Vendredi 22 juin 2018
Le cabinet de curiosités par François Lafon
dimanche 11 décembre 2016 à 00h09
Dans la cale de la POP, Marc Mauillon marche sur les traces de Bruce Chatwin dans Songline (Le Chant des pistes), itinéraire monodique. Mais là où l’écrivain voyageur suivait les chemins des aborigènes australiens, le baryton français convoque Jehan de Lescurel (fin du XIIIème siècle) et Philippe Leroux (né en 1959), Blanche de Castille (mère de saint Louis) et la performeuse américaine Meredith Monk, Georges Aperghis et Guillaume de Machaut pour expérimenter en solo - secondé en coulisse par le chorégraphe Yannick Hugron et la designer Stéphanie Langard - le credo aborigène : « tout ce qui existe a dû être chanté pour être créé ». « Voilà maintenant plus de vingt-cinq ans que le chant remplit ce même rôle dans ma vie », explique-t-il. Une grande heure (dix minutes de trop peut-être) de virtuosité a capella, où le chanteur passe sans solution de continuité d’un univers à l’autre, dans « une quête d’essentiel, une ascèse qui met en valeur les infinies possibilités de l’instrument humain ». Eclairage minimal, émanant des baguettes de bois dont il construit des structures fragiles, gestuelle à la fois naturelle et sans cesse au bord du déséquilibre, comme si ses mille inflexions vocales traversaient son corps tout entier. Et tout cela sans affectation, avec un humour même qui affleure là où on ne l’attendrait pas. Public extraordinairement attentif, proche à le toucher, installé de part et d’autre de l’ère de jeu centrale : ce n’est pas tous les jours qu’un artiste de cette trempe laisse entrer les profanes dans son atelier secret. 
François Lafon

La POP, face au 40 quai de la Loire, 75019 Paris, 8, 10, 11 décembre. Rouen, Chapelle Corneille, 15 décembre. CD Songline chez Son an Ero/Petit Festival. Photo © DR