Vendredi 21 septembre 2018
Concerts & dépendances
samedi 15 septembre 2018 à 01h52
Concert d’ouverture de la saison à l’Arsenal de Metz : nouveau chef, nouveau nom pour l’Orchestre Philharmonique de Lorraine, devenu National de … Metz, et non - eu égard aux autres phalanges de la région - Orchestre du Grand Est, comme prévu un moment. En succédant au Messin Jacques Mercier, directeur musical seize années durant, le jeune Belge David Reiland trouve un instrument en bonne forme : sonorité, dynamique, cohésion, équilibre entre les pupitres (les bois !), le tout façonné et mis en valeur par l’acoustique du lieu, superbe auditorium « boîte à chaussure » (forme traditionnelle aujourd’hui supplantée par le style enveloppant façon Philharmonie de Paris). Programme test pour l’orchestre et son chef, choisi à la suite de trois concerts « coups de foudre » : précision rythmique mais aussi « songes enfin réalisés » (Debussy) du Prélude à l’après-midi d’un faune, élégance classique d’un 12ème Concerto pour piano de Mozart avec un Lucas Debargue moins torturé mais non moins cérébral que de coutume (il donnera en bis un Scarlatti augurant bien de son prochain CD), « volupté sonore et goût du silence » du Japonais Toshio Hosokawa dans Blossoming 2 (2011), préludant à une 3ème Symphonie « avec orgue » de Saint-Saëns mettant en avant les ressources sonores de l’orchestre. Gestuelle expansive mais claire du chef dirigeant sans baguette, Finale de la Symphonie bissé, permettant de réentendre Olivier Vernet (orgue) mettant littéralement le feu à l’orchestre. Nombreux décideurs et programmateurs dans la salle, ce qui ne trompe pas.
François Lafon

Cité Musicale de Metz, Grande salle de l’Arsenal, 14 septembre (Photo © DR)

Vers 1900 naît à Vienne une musique source de scandale. Mahler compose puis orchestre ses quatre « Chants d’un compagnon errant » avant son arrivée dans la cité en 1897 comme directeur de l’Opéra impérial et royal, mais  ces lieder de jeunesse (ainsi que toute sa production) seront vénérés par la génération viennoise montante. Schönberg en dirige le 6 février 1920 une version pour orchestre de chambre avec piano et harmonium (due très probablement à lui-même) dans le cadre de sa Société d’exécutions musicales privées. C’est par cette version qu’a débuté à La Chaise Dieu le concert de l’ensemble Voix étouffées / Les Métamorphoses, fondé en 2005 par le chef d’orchestre Amaury du Closel pour rendre hommage aux compositeurs victimes du nazisme. Suivaient, d’Alexander von Zemlinsky, considéré par Schönberg comme son seul « professeur », les Six mélodies opus 13 sur des poèmes de Maeterlinck : climat de féerie, de spiritualité et de mort. Face au nazisme, Schönberg et Zemlinsky s’exilent aux Etats-Unis, l’un en 1933, l’autre en 1938 (il y meurt en 1942 pauvre et oublié). Franz Schreker, lui aussi juif, est démis de son poste de directeur de l’Académie des Arts de Berlin, où il a fait nommer Schönberg, et s’éteint en 1934. Il triompha dans l’opéra. La Symphonie de chambre pour vingt-trois instruments dont piano, harpe, célesta et harmonium (1917), une de ses rares grandes pages instrumentales, prolonge en quelque sorte l’opus 9 de Schönberg. Concert captivant, astucieusement programmé, clos après la symphonie de chambre par cinq mélodies du même Schreker, chantées comme celles de Mahler et de Zemlinsky par le baryton coréen Jiwon Song, lauréat de plusieurs concours.
Marc Vignal
 
