Jeudi 9 juillet 2020
Le cabinet de curiosités par François Lafon
lundi 15 juin 2020 à 19h56
Claude Samuel, qui vient de disparaître à la veille de son 89ème anniversaire, a défendu, promu, fait jouer et connaître la musique et les musiciens, en particulier ceux de son temps. 
La liste parle d’elle-même.

Pierre Boulez, Iannis Xenakis, György Ligeti, Mstislav Rostropovitch, Galina Vichnevskaïa, Maurice Le Roux, Witold Lutoslawski, Karlheinz Stockhausen, Henri Dutilleux, Mauricio Kagel, Pierre Henry, Luciano Berio, Olivier Messiaen, Luigi Nono, Toru Takemitsu, Eliott Carter, Sophia Goubaïdoulina, Helmut Lachenmann, Gÿorgy Kurtag, Peter Eötvös, Wolfgang Rihm…
Au Centre Acanthe, aux festivals de Royan, de La Rochelle, Présences (Radio France)
Lors des Concours de la Ville de Paris, Olivier-Messiaen, Mstislav Rostropovitch.
Dans Paris Presse, L’Express, Le Matin de Paris, Le Nouveau Candide, Le Point, Réalités, Harmonie, Diapason, Panorama de la Musique, Musiques, La Lettre du Musicien.
Sous les labels de disques Véga et Philips.
Sur France Musique et France Culture.
En décernant le Prix des Muses.
En librairie (Serge Prokofiev) ... Qui dit mieux? 
Olivier Debien, François Lafon

Photo © Guy Vivien)

dimanche 31 mai 2020 à 21h21
Deux semaines à peine après Gabriel Bacquier, c’est Mady Mesplé qui nous quitte, à quatre-vingt-neuf ans. Période sans pitié, où le monde d’avant (… Michel Piccoli, Jean-Loup Dabadie, Guy Bedos) tire brutalement sa révérence. Un seul souvenir cette fois, mais qui définit bien cette Lakmé saluée par Pierre Boulez comme une musicienne hors pair, cette Lucia di Lammermoor faisant valoir de par le monde les mérites d’une école française à l’époque dépréciée. Au début des années 1980, week-end lyrique au Creusot (Saône-et-Loire). Salle bondée, audience grand public pour la divette hebdomadaire de Dimanche Martin sur Antenne 2. Mais pas de robe à frous-frous ni d’airs d’opérette ce soir-là. Chevelure rousse coiffée à la lionne, c’est une Mady en simple fourreau grège qui se lance avec sa non moins royale pianiste Janine Reiss dans un récital Liszt, mélodies françaises et allemandes, somptueux « Sonnets de Pétrarque ». Succès final, nombreux rappels : « La même qu’à la télé ? », demande une dame. C’était cela, Mady Mesplé, populaire et aristocrate, étoile de la tradition des Françaises aux aigus fous (Lily Pons, Mado Robin, Natalie Dessay…), sans jamais jouer les divas. 
François Lafon

(Photo © DR)
vendredi 15 mai 2020 à 10h28
Disparition du baryton Gabriel Bacquier, à la veille de ses quatre-vingt-seize ans. Don Giovanni, Scarpia, Falstaff, Golaud, grand seigneur et homme du peuple, feu et glace, autorité et vis comica. Plutôt qu’une nécrologie de plus, dix souvenirs en hommage à un artiste hors-normes. 
 
