Jeudi 22 août 2019
Le cabinet de curiosités par François Lafon
« C’est très bien, bravo. On va essayer d’être un peu plus ensemble. » Attentif, souriant, mais rigoureux et exigeant, Nicolas Simon fait face aux musiciens du Jeune Orchestre de l’Abbaye, qui abordent pour la première fois ensemble la Septième Symphonie de Dvorak. Jeunes musiciens qui désirent se former à la pratique orchestrale ou étudiants en Master Musique à Poitiers, ils sont à l’Abbaye aux Dames pour une semaine intense, première répétition le 14 juillet, concert le 18 à l’Ile de Ré et le 19 à Saintes. Agé d'à peine dix ans de plus qu’eux, Nicolas Simon, qui fut l’assistant entre autres de François-Xavier Roth, a le partage de la musique chevillé au cœur, les orchestres où il est passé peuvent le confirmer. Mesure après mesure, il décortique la Septième de Dvorak sans jamais être autoritaire mais avec autorité, en commençant toujours par des encouragements, même s’il lui arrive aussi de pratiquer l’humour caustique : « Ça, c’est du Dvorak pour les nuls, » dit-il aux bois de l’orchestre à qui il a demandé de jouer un passage délicat en supprimant les doubles croches, juste pour trouver le ton et le rythme. Mais aussitôt après une interprétation complète et réussie, il ajoute : « Là, on est arrivés au niveau Dvorak expert ! » Et comme les répétitions du Concerto pour violon opus 64 de Mendelssohn avec en soliste Charlotte Juillard, ex-premier violon du Quatuor Zaïde, se passent dans le même esprit, les musiciens du Jeune Orchestre de l’Abbaye se sentent peu à peu pousser des ailes.
Gérard Pangon
 
Saintes - Abbaye aux Dames (Photo © Léa Parvéry)
 
« Week-end finale » de la saison à la Philharmonie de Paris-Cité de la Musique : après Samstag aus Licht de Stockhausen (voir ici), La petite Renarde rusée de Janacek, mise en scène de Peter Sellars et London Symphony (and Chorus) dirigé par Simon Rattle. Une version grand format (salle Pierre Boulez exige) et pourtant minimaliste de ce conte panthéiste et chef-d’œuvre animalier, pour ne pas dire manifeste antispéciste avant la lettre (1924), casse-tête pour les metteurs en scène (jusqu’où va l’anthropomorphisme ?). Un écran géant derrière l’orchestre, une estrade blanche devant, podium élargi du chef placé au centre des événements : on pense aux Larmes de Saint Pierre d’Orlando de Lasso, déjà « animé » par Sellars en avril dernier (même lieu), mais aussi au Tristan et Isolde de l’Opéra Bastille, où l’action, sobrement contée à l’avant-scène, était occultée par les photos-vidéos de Bill Viola (fascinantes il est vrai). Ce soir, les vidéastes Nick Hillel et Adam Smith se chargent de la partie réaliste : nature et culture, alliage plus compliqué que ne l’implique au premier abord cette fable inspirée d’un feuilleton dessiné paru dans un journal. Vêtus de noir, sans accessoires ni maquillage, présences alla Sellars (génie du geste simple qui en dit long), les chanteurs illustrent les cycles de la vie et les rapports entre les créatures, jusqu’au lien charnel qui unit le Garde forestier et la petite Renarde. Rattle agit de même avec un London Symphony de plus en plus à sa main, parcourant toute la gamme des émotions, depuis les murmures de la forêt (morave) jusqu’aux épanchements du duo entre le Renard et la Renarde. Plateau sans faute, dominé par Lucy Crowe dans le rôle-titre (on pense à la grande Lucia Popp) et Gerald Finley, pas si loin en Forestier de Hans Sachs (Les Maîtres-chanteurs de Nuremberg, son rôle favori) méditant sur le temps qui passe et la vie qui se renouvelle. Et chapeau à la Maîtrise de Radio France, à la hauteur d’un tel cast
François Lafon  

Philharmonie de Paris, Grande Salle Pierre Boulez, 2 juillet (Photo © Monica Rittershaus)