Abbatiale Saint-Robert, 25 août (Photo © B. Pichène)

mercredi 29 août 2018 à 17h38
Autre soirée mémorable à La Chaise Dieu 2018 avec d'abord La Création de Haydn, œuvre souvent donnée s’il en est. Laurence Equilbey s’en est fait depuis quelque temps presque une spécialité. A la tête d’accentus et de l’Insula orchestra, qu’elle a créés, elle en a offert une interprétation captivante à bien des égards : cela dès l’unisson orchestral du début, avec un coup de timbale asséné avec une force extrême. Sur quoi elle a su ménager les contrastes : chœurs puissants mais pris avec élan, aux arêtes pointues, attention accordée aux détails tant à l’orchestre qu’à ceux du texte. D’où de grands moments d’émotion, comme à l’extraordinaire Lever du Soleil, d’une  polyphonie complexe à la lecture mais transparente à l’audition. Equilbey était en cela bien aidée par les trois solistes : en particulier par la soprano Chiara Skerath, qui dans ses deux airs, consacrés l’un à la verdure et l’autre à la gent ailée, a tiré le maximum tant de la musique que, ce qui est plus rare, des paroles. On a pu remarquer, dans l’avant-dernier récitatif (celui d’Adam et Eve), trois légères et inoffensives modifications apportées au livret, Dein Will’ ist mir Gesetz (Ta volonté est ma loi) devenant par exemple le politiquement correct Dein Will’ ist mein Will’ (Ta volonté est la mienne). Haydn était déjà à l’honneur en fin d’après-midi grâce au Trio Wanderer : beau concert inauguré avec un de ses trios londoniens, et poursuivi avec Ravel et Schubert (son trio n°2 en mi bémol opus 100). On n’en avait pas fini, à l’issue de cette journée, avec le répertoire viennois.
Marc Vignal

Abbatiale Saint-Robert et Auditorium Cziffra, 23 août (Photo © B. Pichène)
 
Comme Paul Celan, le compositeur français Michael Levinas (né en 1949) a pris le contre-pied d’Adorno lequel affirmait qu’écrire de la poésie après Auschwitz était faire acte de barbarie. Commande de l’Association « Musique pour un temps présent » dans le cadre du Jubilé de la Réforme, sa « Passion selon Marc. Une passion après Auschwitz » a été créée le 12 avril 2017 en l’église Saint-François de Lausanne. Sa reprise à La Chaise Dieu a donné lieu à une des soirées les plus mémorables du 52ème festival. Le compositeur s’y confronte également à sa propre histoire, sous forme d’un triptyque d’une heure vingt minutes joué sans interruption : prières juives en araméen et en hébreu pour les millions de victimes de la Shoah suivies d’une psalmodie de noms du mur de la Shoah, Evangile selon Marc en ancien français du XIIIème siècle et extraits du Mystère de la Passion d’Arnoul Gréban (partie de loin la plus vaste des trois), deux poésies de Paul Celan, à savoir Die Schleuse (L’ écluse), où est conquise non sans efforts la salvation du mot Kaddisch, et Espenbaum (Tremble), où sont évoqués aussi bien le feuillage de cet arbre que la « douce mère » qui ne peut plus venir. Violence souvent, en particulier au début, avec le baryton Mathieu Dubroca luttant vaillamment contre le chœur, mais aussi épisodes aux limites du silence, murmurés. On retrouve Mathieu Dubroca en Jésus, Marie (la Mère) et Marie Madeleine reçoivent tout leur dû, sans oublie l’Evangéliste (le contre-ténor Guilhem Terrail), les rôles de Pierre, de Judas et de la Servante étant confiés à des membres du chœur. L’Orchestre de Chambre et l’Ensemble Vocal de Lausanne étaient dirigés par Marc Kissoczy. Musique contemporaine au sens fort, à l’instrumentation adéquate, constatation des plus appréciables étant donné le contexte.
Marc Vignal
 
Abbatiale Saint-Robert, 25 août (Photo © B. Pichène)

