Samedi 25 juin 2022
Le cabinet de curiosités par François Lafon
vendredi 21 mai 2021 à 15h33
Depuis quelques décennies, Gilles Cantagrel « vit » avec Jean Sébastien Bach dont il a exploré toutes les facettes ou presque dans une quinzaine de livres. Il nous entraîne maintenant sur les traces de Jean Sébastien dans une sorte de randonnée qui va des lieux où le Cantor vécut à l’empreinte qu’il a laissée dans la musique en passant par quelques traits de son caractère, quelques épisodes de sa vie de famille et quelques péripéties qui émaillèrent sa carrière. On apprend ainsi que Bach ne se laissait pas faire par ses confrères ou ses employeurs, qu’il était du genre procédurier, qu’il a lutté toute sa vie pour que son travail soit reconnu et qu’il a eu quelques moments de déprime. De 1734 à 1739, il continue à fournir des cantates pour les églises de Leipzig en puisant dans son fonds de catalogue, mais sans en composer de nouvelles : il arrive à la cinquantaine, Johann Christian son dix-huitième enfant vient de naître, il est la cible de quelques polémiques, il est fatigué, usé. Bien entendu, au fil du récit, Gilles Cantagrel évoque les œuvres, les resitue dans leur contexte historique ou géographique. Bach meurt en 1750. Le voilà oublié pour quelques décennies ? Jamais de la vie, s’insurge Gilles Cantagrel, c’est une idée reçue. Et de démontrer, force détails historico-musicaux à l’appui, que les compositeurs qui lui ont succédé connaissaient et appréciaient ses œuvres, que l’exécution de la Passion selon Saint Matthieu en 1829 à Berlin sous la direction de Félix Mendelssohn n’est qu’un resurgissement triomphal « dans l’âme des auditeurs allemands. » Bref, ce livre qui rassemble une multitude d’écrits sur Jean Sébastien Bach se dévore ou se picore, tel un guide de voyage.
Gérard Pangon 
 
Sur les traces de J.-S. Bach Ed. Buchet-Chastel 480 pages 32,90 €
 
Quelque quarante ans après l’essai de Jankélévitch consacré à Albeniz, Séverac et Mompou (La Présence lointaine), l’auteur revient sur la personnalité unique de Mompou, né d’une mère française et d’un père catalan (1893-1987). « Homme discret » salué par le préfacier, le pianiste Jean-François Heisser, il laissa un catalogue plutôt modeste et essentiellement consacré au piano. Une œuvre fascinante à plus d’un titre, aux confins de Chopin, du dernier Liszt, de Satie et de Debussy, vouée à : « la plus grande force expressive avec le maximum de simplicité et d’économie de moyens, ainsi que le retour à un primitivisme pour exposer l’idée musicale pure » (Mompou). Jérôme Bastianelli a raison de rappeler que les accords profonds de son piano tirent leur inspiration d’une enfance bercée par le son des cloches de la fonderie du grand-père qui, après fabrication, étaient réglées patiemment afin de produire un timbre spécifique. C’est cette longue résonance et ce halo harmonique qui créent ensuite cette vibration mystérieuse et irréelle du piano chez Mompou – sa signature. Après une double formation, barcelonaise et parisienne – mais il fut avant tout guidé par son intuition (…) –, Mompou compose ses premières œuvres à partir du milieu des années 1910. Tout à la fois ascétique – sublimes Musica Callada –, méditative – Cants màgics – néoromantique – Préludes –, impressionniste – Scènes d’enfants, Paisajes –, voire réinventant le folklore – Cançons i danses, son œuvre est ici commentée à l’aune des contemporains du compositeur, et de ses premiers interprètes et amis – les pianistes Alicia de Larrocha et Rosa Sabater. Un commentaire discographique fort utile parachève cet ouvrage, entre les anthologies (Hough, Heisser, Volodos, Pérez…) et les quasi intégrales : Mompou lui-même, Maso, Colom…, – tout en omettant celle d’Adolf Pla, par ailleurs auteur d’un ouvrage sur Mompou.                                                   Franck Mallet

Jérôme Bastianelli, Federico Mompou, Actes Sud, 176 p., 18,90 €
 

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