Opérette dernier round (de la saison) : Sauvons la caisse de Charles Lecocq et Faust et Marguerite de Frédéric Barbier au Studio Marigny, suite du cycle de mini-spectacles initié par le Palazetto Bru Zane et lancé en janvier dernier avec deux petits actes fous signés Hervé (Le Compositeur toqué) et Offenbach (Les Deux Aveugles – voir ici). Non moins folles mais un peu moins fines, reposant d’autant plus sur les interprètes, ces deux pochades tirées elles aussi d’un vivier oublié « représentant presque les deux tiers du répertoire lyrique français de l’époque romantique », que l’on donnait en lever de rideau dans les grands théâtres et en pièces principales dans les petits. Aussi déchaîné qu’en Compositeur toqué, le comédien-ténor Flannan Obé fait le lien entre les deux spectacles, en duo cette fois avec Lara Neumann, longtemps sa partenaire du trio Lucienne et les Garçons, et vue récemment à Marigny (grande salle) en Mam’zelle Nitouche (voir ). Deux « natures » face à face, elle plus chanteuse, lui plus acteur (Une sorte de clown tout en finesse), tous deux poussant la note (Lecocq, même avant Madame Angot, plus marquant que l’oublié Barbier) et maniant le nonsense à un train d’enfer, secondés par le discret mais performant accordéoniste et arrangeur Pierre Cussac. Mise en scène cette fois encore de Lola Kirchner, bric et broc efficace. Quatre représentations (matinées et soirées) ce week-end. Ne vous en privez pas. 
François Lafon 

Théâtre Marigny - Studio, Paris, jusqu’au 23 juin (Photo © DR)

Le terme « glagolitique » désigne l’alphabet imaginé par les saints Cyrille et Méthode, évangélisateurs du royaume de Grande-Moravie au IXème siècle, pour fixer par écrit la langue slavonne, ancêtre du bulgare actuel. A quelques détails près, le texte utilisé par Leos Janacek dans sa Messe glagolitique pour solistes, chœur,
orgue et orchestre est la traduction en slavon de l’ordinaire de la messe catholique. Composé en 1926, créé en décembre 1927 à Brno, l’ouvrage se situe au centre de la production ultime du compositeur. En huit paries, dont trois purement instrumentales, cette messe est unique par la « joie barbare » qui l’anime. Janacek l’imaginait exécutée en présence de tout un peuple et en plein air. L’orchestre est traité par touches franches, comme un grand orgue, avec des cuivres aux sonorités pointues et des timbales percutantes, et la déclamation vocale est des plus dramatiques. Cette œuvre enfonçant ses racines dans le terroir et lançant parfois au ciel des appels à la révolte a terminé en splendeur le dernier concert de l’Orchestre
National de France, avec un chœur de Radio France à la rudesse toute slave et des solistes vocaux originaires de divers pays, dont la Slovaquie. A la direction, le chef finlandais Jukka-Pekka Saraste, ce qui nous a valu, en début de concert, une remarquable interprétation du poème symphonique Les Océanides de Sibelius (1914), d’une alchimie et d’une séduction sonores rares. Ni Sibelius ni Janacek ne
connaissaient la musique de l’autre, mais leurs affinités devraient être explorées. Avant l’entracte, six des Wunderhorn Lieder de Mahler, dont on aurait apprécié une plus nette mise en valeur des textes mais remarquablement accompagnés par Saraste.
Marc Vignal
 
Auditorium de Radio France, 20 juin (Photo © Felix Broede)
 
