, 22 euros. 

lundi 22 novembre 2010 à 10h35

Dans la louable intention de construire des ponts entre le Chine et le reste du monde, Pékin a envoyé l’année dernière le plasticien branché Zhang Huan monter Semele de Handel à Bruxelles. Auréolé du succès qu’il a remporté au Théâtre de la Monnaie, le spectacle est arrivé en fanfare dans la capitale de l’Empire du Milieu. Mais là, la commission de censure s’est déchaînée. Transposer en Chine la mythologie gréco-latine, c’est bien. La nudité et la lubricité, ça ne l’est pas : l’âne (une marionnette habitée par deux manipulateurs) doit cacher son priapisme et les acteurs sont priés de se rhabiller et d’éviter tout « geste sexuellement suggestif ». Non moins grave est l’impertinence morale, ou politique. Plus de chœur grec en robe safran : on dirait des moines tibétains. Edulcoration des sous-titres, coupures dans le film, projeté pendant l’ouverture, expliquant la présence sur scène d’éléments sculptés d’un temple de la dynastie Ming : l’ex-propriétaire dudit temple a été exécuté pour avoir tué l’amant de sa femme, et cela ne se raconte pas. Que cela soit la clé de la transposition de l’action, que le public, déjà désarçonné par la musique, ne comprenne plus grand-chose au projet initial est secondaire. Suppression enfin de L’Internationale, chantée à la fin du spectacle. Au New York Times, Lady Linda Wong Davies, directrice de la KT Wong Foundation (Londres) et productrice du spectacle, a déclaré : « La prochaine fois, nous monterons Mary Poppins ou La Mélodie du bonheur. » Parce que Le Roi et moi, cela risque de ne pas être politiquement correct ?

François Lafon
 

Photo : Han Fen

mercredi 17 novembre 2010 à 11h05

Henryk Gorecki n’en est jamais revenu, le monde musical non plus. En 1977, au festival de musique contemporaine de Royan, Ernest Bour et l’Orchestre de Baden-Baden créent sa 3ème Symphonie, dite « des Chants plaintifs ». Trois mouvements : 1. Lento - 2. Lento - 3. Lento. Le premier est inspiré des Lamentations de la Sainte Croix (XVème siècle), le deuxième est une prière écrite sur le mur de sa cellule par une victime des nazis, le troisième est un chant populaire polonais. Applaudissements polis, succès d’estime. Quinze ans plus tard, paraît chez Nonesuch un enregistrement de ladite symphonie dirigé par David Zinman, un chef respecté mais dépourvu à l’époque de l’aura de patriarche dont il jouit aujourd’hui. En revanche la soprano Dawn Upshaw, qui intervient dans les trois mouvements, est une vedette, connue pour son militantisme en faveur de la musique de son temps. Le phénomène part de Grande-Bretagne : 400 000 exemplaires vendus en quelques mois, entrée au Top 50. Le reste de l’Europe et l’Amérique s’enflamment, les ventes dépassent le million, le « classique » fait un bond dans les statistiques de ventes de disques. En 1994, un enregistrement low cost, dirigé par l’excellent chef polonais Antoni Wit, suivi d’un autre, au prix fort chez Philips, surfent sur la vague. En 2005, Naïve en publie une nouvelle version, dirigée par Alain Altinoglu avec le Sinfonia Varsovia : succès inespéré. On réalise à quel point cette musique à l’harmonie simple et au ton recueilli a ouvert la voie à Arvo Pärt et aux néo-grégoriens. Henryk Gorecki vient de mourir à soixante-seize ans, à Katowice. Le catalogue de ses œuvres est impressionnant. Personne, hormis les spécialistes du genre, ne s’est apparemment demandé s’il avait composé autre chose que cette que cette Symphonie. Selon Wikipedia, « il s’est toujours défendu de vouloir écrire une musique qui réponde aux attentes d’un public quel qu’il soit. » Nous voilà rassurés.