1960 - Le Don Giovanni « du » graphiste Cassandre au Festival d’Aix-en-Provence, en direct et en Eurovision. Bacquier promu vedette en une soirée. Six ans plus tard, Pelléas et Mélisande, toujours en direct d’Aix (en prime time, autres temps…)
1960 - Le jeune Bacquier enregistre Scarpia, avec Jane Rhodes en Tosca. Seul témoignage de studio du grand Scarpia de l’après-guerre (avec Tito Gobbi) … mais en français. 
1975 - Palais Garnier, La Force du destin de Verdi. Bacquier en Fra Melitone, moine ivrogne et irascible. Le public rit tellement qu’on n’entend plus l’orchestre. 
1976 - Palais Garnier, Otello de Verdi avec Placido Domingo et Margaret Price. Cabale contre Bacquier (pas assez verdien ?) en Iago. Tel Robert Hirsch sifflé dans Ionesco à la Comédie-Française, il esquisse un bras d’honneur à la salle.
1977 - Palais Garnier, Don Giovanni. Une orange échappée du souper final roule sur le plateau enténébré. Bacquier (maintenant Leporello) la ramasse et jongle avec elle, dernier salut au Don foudroyé. 
1978 - Aix-en-Provence, Don Pasquale de Donizetti. Partenaire : un (faux) singe, ajout du metteur en scène Jean-Louis Thamin.  
1980 - Metropolitan Opera de New York, Bacquier magistral en Beckmesser des Maîtres Chanteurs de Wagner. Fake news : il était le premier à regretter de ne pas avoir touché au répertoire germanique. 
1984 - Palais Garnier : adieux au rôle de Scarpia. Bacquier assassiné par Hildegard Behrens devant une salle … distraite : le siège de Luciano Pavarotti vient de céder sous son poids. 
1996 - Lille, le vieux roi Arkel dans Pelléas et Mélisande sous la direction de Jean-Claude Casadesus (enregistré par Naxos). Passage de relais avec la jeune génération française (dont Mireille Delunsch)
2008 – Dernier acte : un album de chansons de Pierre Louki. Rien moins que du cross over. 
François Lafon

Photo : Gabriel Bacquier au Festival de Nohant en 1986

Tragédie et opéra, théâtre et symphonie, voix et instruments : en 1964, pour la Télévision scolaire du jeudi sur l’unique chaîne de l’ORTF, Jean-Louis Barrault résume son ouvrage Mise en scène de Phèdre de Racine, paru en 1946 et analysant le spectacle qu’il a monté quatre ans plus tôt à la Comédie-Française. Le récitatif et air (sans jeu de mot) comparés à un avion qui décolle et plane en dit plus long que bien des traités : mots et images d’un artisan des planches, face à une intervieweuse au ton désuet. Pour aller plus loin, le livre - passionnant - a été réédité au Seuil (Collection Points). 
François Lafon

lundi 13 avril 2020 à 18h21
Si vous ne l’avez jamais vu, c’est le moment d’aller y faire un tour : depuis un peu plus de trois ans, Alexis Descharmes, violoncelliste de l’Orchestre de Bordeaux Aquitaine et cinéphile cultivé, raconte chaque semaine en quelques minutes d’un petit webdocu, Celloscope, les rencontres parfois improbables du violoncelle et du cinéma. Il prend des airs de youtubeur né de la dernière pluie, mais son exploration du cinéma, extraits à l’appui, est des plus passionnantes. Il connaît bien ses classiques (Bergman et le violoncelle de Bach en quatre épisodes), ressort des comédies jubilatoires (L’Ours et la poupée de Michel Deville avec Jean-Pierre Cassel et Brigitte Bardot), va dénicher des nanars (The Ladykillers, une pochade anglaise avec gangsters musiciens) ou des incongruités de star (Sophie Marceau ou le violoncelle en combinaison rose). Alexis Descharmes situe chaque film dans l’histoire du cinéma, raconte le scénario sans vraiment le dévoiler, alterne tirades d’anthologie (Maria Pacôme dans La Crise de Coline Serreau) et petits tubes musicaux (Adeste fideles dans Mickey Père Noël), dit des choses sérieuses sans se prendre au sérieux, joue sur la liberté et la décontraction. Quitte à chercher des associations insolites, parfois même tirées par les cheveux, il aborde tous les genres : après Fort Saganne ou le violoncelle à dos de chameau, le dernier épisode est consacré à Samuel L. Jackson ou les démanchés du Trio de Brahms. C’est le 45ème de la collection. Sachant qu’en moyenne, un épisode dure un peu plus de 7 minutes, il y a là de quoi se réjouir en se cultivant (et vice versa) pendant au moins six heures. C’est le moment.
Gérard Pangon
 
Tous les Celloscope sont visibles ici, sur la chaîne youtube d'Alexis Descharmes, avec en prime ses enregistrements plus " classiques. " 
 