Si indépendant Albert Roussel (1869-1937) qui, après sa formation musicale, choisit de faire carrière dans la marine, pour revenir ensuite étudier le contrepoint à la Schola cantorum – devenu professeur, il aura pour élèves Satie et Varèse, ou encore Martinu et Krasa. Qui, parmi les musiciens d’aujourd’hui, qui n’ont pas été des enfants prodiges, peut rivaliser avec un catalogue si diversifié, du ballet (Le festin de l’araignée, Bacchus et Ariane…) à l’opéra Padmâvati, en passant par de mémorables partitions d’orchestre (les Évocations, les quatre symphonies) ou de musique chambre, jusqu’à cette opérette, Le testament de la tante Caroline, signée en 1936 et ressuscitée à point nommé par Les Frivolités Parisiennes ?
L’histoire, entre grand-guignol et humour noir – Oui, on peut rire à un enterrement ! –  est du génial Nino, pseudonyme de Michel Veber, neveu de Tristan Bernard et auteur de livrets pour Ibert (Angélique) et Rosenthal (Rayon des soieries, Un baiser pour rien, Les bootleggers), qui fournit au compositeur un feu d’artifices de situations comiques et de calembours à l’emporte-pièce, digne du grand Guitry.
Dix ans avant la création française, à l’Opéra Comique, sous la baguette de Roger Désormière – qui fut un four (…), Roussel confessait : « qu’avec Ravel, tout est conventionnel au théâtre, et qu’il est donc inutile de chercher à faire vrai. C’est pourquoi je crois opportun un retour à certaines formes délaissées ou peu exploitées : opéra-bouffe, ballet, opéra-ballet. » Remonter un siècle plus tard de tels ouvrages est un pari risqué. Si le texte de Nino « tient » toujours – « Les situations sont franches, la méchanceté est totale ! » écrit à juste titre le metteur en scène Pascal Neyron –, en revanche gare à l’interprétation, qui peut vite basculer dans la caricature, la lourdeur, voire la vulgarité… Force est de constater que le plateau – neuf comédiens et chanteurs, tous formidables – se régale de ce texte qui virevolte entre parlé et chanté, et dont l’esprit se situe du côté de la comédie napolitaine, voire de Gianni Schicchi de Puccini – autre histoire de testament, tout aussi loufoque ! La musique se veut grinçante et enjouée, on y entend aussi bien la mélodie débridée du Festin de l’araignée que les rythmes caracolant de la 3ème Symphonie dans cet orchestre de vingt-sept musiciens (pas si petite que cela, la fosse de l’Athénée !), sous la baguette du chef d’orchestre Dylan Corlay… également prêtre officiant devant le cercueil de cette « pauvre » tante Caroline. On s’amuse, on rit, et on loue la prestation de ces héritiers qui se chamaillent avec un enthousiasme et un mordant communicatifs : Marie Perbost, Marion Gomar, Marie Lenormand, Lucille Komitès, Fabien Hyon, Charles Mesrine, Romain Dayez, Aurélien Gasse et Till Fechner…   

Franck Mallet

6 juin, Athénée théâtre Louis-Jouvet, Paris
Prochaines représentations : 11, 12 et 13 juin, 20h – et 12 juin, conférence sur l’œuvre, salle Christian-Bérard, à 19h (Photo : @PierreMichel)
mardi 4 juin 2019 à 00h01
Aux Bouffes du Nord, le Quatuor Artemis fête son trentième anniversaire et fait une fois encore peau neuve. Passation de pouvoir en musique : les sortants et les entrants ensemble dans le 1er Sextuor à cordes de Brahms et la Sonate pour piano de Berg (transcrite par Heime Tuller, ex-violoniste du Quatuor), la nouvelle formation enchaînant après l’entracte sur le 1er Quatuor « De ma vie » de Smetana. Deux œuvres de jeunesse, l’une souriante (Brahms), l’autre hantée (Berg) en guise d’au revoir, le roman d’une vie (Smetana) pour annoncer l’avenir. Redistribution des rôles : la sortante Anthea Kreston est passée ce soir du violon à l’alto, à l’exemple de Gregor Siegel, violon jusqu’en 2015, alto depuis, ce dernier se retrouvant doyen du groupe, place occupée jusqu’aujourd’hui par le violoncelliste Eckart Runge, dernier représentant de la formation initiale. Un jeu de piste qui ne relèverait que du Grand Livre des Records si l’esprit qui a animé les anciens ne se retrouvait intact chez les nouveaux (ou plutôt les nouvelles, les excellentes Suyoen Kim - violon - et Harriet Krijgh - violoncelle) autour de Gregor Siegel et Vineta Sarelka (violon). « Notre constante : prendre le temps », explique cette dernière dans un français parfait, annonçant en bis le mouvement lent du Quatuor de Debussy qui, lui, « arrête le temps ». Constatation cornélienne : pour les Artemis, le temps est en effet un grand maître. 
François Lafon 

Bouffes du Nord, Paris, 3 juin (Photo © Felix Broede)