François Lafon

dimanche 14 novembre 2010 à 10h40

Un pavé de trente-six CD, la totalité du legs du Samson François chez EMI, à l’occasion du quarantième anniversaire de sa mort. Des inédits - un 5ème Concerto de Prokofiev avec le jeune David Zinman en 1969, des Chopin de 1947 (78 tours), des pans jamais publiés des deux récitals à la salle Pleyel en 1964 - mais aussi tous les classiques qui n’ont jamais quitté les bacs : les Chopin, les Ravel, les Debussy, les Schumann, les Fauré. Une intégrale plus intégrale que le coffret du vingt-cinquième anniversaire, en 1995, avec, cette fois, un nettoyage du son qui contredit la mauvaise réputation d’EMI en la matière. Sur la couverture, Samson jeune, une photo bien connue : un pianiste de jazz dans un film de la Nouvelle vague, selon Alain Lompech dans le texte de présentation, ou encore le héros de La Côte sauvage, le roman culte de Jean-René Huguenin (1936-1962), dont François Mauriac disait : « Ce jeune vivant faisait déjà pour moi figure de revenant : il était le frère de ceux que j'avais aimés à vingt ans, pareil à eux, pareil à moi. Il les a rejoints. » Un éternel jeune homme, mort, usé, à quarante-six, ans, et qui n’a pas eu le temps de devenir un vieux pianiste de plus. Une légende française, aussi : Wilhelm Kempff s’extasiait sur lui, il allait jouer Prokofiev à New-York avec Leonard Bernstein, mais son aura n’a pas passé les frontières, et ses disques à peine. Un pianiste vintage, alors, et rien de plus ? Non, une bombe à retardement, un exemple à ne pas suivre, une incitation au désordre, et c’est pour cela qu’on l’écoute encore. Samson François était inégal (surtout à la fin), imprévu, ingérable. Impossible de le citer en exemple, de le donner comme référence, sauf, peut-être, dans la musique de fou qu’est le Concerto pour la main gauche de Ravel. Il aurait fait d’Au Clair de la lune une bande son pour Psychose d’Hitchcock. Il nous change des philologues, des bêtes à concours, des étoiles filantes, des produits discographiques sous cellophane. « Ma conception de la musique a toujours été plus ou moins sentimentale, » disait-il. Quel autre pianiste, sinon, dans un autre genre, Friedrich Gulda, conserve-t-il un tel parfum de fruit défendu ?

François Lafon

Samson François. L’Edition intégrale - 36 CD EMI 646106 2 7

lundi 8 novembre 2010 à 13h08

Charles Louis de Antoni, cent-neuf ans et  ancien trompettiste dans l’Orchestre de l’Opéra Comique, serait le doyen des Français. « Serait », car  aucun organisme officiel ne recense les citoyens les plus âgés : pas plus tard que la semaine dernière, le titre, jusque-là détenu par le Guadeloupéen Philibert Parnasse, mort à cent-neuf ans, avait échu à Marc Chevalier, cent-huit ans, viticulteur en retraite. Les trompettistes ont la réputation de ne pas vivre vieux, eu égard aux efforts qu’ils doivent fournir pour souffler dans leur instrument. Rien en revanche n’est censé empêcher les viticulteurs de dépasser le siècle, pourvu qu’ils n’abusent pas des produits de leur négoce. Tous deux étaient jusqu’ici battus par Eugénie Blanchard, cent-quatorze ans, religieuse sur l’île de Saint-Barthélemy (Petites Antilles) et détentrice du titre de doyenne des Français depuis 2008 et de l’humanité depuis 2010, mais celle-ci vient de mourir. Si, comme on l’a annoncé, la France compte en 2060 deux cent mille centenaires, dont quatre-vingt pour cent de femmes, combien y-aura-t-il de trompettistes parmi ces dernières ? « On a une image très datée de la famille des cuivres, et de la trompette en particulier – une image faite de virilité qui a perduré tout au long de son histoire. C’est sans doute la raison pour laquelle il y a peu de femmes trompettistes dans les orchestres français. Les pupitres de cuivres ne sont cependant plus des “chasses gardées” masculines. Le souffle nécessaire et l’effort physique demandés pour jouer de cet instrument ne sont, en effet, pas des obstacles à sa pratique », déclare Angela Anderlini, quarante-et-un ans, trompettiste au sein de l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg depuis 1993. 

Photo : Jeune et jolie, la trompettiste Alison Balsom

samedi 6 novembre 2010 à 12h51

Deux moments cultes de Shirley Verrett. En 1973, France-Soir titre : « Au Palais Garnier, une prêtresse vaudou enflamme un Trouvère routinier » (sic). Parallèlement, l’enregistrement de Don Carlo par Carlo Maria Giulini talonne celui de Georg Solti : Montserrat Caballé (Giulini) contre Renata Tebaldi (Solti), Placido Domingo contre Carlo Bergonzi, Shirley Verrett contre Grace Bumbry. Dans son spectacle Palazzo Mentale, le metteur en scène Georges Lavaudant, fasciné par son timbre, fait entendre in extenso l’air O Don Fatale. En 1975, quand Verrett chante Lady Macbeth à la Scala de Milan dans la production Giorgio Strehler/Claudio Abbado, le critique Jacques Bourgeois, voix historique (et caractéristique) de France Musique, s’enflamme : « On n’a pas vu ça depuis Callas ! » Verrett sera plus contestée quand elle chantera les sopranos, et marquera le pas derrière sa rivale Bumbry (mêmes origines afro-américaines, mêmes emplois, évolution vers le soprano compris) quand, en 1990, elles inaugureront toutes deux l’Opéra-Bastille dans Les Troyens de Berlioz. Peu importe. Antoine Vitez, qui la met en scène dans Macbeth à Paris en 1984, a le dernier mot : « Les autres, je les dirige. Elle, je lui indique ses places sur le plateau. Tout ce que je pourrai lui raconter sur son personnage, elle le sait déjà. En la regardant chanter, j’apprends beaucoup sur le théâtre. » Shirley Verrett est morte le 5 décembre, à peine un mois après Joan Sutherland. Bad time for opera.