Seconde journée au festival de La Roque d’Anthéron, tout piano celle-là. A la fraîche sur la grande estrade du parc de Florans, Daniil Trifonov (concert de 21h) et Aimi Kobaiashi (concert de 18h) choisissent leur Steinway : deux minutes pour le premier, un peu plus longtemps pour la seconde, laquelle répète dans la foulée son récital Chopin-Liszt. Du beau piano sage, une "Marche funèbre" (2ème Sonate de Chopin) montant efficacement en puissance. 18h30 à l’abbaye de Silvacane, Matan Porat joue son programme Lux (CD chez Mirare). Scénario très personnel pour ce pianiste-compositeur habitué aux montages virtuoses, encadrant de Grégorien (Lux Fulgebit - Exortum est in tenebris) un voyage de l’aube au crépuscule, où Schumann (Chants de l’aube), Beethoven (L’Aurore) et Liszt (Harmonies du soir) se frottent à Matthias Pintscher (Whirling tissue of light) et Thomas Adès (Darkness Visible) pour se dissoudre dans deux "Clairs de lune" aux reflets opposés, selon Beethoven (Sonate n° 14) et Debussy (Suite bergamasque) : éclairs et sérénité, enchaînement brillant de tonalités, d’intensités, de grain sonore, un jeu de premier ordre un peu surexposé par l’acoustique résonnante du cloître. A 21h au Parc, dans une atmosphère électrique annonçant l’orage et désignant la star, Daniil Trifonov manie lui aussi le concept étrenné sur CD (voir ici) : rien moins que Mompou (Variations sur un thème de Chopin), Schumann ("Chopin", extrait du Carnaval), Grieg (Hommage à Chopin), Barber (Nocturne op. 33), Tchaikovski (Un poco di Chopin) et Rachmaninov (Variations sur un thème de Chopin), brillantissimes rampes de lancement d’une 2ème Sonate … de Chopin fortement clivante (discussions sur les gradins), apothéose d’un art à nul autre pareil, évoquant Sviatoslav Richter et Emil Guilels sans les imiter, toucher à la fois titanesque et caressant, sens souverain des tempos et des respirations, culminant dans une "Marche funèbre" inexorable comme le glas du Kremlin. En bis : le Largo de la Sonate pour violoncelle (transcription Alfred Cortot) et la Fantaisie Impromptu op. posth. 66, preuves ultimes que le Chopin de  Trifonov évolue dans un autre monde.
François Lafon

(Photo © Christophe Grémiot)

Festival de La Roque d’Anthéron, an 38.  28 jours (du 20 juillet au 18 août), soixante-dix-neuf concerts, quatorze lieux dont un tout neuf (voir plus loin), répétitions publiques, travail de ruche pour jeunes ensembles en résidence (mini-chapiteaux dans le parc du château de Florans, concert quotidien en fin d’après-midi). Samedi 11août après-midi : Jean-Marc Philips (Trio Wanderer) fait travailler l’Aurora Quartet, Raphaël Pidoux (idem) le duo de pianos Salmon-Vieillard. Pidoux : « Les accords : pas plaqués, vers le haut » (un des secrets de l’effet Wanderer). A 18h au Centre Sportif et Culturel Marcel Pagnol (le nouveau lieu), trio de luxe Gidon Kremer (violon), Giedre Dirvanauskaite (violoncelle), Yulianna Avdeeva (piano), les deux premiers en t-shirts du festival pour cause de bagages égarés par compagnie aérienne (non précisée). Une heure et demie prévue, une heure de plus après changements de programme dans une salle remplie au deux-tiers, plus sportive que culturelle, baies vitrées et murs blanc-clinique mais acoustique suffisamment flatteuse. Après un Trio de Chopin tenant ses promesses dans l’Adagio (légendaire phrasé Kremer), bipolaire Trio op. 24 de Mieczyslaw Weinberg, l’oublié opiniâtrement défendu par le violoniste d’un trio de compositeurs dont les deux autres seraient Prokofiev et Chostakovitch. Autorité de la jeune Avdeeva, prouesses expressives d’un Kremer tous risques alla Menuhin, accord prolongée en duo dans une 6ème Sonate non moins bluffante du même Weinberg, le concert se terminant par un Trio op. 100 de Schubert (celui de Barry Lyndon) assumant ses divines longueurs devant un public essentiellement venu pour lui. Juste le temps de dévaler la rue en pente menant au Parc, où 2020 Nelson-Freirophiles attendent leur idole dans le 2ème Concerto de Brahms. Mission accomplie pour le pianiste au toucher magique, se faisant athlète dans ce monument qu’il a maintenant apprivoisé, efficacement secondé par le Hongkongais Lio Kuokman, chef tout en nerfs mais préférant la flamme à la schlag, qualité réitérée après l’entracte dans une Symphonie « Du Nouveau Monde » façon Formule 1 mais toujours élégante et équilibrée, frustrant les nostalgiques d’un Dvorak germanisé mais galvanisant un Sinfonia Varsovia toujours en déficit d’étoffe sonore. 
François Lafon 
La Roque d’Anthéron, 11 août (Photo © Christophe Grémiot)