Au théâtre de l’Athénée, première parisienne de l’opéra-comique de Gerald Barry d’après Oscar Wilde  The Importance of being earnest, créé en France (Nancy) il y a dix ans. « Une partition qui ajoute du nonsense au nonsense » selon le metteur en scène Julien Chavaz (dont on a vu sur la même scène l’excellent Moscou, Paradis de Chostakovitch) « un opéra sur presque rien d’après une pièce sur presque rien ». Sauf que dans cette mondaine histoire de double inventé (Ernest devenu Constant en français) et d’enfant trouvé dans un sac de voyage (« In a handbag ! », réplique aussi célèbre outre-Manche qu’ici « Le poumon ! » du Malade imaginaire) Wilde, au faîte de sa célébrité et à la veille de sa déchéance, pose les jalons d’une révolution théâtrale dont Eugène Ionesco et son compatriote Samuel Beckett feront leurs choux gras. C’est ce qu’a saisi Barry - Irlandais lui aussi, et aussi célèbre dans le monde anglo-saxon qu’il est méconnu ici (The Importance… est une commande de Gustavo Dudamel et du Los Angeles Philharmonic) – lequel jette la mitraille de mots d’auteur dont la pièce est faite dans un tourbillon musical où le nonsense se met à faire sens à force d’échapper à toute analyse. De son côté Chavaz prend au mot les mots et les notes dans des décors et des costumes bonbons anglais, lançant les chanteurs polyvalents d’Opera Louise dans un perpetuum mobile acrobatique dont le perpetuum mobile musical (excellent Orchestre de Chambre fribourgeois dirigé par Jérôme Kuhn) est l’inépuisable ressort. Là encore, on pense à Ionesco et à sa Cantatrice chauve, en savourant au passage des idées lumineuses, telle celle de confier le dragon Lady Bracknell à une basse (Graeme Damby), ou de souligner les métaphores culinaires (c’est-à-dire sexuelles) dont Wilde a truffé son œuvre.  
François Lafon 

Théâtre de l’Athénée, Paris, jusqu’au 24 mai (Photo © Diane Deschenaux)
 
A La Coopérative, « éditeur de littérature » : Mouvement contraires, souvenirs d’un musicien, de Désiré-Emile Inghelbrecht. Parce que l’auteur dirigeait chaque année une version de concert « culte » de Pelléas et Mélisande au Théâtre des Champs-Elysées, on l’imaginait austère avant tout, une sorte de Hans Knappertsbusch français. Ces mémoires, édités en 1947 et devenues introuvables, viennent nuancer le propos. Pourquoi « Mouvement contraire » ? Parce que « partant d’un point choisi au seuil de la vieillesse où l’on peut entreprendre de conter sans passion, l’auteur projette de redescendre d’abord, en un journal à rebours, vers le temps heureux de la jeunesse et de l’enfance. Il reprendra ensuite du même point, pour remonter vers les temps nouveaux ». Il n’a pas eu le temps d’opérer la remontée, mais la descente est déjà un beau cadeau. Cela commence en 1933, lorsque à la veille de fonder l’Orchestre National de la Radiodiffusion française (futur National de France), le maestro-compositeur inaugure le monument des frères Martel à son ami Debussy, et se termine en 1887, quand le petit Désiré-Emile (sept ans) est admis au Conservatoire de Paris. Entre temps, c’est un témoignage de première main sur un âge d’or de la musique et des arts que nous traversons (en dépit du « trou noir » de la guerre), pour le meilleur, le pire et même le cocasse. De l’Opéra Comique dirigé par le grand Albert Carré au Théâtre des Champs-Elysées créé par l’aventureux Gabriel Astruc, des Ballets suédois aux Ballets Russes de Diaghilev, Inghel, comme on l’appelait, passe son siècle au scanner. Fausses traditions artistiques et vraies tractations politiciennes sont épinglées au passage, tandis que sont loués avec lyrisme la danseuse Carina Ari (son épouse) et le « peintre des chats » Steinlen (dont il fut le gendre) : rien de nouveau, dirait Monsieur Prudhomme. Mais comme le conteur - tel Berlioz ou Debussy avant lui, - manie la plume avec autant d’adresse que la baguette, cette plongée à rebours devient un véritable temps retrouvé, un livre de chevet en tout cas pour les mélomanes curieux. Impeccable travail éditorial, avec illustrations choisies et discographie exhaustive, donnant envie d’écouter ou de réécouter les Debussy et Ravel de première main d’Inghelbrecht, mais aussi ses Mahler, ses Beethoven, ses Mozart  moins connus, ou ses propres œuvres telle l’étonnante Nursery.
François Lafon 
 