Temps retrouvé pour le premier des quatre Lundis musicaux 2020 de l’Athénée : Dame Felicity Lott, déjà dans le peloton de tête (trois récitals) des Lundis de l’ère Pierre Bergé (1977-1989). Inchangée, la soprano britannique préférée du public français, elle-même francophone (elle a failli devenir professeur de français) et aussi célèbre pour ses Offenbach (ah, sa Belle Hélène en nuisette au Châtelet !) que pour ses Strauss (ah, sa dernière Maréchale du Chevalier à la rose à l’Opéra Bastille !), pour ses Mozart et ses Lehar (Veuve joyeuse en VO et VF), découverte de ce côté du Channel dans Stravinsky (The Rake’s Progress) en même temps que Poulenc (Dialogues des Carmélites). C’est ce parcours brillant autant que déroutant qu’elle évoque ce soir, très Maréchale dans sa grande robe rouge mais maniant l’autodérision avec maestria dans des commentaires heureusement enregistrés (micros visibles) : « Je suis trop longue, je n’aurai plus de voix pour chanter ». « Non ! » répond la salle bondée de fans. Ce n’est pas lui faire injure de remarquer qu’elle n’a plus sa voix d’autrefois, mais – signe des grandes – elle ne triche pas, risque des notes désormais périlleuses et charme toujours par son talent à trouver la couleur vocale adéquate et à donner leur juste poids aux mots, confrontant Fancie (Britten) et Fancy (Poulenc) sur les même texte de Shakespeare, enchaînant sur un Parlez-moi d’amour que bien des chanteuses françaises pourraient lui envier, retrouvant son assise vocale dans "Beim Schlafengehen" (Strauss, Quatre Derniers Lieder) et l’exact équilibre joué/chanté dans la « Griserie » de La Périchole (Offenbach), terminant le programme avec Yes ! de Maurice Yvain et Albert Willemetz, donné à l’Athénée en décembre dernier. Son pianiste Sebastian Wybrew (un élève de Graham Johnson) lui emboite le pas avec un très britannique œil qui frise.
François Lafon 

Théâtre de l’Athénée, Paris, 24 février (Photo © DR)

dimanche 16 février 2020 à 18h12
Comme le Triple concerto de Beethoven, Beethoven et après - coédition Fayard/Mirare - est un ouvrage à trois solistes, la légende et l'Histoire faisant office de trame orchestrale. Là s’arrête la comparaison, le trio d’auteurs ne jouant pas la même partition, ou plutôt ne la jouant pas sur le même plan. Cela commence « grand public » par une biographie où Elisabeth Brisson (auteur du Guide de la musique de Beethoven) s’emploie à déboulonner l’idole pour mieux faire apparaître une vérité plus grande encore. Fini "le Destin qui frappe à la porte" (po-po-po-pom), finies les falsifications du proto-biographe Schindler et le catéchisme oecuménique façon Romain Rolland. Une centaine de pages à mettre entre toutes les mains, celles des enfants comprises. Puis vient un chapitre plus concentré mais non moins brillant signé Bernard Fournier (Génie de Beethoven ; Histoire du quatuor à cordes en 2 vol.) traitant des « Modernités de Beethoven », ou comment celui-ci a fait faire des pas de géant à la musique. Le sujet est plus ardu, les enfants décrocheront (peut-être…). La troisième partie, due à François-Gildas Tual, est apparemment la plus ludique tout en exigeant une attention soutenue, recensant deux siècles et demi de néo-beethovénisme (arrangements, extrapolations, inspirations diverses) et débouchant sur un inventaire des recyclages géniaux ou non, commerciaux ou non dont chaque époque (la nôtre en particulier) a usé et abusé. Pour tous en tout cas une façon de faire le tour de la question, sans littérature inutile ni hagiographie intempestive, ce qui, en cette année anniversaire, a toute son utilité. 
François Lafon

Beethoven et après Editions Fayard/Mirare 240 pages - 15 €

dimanche 2 février 2020 à 10h55
Le 250e anniversaire de la naissance de Beethoven offre une nouvelle occasion de mieux faire connaître sa musique (ses œuvres n’ont pas toutes la même célébrité) et aussi sa personne, grâce notamment à sa très volumineuse correspondance. Le livre dont il s’agit ici n’en présente évidemment que des extraits, mais intelligemment groupés en onze thèmes et autant de chapitres, chacun étant précédé d’une introduction bien documentée due à Nathalie Kraft et contenant un assez grand nombre de lettres ou d’extraits de lettres. Sont ainsi traités le lignage de Beethoven, ses humeurs, ses amours, son quotidien, son ouïe (avec citation du testament de Heiligenstadt), ses rapports avec Goethe, ses collègues compositeurs, ses œuvres, sa conscience de soi, son neveu et sa fin. Tout cela est réparti en une centaine de sous-chapitres aux titres révélateurs : Un sang chaud, Voilà mon sort, Mon immortelle bien-aimée, De Mozart envoyez-moi donc, Au  nom du ciel éditez la Messe, Je ne suis pas un usurier de l’art, Karl veut rejoindre l’armée, Une nouvelle symphonie pour les généreux Anglais etc. Ces textes ne se succèdent donc pas dans un ordre chronologique, on n’a pas là un fragment d’autobiographie au sens propre. Mais la démarche choisie, en se concentrant sur les multiples facettes de la personnalité de Beethoven, permet de les approfondir et de s’en faite une belle idée. Volume riche en informations, au maniement très commode : c’est appréciable.
Marc Vignal
 