François Lafon
 

mercredi 3 novembre 2010 à 19h29

 Rentrée politique, rentrée des théâtres. Pas de grande maison d’opéra sans Tétralogie wagnérienne. La Scala, Los Angeles, la Bastille et quelques autres s’y sont mis. C’est le tour de l’Elyséum. Tout doit être bouclé pour mai 2012. Voici, en avant première, la distribution pressentie. Le nom du chef et du metteur en scène seront communiqués ultérieurement.

 

Siegfried (Héros kamikaze) : Dominique de Villepin

Wotan (Dieu en chef, contesté) : Dominique Strauss-Kahn

Fricka (Gardienne des lois) : Eva Joly
Erda (La Terre-mère, omnisciente) : Simone Veil
Alberich (Le Nibelung, ambitieux) : Nicolas Sarkozy
Mime (Son frère, looser rusé) : Eric Besson
Freia (Déesse de l’Amour) : Carla Bruni
Fafner (Géant revendicateur) : Bernard Thibault
Fasolt (Idem) : Olivier Besancenot
Loge (Génie du Feu, incontrôlable) : Daniel Cohn-Bendit
Froh (Dieu de la Fécondité, sans pouvoir) : François Baroin
Donner (Dieu du Tonnerre, idem) : François Bayrou
Brünnhilde (La Walkyrie, guerrière bernée) : Ségolène Royal
Siegmund (Fils de famille foudroyé) : Eric Woerth
Sieglinde (Sa sœur, dépassée par les événements) : Martine Aubry
Hunding (Chef de horde) : Jean-Marie Le Pen
L’Oiseau de la forêt : Cécile Duflot
Gunther (Héritier velléitaire) : Frédéric Mitterrand
Gutrune (Sa soeur, en quête de reconnaissance) : Rachida Dati
Hagen ( Fils du Nibelung, retors) : Charles Pasqua
Waltraute (Walkyrie, vaticinatrice) : Michèle Alliot-Marie

Les Walkyries : Roselyne Bachelot, Nathalie Kosciusko-Morizet, Rama Yade, Fadela Amara, Nadine Morano, Christine Lagarde, Marine Le Pen, Dominique Voynet
Les Nornes ( Les trois Parques) : Bernadette Chirac ; Anne Sinclair ; Christine Boutin
Les Filles du Rhin (Naïades) : Béatrice Schönberg ; Audrey Pulvar ; Christine Ockrent

Distribution sujette à modifications. En aucun cas, les billets ne seront remboursés ni échangés.

P.S. En vue d’une éventuelle reprise, une distribution B doit être prévue. N’hésitez pas à nous faire part de vos suggestions.

mardi 2 novembre 2010 à 22h48

« En pension, ça paluchait ferme. » Ainsi commence l’Offenbach de Nicolas d’Estienne d’Orves, lequel explique que pour échapper à la symphonie des sommiers en folie, il écoutait La Vie parisienne sur son walkman. Passée la surprise, on aimerait que tout le livre soit investi de ce culot proprement offenbachien, tout en se disant que Meilhac et Halévy ont fait preuve – bienséance oblige – d’une plus grande inventivité pour exprimer les divers états de la gaudriole. Or c’est moins le romancier d’Estienne d’Orves que le critique musical du Figaro (qu’il est aussi) qui nous raconte ensuite la vie du Petit Mozart des Champs-Elysées. Le ton est décontracté et le récit vivant, mais les références sont de taille, d’Alain Decaux à Robert Pourvoyeur, et les récents travaux des « réhabiliteurs » d’Offenbach, tels l’universitaire Jean-Claude Yon et le musicologue Jean-Christophe Keck, ne sont qu’évoqués. Certes, ce genre de mise en bouche est le principe même de la petite collection d’Actes Sud ; libre à vous, après, de creuser le sujet. Dans cette optique, l’incitation est, cette fois, extrêmement efficace.

François Lafon

Nicolas d’Estienne d’Orves : Jacques Offenbach. Actes Sud/Classica, 192 pages, 16 euros