Mouvement contraires, souvenirs d’un musicien, de Désiré-Emile Inghelbrecht. La Coopérative, 329 p., 21 euros

lundi 29 avril 2019 à 11h08
Chez Buchet-Chastel : Réflexions et souvenirs de Sergeï Rachmaninov, recueil d’articles et interviews inédits en français (1910-1941), complété par un « Rachmaninov par lui-même » paru en URSS en 1943, trois jours après sa mort. Beaucoup de répétitions, beaucoup de clichés : pas tout à fait la bible attendue. Plusieurs couches de lecture cependant : technique (« Dix caractéristiques d’un beau jeu de piano »), historique (« Du nouveau dans l’art du piano », ou comment étaient formés les pianistes dans la Russie impériale), biographique (« Rachmaninov parle de la Russie et de l’Amérique »). Et en filigrane, un portrait en creux de ce survivant d’un monde perdu dans un siècle qui n’était pas le sien, racontant les débuts de Chaliapine, insistant sur le génie d’Anton Rubinstein au piano, évoquant le don qu’avait Tolstoï de lui remonter le moral et se rappelant avec quelle ardeur Tchaikovski l’avait soutenu lors de la création de son opéra Aleko. Moins flatteuse : son aversion pour ceux qu’il appelle sans les nommer (Prokofiev ?) les futuristes, sauvant tout de même Stravinsky, lequel fait preuve dans Le Sacre du printemps d’une bonne connaissance de la « vraie musique » (celle du passé) telle qu’enseignée par Rimski-Korsakov. Révélatrice : sa fascination pour le disque opposé à la radio (« Vous écoutez la radio, dès la fin du concert tout a disparu, alors que dans le même temps le disque conserve le jeu des meilleurs artistes »), tempérée par le pessimisme qu’il confesse volontiers : « Aujourd’hui nous avons des disques d’excellente qualité, mais dans l’industrie elle-même, la situation est pire que jamais ». Des propos recueillis en … 1931.
François Lafon 

Sergeï Rachmaninov, Réflexions et souvenirs. Traduction et notes de Carine Masutti. Buchet-Chastel, 192 p., 14 euros

samedi 13 avril 2019 à 00h37
A la Cité de la musique, Salle de concerts : In Between, « soirée inédite de rencontre entre les arts ». Autour de Matthias Pintscher et de l’Ensemble Intercontemporain, Alexander Fahima (mise en scène) et Nandor Angstenberger (scénographie) convoquent « l’entre-deux, moment du jour où la lumière change, où l’on ne saurait dire si l’on est encore la nuit ou déjà le matin ». Premier coup d’œil (si l’on peut dire, étant donnée la pénombre ambiante) plein de promesses : parterre vidé de ses sièges, aires de jeu disposées « telles des îles », cocon de laine géant reliant les diverses parties du tout, « filet conceptuel qui fait tout tenir ensemble ». Public sédentaire au balcon, errant en bas, invité à intervertir les rôles à l’entracte. Projet évident de renouveler les codes du concert qui va se révéler pertinent mais discret, sans commune mesure avec les fêtes visuelles dont le Palais de Tokyo s’est fait une spécialité, et laissant la musique mener le bal. Et quel bal ! Après Anahit, poème lyrique dédié à Vénus du grand aîné Giacinto Scelsi (mélodies de timbre, musique en suspension), choc de Art of Metal II de Yann Robin (approche métaphorique de ce que peut inspirer le métal) suivi de l’étonnant Guero pour piano d’Helmut Lachenmann (comment faire chanter l’instrument sans enfoncer une seule touche) et de son contraire Corda pour piano et électronique d’Aureliano Cattaneo (comment faire dire encore plus à l’instrument qui dit déjà tout). Cattaneo reviendra avec Deserti pour ensemble (sons à mi-chemin entre hauteur et bruit) et Lachenmann fermera le banc avec le magnifique Mouvement pour ensemble (ultimes réflexes du corps avant la mort), reliés par le très fin Study III for Treatise on the Veil pour violon seul de Pintscher lui-même (voilage-dévoilage chuchoté), auquel la violoniste Jeanne-Marie Conquer, comme ses camarades de l’Intercontemporain tout au long du programme, apporte un surcroit de féérie.
François Lafon 

Cité de la Musique, Salle de concerts, Paris, 12 avril (Photo : Jeanne-Marie © Franck Ferville)

 

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