Vendredi 22 juin 2018
Le cabinet de curiosités par François Lafon
jeudi 29 mars 2012 à 10h51

Annonce, lundi 26 mars, de la saison 2012-2013 de l’Opéra Comique. Salle pleine : presse, artistes, abonnés, responsables de collectivités. Au programme : contemporain (un opera buffa de Stefano Gervasoni), baroque (David et Jonathas de Charpentier, Venus et Adonis de Blow), pièces connues créées in loco (La Voix humaine de Cocteau-Poulenc), mais aussi et surtout répertoire maison tombé en désuétude (Ciboulette de Reynaldo Hahn, Le Roi d’Ys de Lalo, Marouf, savetier du Caire de Henri Rabaud, Cendrillon de Pauline Viardot). Sur scène, avec les directeurs Jérôme Deschamps et Olivier Mantei, la dramaturge maison Agnès Terrier explique, commente, replace chaque œuvre dans son contexte. Il ne s’agit pas seulement de donner une résonnance contemporaine à un répertoire du passé - préoccupation majeure des directeurs d’opéras - mais aussi d’en justifier la survie. Questions dans la salle à propos de la reprise par le public des chœurs de Ciboulette (une ancienne tradition remise à l’honneur), ou de la réfection d’une statue de Massenet endommagée par les pigeons. Public-maison pas mort ! Va-t-il jusqu’à apprécier l’acteur et metteur en scène Michel Fau déguisé en diva et chantant Carmen en guise d’intermède ? Lui aussi, pourtant, procède de l’esprit Opéra Comique canal historique.

François Lafon


www.opera-comique.com

mercredi 28 mars 2012 à 16h33

Qui connaît Haydn mieux que personne ? Notre ami Marc Vignal, bien sûr. D'ailleurs, en 2009, lorsqu'on célèbre le bicentenaire du compositeur à Vienne, c'est lui que les Autrichiens invitent pour parler du grand Joseph - en allemand, bien sûr, ce n'est pas obstacle pour lui. Mais c'est en français qu'il raconte aujourd'hui sa passion Haydn à l'occasion des représenations d'Orlando Paladino au Châtelet sous la direction éclairée de Jean-Christophe Spinosi.

lundi 26 mars 2012 à 10h16

Connaissez-vous Joseph R. Olefirowicz, le chef aux 150 000 fans sur Youtube - six fois plus, selon le journaliste-blogger Norman Lebrecht, que Claudio Abbado ? Son interprétation, au Volksoper de Vienne, du Candide de Leonard Bernstein a disparu quelques semaines de la Toile, suite à des problèmes de droits. La revoilà. Au choix : le concert vu de la salle, ou vu de l’orchestre. Commencez par la seconde option. Plus fun que Bernstein lui-même, plus truculent que le regretté John McGlinn, roi du musical dans les années 1980, cet Américain de poids spécialisé dans la musique légère achèvera de vous persuader qu’un chef d’orchestre, cela sert à quelque chose. Le tube « What’s the use ? », avec son tempo unique, est moins difficile à diriger que les Murmures de la forêt de Siegfried, diront les connaisseurs. Mais il est tellement plus dansant…

François Lafon

 

vendredi 23 mars 2012 à 09h38

Si vous subissez une transplantation cardiaque, écoutez de la musique. Mais pas n’importe laquelle. Une étude menée à l’hôpital de l’université Juntendo, à Tokyo, indique que les risques de rejet sont beaucoup moins forts si, pendant la semaine qui suit l’opération, vous écoutez La Traviata ou un concerto de Mozart plutôt que la chanteuse irlandaise Enya. L’expérience a été tentée avec des sujets atteints de surdité : les vibrations mozartiennes et verdiennes ont, là aussi, fait leur effet, entraînant une concentration plus faible d'interleukine-2 et d'interféron gamma - qui favorisent l'inflammation - et des niveaux plus élevés de substances atténuant l'inflammation, telles les interleukines 4 et 10. Selon le New Scientist, le professeur de psychologie John Sloboda, de l’université de Keele (Angleterre) est sceptique : « Je pense qu'il est dangereux de tirer des conclusions d’une exposition à un opéra ou un concerto donnés. Le résultat peut être totalement spécifique à la pièce en question, ou même à l'enregistrement choisi, diffusé à un volume spécifique. Nous ne pouvons pas savoir ce qui a entrainé un éventuel effet immunosupresseur ». Une bonne réponse à ceux qui affirment encore que seule l’œuvre compte, et que l’interprétation est accessoire. Dernière précision : c’est sur des souris que cette expérience a été menée. Son instigateur Masateru Uchiyama a bon espoir de confirmer ses conclusions en la renouvelant sur des sujets humains.

François Lafon

lundi 19 mars 2012 à 09h44

Dans le but de trouver une distribution pour Carmen, qu’il va monter au théâtre de plein air du Wannsee à Berlin en août prochain, le cinéaste Volker Schloendorff invente le télé-crochet classique : six émissions de quatre-vingt-dix minutes diffusées le dimanche après-midi par Arte et la ZDF. Dans le jury : le ténor américain David Lee Brewer, fils de Grace Bumbry, ex-Carmen des scènes internationales. "Le choix d'un casting est une part importante du travail d'un cinéaste et il est aujourd'hui souvent suivi par une caméra, vu qu'il n'y a plus de film sans making-off (sic)", explique Schloendorff, qui précise que sa Carmen se passera à Cuba dans les années 1950. Il ne dit pas si l’on suivra les candidats jusque dans la salle de bains, comme à la Star Ac’, ni si les jurés tourneront le dos aux chanteurs pour mieux apprécier leur voix, comme dans The Voice sur TFI. "Le but que nous voulons atteindre, c'est de populariser l'opéra, de l'ouvrir à un large public. En collaboration avec Arte, c'est un objectif que nous pouvons atteindre, que nous allons atteindre", a déclaré Peter Schwenkow, organisateur de l’événement. Tant qu’on ne nous annonce pas une Carmen avec Jenifer et Christophe Willem…