lundi 30 juillet 2018 à 20h27
Bach sans surprise mais d’excellente facture à l’occasion de l’avant-dernier concert du Festival. L’ensemble Vox Luminis, fondé à Namur en 2004 par le chef Lionel Meunier, apparaît avec toute sa splendeur vocale dans deux des quatre Messes brèves, les BWV 234 et BWV 235. Il manque un « je-ne-sais-quoi » de plus personnel à cet orchestre, pourtant à l’unisson avec le chœur, où se démarquent les interventions solistes de la soprano Zsuzsi Toth - bouleversant Qui tollis peccata mundi réécrit d’après un fragment de la Cantate BWV 179 –, et d’Alexander Chance, voix supra angélique au sein du trio pour alto, cordes et continuo Quoniam tu solus
En clôture, retour du chef d’orchestre Philippe Herreweghe, toujours très actif dans le répertoire symphonique avec Bruckner, une vieille connaissance (Symphonie n° 4) et les Wesendonck-Lieder de Wagner. Un raffinement extrême des timbres – Orchestre des Champs-Élysées somptueux ! – accompagne la soprano Kelly God dans ces cinq études préparatoires pour Tristan et Isolde. Peu connue encore en France, la soprano néerlandaise s’est essentiellement distinguée au Staatsoper de Hanovre (Senta du Vaisseau fantôme, en 2017), et c’est une vraie découverte à laquelle nous convie le chef d’orchestre, qui a trouvé là une voix idéalement envoûtante, nacrée et quasiment sans vibrato, aussi juste dans l’exaltation comme la demi-teinte – avec un texte d’une lisibilité inouïe. 
Plus intense, mais aussi plus réfléchie que dans ses premières interprétations brucknériennes, Philippe Herreweghe a désormais trouvé une voie personnelle avec le compositeur et organiste de Saint-Florian, sur instruments d’époque. En concert, les gradations obtenues dans cette 4ème et cette manière typique qu’il a désormais de faire chanter l’ample volume de l’orchestre sans jamais forcer le trait – final aérien ! –, mériteraient amplement que le chef ne s’arrête pas en si bon chemin, et qu’il aborde en concert comme sur disque la totalité du corpus symphonique de Bruckner.
 
Franck Mallet
 
(Photo : Kelly God et Philippe Hereweghe © Sébastien-Laval)

mercredi 25 juillet 2018 à 19h21
Pas moins de quatre concerts pour l’avant-dernière journée du Festival, Saintes faisait monter le thermomètre dès midi avec le récital du claveciniste le plus sollicité de l’été, Justin Taylor. Fort du succès de ses enregistrements Forqueray Père et Fils et d’un surprenant Scarlatti Ligeti (chronique à venir), le voilà dans un bouquet varié de Sonates du très européen Domenico Scarlatti. Méditation et transcendance en ouverture avec la K.32, diablerie dansée avec la K.492 et acrobatie pyrotechnique avec la K.27. L’interprète joue les funambules en toute décontraction sur un instrument qu’il qualifie de « superbe », avant de passer au Continuum de Ligeti, faux rock flamboyant et vrai minimalisme qui explore tous les rouages d’une mécanique de précision qui déraille, explose et crée l’illusion d’un temps arrêté. Premier bis « un peu cliché, mais… » (JT) : les Barricades mystérieuses de Couperin, suivi d’une électrique K.519 de Scarlatti : « Vous ne savez pas à quoi vous vous exposez si vous me poussez à revenir… avec Scarlatti ! ». Chiche !
Dans l’après-midi, précédé d’une opportune beethovénienne Ouverture d’Ondine d’E.T.A. Hoffmann, on aurait pu croire que Benny Hill, coiffé d’une perruque argentée, s’était glissé derrière un (magnifique !) pianoforte… Mais non, c’était bien Ronald Brautigam, tout sourire, qui offrait une interprétation magistrale du Concerto n° 4 de Beethoven, dirigé par le chef Michael Willens, à la tête du Jeune Orchestre de l’Abbaye.
Le soir, déception totale avec la recréation de Issé de Destouches (1697) par Les Surprises de Louis-Noël Bestion de Camboulas. Soit cet opéra donné en version de concert et présenté comme un « pilier de la période post-Lully et pré-Rameau » (?) est d’un intérêt très relatif comparé aux deux « piliers » susnommés, soit la préparation de cette reconstitution sans charme avait été bâclée, tant les chanteurs semblaient égarés, tel cet Apollon surexcité ou ce Jupiter boulevardier… Seules Chantal Santon (1ère Hespéride/Doris) et Eugénie Lefebvre (Une Hespéride/Issé) parvenaient à convaincre. 
En revanche, enfin du style et de la fraîcheur avec le dernier concert de cette journée contrastée confiée au violiste François-Joubert-Caillet et son ensemble L’Achéron. Virtuosité du jeune Haendel italien des années 1700 dans ces joyaux miniatures que sont les cantates Agrippine et Armide grâce à la soprano Deborah Cachet, et intensité du violon baroque révélé par la soliste Lathika Vithanage.               
Franck Mallet