Beethoven par lui-même. Correspondance d’une vie. L’homme derrière le génie. Présenté et commenté par Nathalie Kraft. Buchet Chastel, 2019.
 
dimanche 19 janvier 2020 à 19h04
Chez Buchet-Chastel dans la collection « Grands - chanteurs, chefs, étoiles, divas etc. -  du XXème siècle » et en parallèle avec la Biennale de Quatuors à la Cité de la Musique (voir ici) : Les grands quatuors à cordes du XXème siècle par Jean-Michel Molkhou, déjà auteur des Grands violonistes… tomes 1 et 2. Cent-vingt formations (il en manque forcément, l’auteur assume…) sont passées en revue, dont trente-cinq ont droit à un chapitre entier, aide-mémoire indispensable aux amateurs de ces étranges instruments à seize cordes, quatre têtes et huit bras perpétuant le genre musical le plus raffiné – et l’un des plus riches en chefs-d’œuvre – de la musique occidentale. Mais au-delà de la précision factuelle dont Molkhou - violoniste lui-même et chirurgien dans la « vraie vie » - fait preuve une fois encore, c’est tout un siècle qui nous est raconté, à travers les noms (de lieux, de personnes, d’institutions, de compositeurs, de luthiers même) choisis par chaque formation, les exils et pérégrinations, les remplacements et successions, les discographies mêmes et les instruments  joués, observation au microscope de ce petit monde très particulier dans le paysage musical, où le star system ne se pratique qu’en groupe avec toutes les fragilités que cela implique et entretenant la délicate balance (« Tous pour un… ») sur laquelle repose le genre. Exemples à l’appui en bonus : un CD de six heures de musique (attention : lisible en MP3 seulement) regroupant cinquante-cinq formations historiques, des Capet (1893-1928) aux Belcea (fondé en 1994). 
François Lafon

Les grands quatuors à cordes du XXème siècle, de Jean-Michel Molkhou. Préface de Sonia Simmenauer et du Quatuor Modigliani. Buchet-Chastel « Les grands interprètes », 474 p. + 1 CD, 27 €

vendredi 20 décembre 2019 à 11h20
A ne pas manquer en replay sur Arte Concert : Le King’s College en musiques, chapitre II de la série inaugurée à l’Alhambra de Grenade (voir ici), ou comment faire chanter les murs d’un lieu d’exception. C’est cette fois à Cambridge que nous remontons le temps, où parmi les trente-et-un collèges défiant une éternité fragile, le King’s fait figure de blason : c’est là qu’Elisabeth 1ère a séjourné, et serait restée… si elle n’avait craint d’y manquer de bière. C’est là aussi (et surtout) que Gibbons, Tallis, Dowland, Purcell, jusqu’à Britten, Vaughan-Williams et notre contemporain Thomas Adès ont rythmé la vie du royaume, là enfin que le romancier E.M. Forster (Route des Indes) et le mathématicien Alan Turing (précurseur de l’ordinateur) ont fait leurs classes. Images somptueuses, bâtiments légendaires, petits et grands en rangs impeccables allant chaque soir à la chapelle perpétuer la tradition ancestrale : trente-deux choristes dont seize enfants, silhouettes (presque) inchangées depuis… 1466, chantant la « mélancolie anglaise » avec un détachement angélique, débarrassant Bach même, -  sous la direction de l’organiste et chef disparu en novembre dernier Stephen Cleobury (ancien élève du St John’s College... nobody’s perfect) – de toute passion charnelle. Commentaire documenté de Gérard Pangon (un demi-millénaire au pays d’Albion), mosaïque musicale – direct et enregistrement – millimétrée. Son créateur Henry VI (voir Shakespeare) voulait faire du King’s un havre de paix dans un monde de guerre. L’utopie agit toujours. 
François Lafon 
 

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