François Lafon

Grace Bumbry dans Carmen (Chicago 1964)

mercredi 14 mars 2012 à 10h51

Concert ce soir à Pleyel réunissant le Philharmonique de Radio France et l'Orchestre Unhasu de Corée du Nord. Au programme : pièces du répertoire traditionnel coréen et 1ère Symphonie de Brahms dirigée par le Sud-Coréen Myung-Whun Chung. Un beau coup politique, aussi fort que le concert du New York Philharmonic dirigé par Lorin Maazel en 2008 à Pyongyang. La presse relaie l’événement : photos des Coréens devant la Joconde, congratulations réciproques (« musicalement, ils sont très forts »), coup de projecteur sur le Stradivarius de 1716 joué par un musicien coréen, distribution de badges à l’effigie de Kim Jong-Un, recadrage du projet (« leur esprit est très concentré sur le concert ») par le chef de la délégation, seul habilité à communiquer au nom des artistes. Un ton qui rappelle l’époque soviétique. Blague des années 60 : Qu’est-ce qu’un quatuor à cordes russe ? Un orchestre symphonique revenant d’une tournée à l’Ouest. Un demi-siècle plus tard, et trois mois après l’avènement d’un nouveau Dirigeant bien-aimé au Pays du matin frais, ce genre de plaisanterie serait plus que déplacé.

François Lafon

Paris, salle Pleyel, 14 mars à 20h

mardi 13 mars 2012 à 10h39

Jeudi 8 mars à l’Orchestra Hall de Chicago, Riccardo Muti dirige la 2ème Symphonie de Brahms. Alors que se termine en douceur l’élégiaque deuxième mouvement (Adagio non troppo), un son incongru trouble l’atmosphère, comme un poing écrasant un nez. Deuxième coup, pluie de coups : dans une loge – les places les plus chères – un homme jeune en tabasse un autre, beaucoup plus âgé. « Nous avons entendu un bruit sourd, assez fort, déclarera le directeur d’une radio musicale. Pas au point, cependant, de déclencher un mouvement de panique ». Selon le Chicago Sun Times, l’agresseur et l’agressé sont des patrons (traduire « membres bienfaiteurs ») du Chicago Symphony. Muti, habitué en Italie à des salles d’opéra autrement turbulentes, marque une légère pause entre le deuxième et le troisième mouvement, se contentant de lancer par-dessus son épaule gauche un regard qualifié de meurtrier par un abonné. Comme l’explique, sur le site scienceshumaines.com, le sociologue Antoine Hennion dans un article intitulé La Musique, entre le geste et la chose : « Le goût musical est un corps à corps sensible, en situation, avec des objets ambigus ».

François Lafon

Photo © Chicago Symphony Orchestra

Pour votre violon, cordes métalliques ou cordes en boyau? Dépassé tout cela, affirme le Dr Shigeyoshi Osaki, de l’Université Nara, au Japon. L’avenir réside dans les cordes en soies d’araignée. En assemblant de trois à cinq mille fils produits par des femelles de l’espèce Nephila maculata, le tout torsadé en trois faisceaux bien serrés, on obtient, d’après lui, un amalgame plus solide qu’une corde en boyau, mais moins résistant qu’une corde en métal. Selon le site BBC News, ces cordes arachnéennes, vues en coupe transversale et au microscope électronique, auraient la particularité d’être en leur centre composées de soies tressées et assemblées de différentes manières, ne laissant aucun espace entre elles. Le petit (ou le grand) plus ? « Un timbre doux et profond, inconnu jusqu’ici, capable d’inspirer de nouvelles musiques, et dont raffolent déjà quelques virtuoses renommés, » affirme le Dr Osaki. A quand une nouvelle version pour cordes seules du Festin de l’araignée d’Albert Roussel ?

François Lafon
 

vendredi 2 mars 2012 à 09h58

Sur France 5 vendredi 2 mars, nouveau numéro d’Empreintes, consacré à William Christie. La collection a fait ses preuves : cent-vingt « 52 minutes » en quatre ans, autant de portraits de personnalités qui font l’époque. On y trouve Bernard Arnault et Mona Ozouf, Robert Hossein et Hubert Reeves, Josiane Balasko et Julia Kristeva, Karl Lagerfeld et Jean Lacouture. Les variétés n’en sont pas absentes : Françoise Hardy, Jacques Dutronc, Juliette Gréco, Véronique Samson, Eddy Mitchell. Christie est le troisième musicien classique de la série après Roberto Alagna et Pierre Boulez, et le premier baroque. L’époque, apparemment, ne se fait que parcimonieusement en musique. A voir cette promenade dans la vie du plus "Grand Siècle" des Américains, du Buffalo de son enfance à New York l’accueillant comme un expatrié de luxe, il y a de quoi se passionner pour la musique qu’il défend et le monde auquel il tient. Ecouter « Bill » évoquer le rude caractère de son maître Ralph Kirpatrick sur fond de gratte-ciel ou raconter dans le jardin à la française de son château de Thiré comment il a échappé à la conscription au Vietnam définissent assez précisément le mélange de simplicité et de grandes manières qui le caractérisent.

François Lafon

William Christie, le geste baroque. Un film écrit par Priscilla Pizzato, réalisé par Priscilla Pizzato et Adrien Soland – France 5, vendredi 2 mars à 21h30 et dimanche 4 mars à 7h55