(photo :Justin Taylor © Sébastien Laval)
Damien Guillon se rappelait Philippe Herreweghe en fervent marathonien de Bach au Festival de Saintes, le contre-ténor répétant la veille une nouvelle cantate donnée le lendemain… Une épreuve dont il garde néanmoins un bon souvenir, au point de revenir quelques années plus tard, cette fois à la tête de son Banquet Céleste, bien entouré par Maïlys de Villoutreys (soprano), Nicholas Scott (ténor) et Benoît Arnould (basse), pour les Cantates BWV 62, 64 et 156. Mesuré, son Bach respire la clarté et déploie une ferveur simple et naturelle, dans l’attente fébrile de Noël (BWV 62) comme dans l’abandon face à la mort (BWV 156). Neuf instrumentistes et quatre chanteurs, faisant office de chœur : il n’en faut pas plus avec des interprètes aussi attentionnés. En soirée, la menace, avortée, d’un orage – seulement trois gouttes – ne permit pas à Hugo Reyne de donner la pleine mesure de ses Water Music haendéliennes, initialement prévues dans les jardins et rapatriées in extremis dans l’abbaye. Le chef de La Simphonie du Marais avait beau manier l’humour – casquette sur la tête, il « racontait » la création fastueuse, presque jour pour jour  trois siècles plus tôt, le 17 juillet 1717), de cette musique sur la Tamise, entre Londres et Chelsea. Il manquait la grandeur d’un espace, malgré une alternative bien venue – l’adaptation qu’il avait réalisée pour son instrument soliste, la flûte, du Concerto HWV 294 –, et de spirituelles cornes de brume, cris de mouettes et autres souffles des vents… en prélude à « l’embarquement ».
Franck Mallet
 
(Photo Le Banquet céleste © Sébastien Laval)
mardi 24 juillet 2018 à 19h32
Quand on s’embarque pour les cantates de Bach, c’est une aventure qui commence, l’exploration d’un univers immense qu’on n’aborde pas sans biscuits, comme ces audacieux qui remplissent une 2CV jusqu’au toit pour aller faire le tour du monde, Paris-Pékin, ou Dunkerque-Tamanrasset. Dans ses bagages, l’ensemble Gli Angeli Genève a donc rassemblé de bonnes provisions, chanteurs, violons, clavecin, orgue, flûtes, basson… Et le chef de la bande, Stephan Mac Leod n’est pas un novice, des expéditions de ce type, il en fait déjà pas mal, avec des guides expérimentés. Ce 16 juillet à Saintes, on a juste l’impression que le matériel n’a pas voyagé au mieux, que chacun a du mal à retrouver sa place. Il est vrai que les trois cantates BWV 94, 178 et 107, composées à Leipzig à l’été 1724 alors que la famille Bach s’y est installée un an auparavant, ne sont pas parmi les plus lumineuses, qu’elles expriment le doute. « Que pourrais-je demander au monde, » dit le texte de la cantate 94. Il manque juste, ce jour-là, le petit quelque chose qui les transcende, cette petite étincelle qui entraîne tout un ensemble dans un même élan. Les 2CV ont parfois des problèmes de carburation.

Gérard Pangon

(Photo © Lucie Favriou)