Lundi 16 juillet 2018
Le cabinet de curiosités par François Lafon
mardi 22 septembre 2015 à 09h30

Livre-disque aux éditions Fluide Glacial : Un jour au concert avec les Bidochon, fruit de l’association du dessinateur Christian Binet, du chef d’orchestre Nicolas Chalvin et du musicologue François Sabatier. Binet, qui avait déjà révélé ses appétences évidentes mais conflictuelles avec la (grande) musique dans Haut de gamme (2 vol., 2010, voir ici), confie cette fois à ses héros Robert et Raymonde le soin d’animer la soirée : vingt oeuvres à entendre (Chalvin dirigeant l’Orchestre des Pays de Savoie) et à (re)situer (Sabatier), avec portraits des compositeurs et images (tableaux, photos, dessins) subsidiaires, l’album faisant suite aux deux tomes - réjouissants - d’Un jour au musée avec les Bidochon (même éditeur). « Tu connais do, ré, mi, fa, sol, la si, do ? Les compositeurs n’en savent pas plus que toi. C’est juste que, eux, ils savent mélanger les notes », explique Robert en préambule. De fait, les mélangeurs de notes inscrits au programme ne sont pas toujours les plus attendus : Bach, Mozart et Tchaikovski, certes, mais aussi Martinu, Chostakovitch, Britten ou Honegger, et même deux contemporains : Florentine Mulsant et … Binet lui-même, auteur d’un nostalgique Prélude en si bémol mineur annoncé par un « Enfin on va rigoler » vite déçu. Autres répliques bidochonesques : « Ca va vite un sextuor ». « T’imagines, si c’était joué par un quatre-vingtuor ? » ou « On n’a pas vu un film sur Mozart ? » « Tu confonds avec Amadeus ». A offrir en priorité à ceux (nombreux) qui font encore rimer quartet avec prise de tête. Une tournée de l’Orchestre de Savoie (sept concerts), avec l’excellent Chalvin au pupitre et les Bidochon traits pour traits sur écran, commence le 25 septembre au Théâtre Impérial de Compiègne.

François Lafon

Un jour au concert avec Les Bidochon. 1 livre-disque Fluide Glacial, 96 p. + 1 CD, 30 €

lundi 14 septembre 2015 à 11h48

Sortie au cinéma de Marguerite de Xavier Giannoli, librement inspiré du personnage de Florence Foster-Jenkins, « The worst diva in the world ». Rien d’un biopic (on en attend un signé Stephen Frears, avec Meryl Streep – voir ici), plutôt une variation sur la relativité de l’art. Une coproduction franco-tchéco-belge « en costumes » à budget confortable, fondée sur la présence à l’affiche de Catherine Frot, une des actrices françaises les plus populaires (ce que l’on sait) et les mieux payées (ce que l’on sait moins). Bouche à oreille flatteur : ovation à la Mostra de Venise, superlatifs télévisuels du genre : « Attention, culture ! », César annoncé pour l’interprète principale. Au mystère fondateur du mythe Foster-Jenkins (Qui était-elle au fond ? Savait-elle qu’elle chantait mal ? Se moquait-elle du monde ?) Giannoli - cinéaste de Superstar, Quand j’étais chanteur et Les Corps impatients, titres parlants – en oppose un autre, celui du visage de sphinx, du jeu décalé de sa vedette. Cette Marguerite Dumont, frustrée en amour mais riche à millions, agneau au milieu des loups, se rend-elle compte que sa passion non-partagée pour la musique fait d’elle la proie d’un petit monde peu reluisant (mondains intéressés, journalistes sans scrupules, professeur de chant escroc…) ? Le spectateur, lui, n’en ignore rien, tant le trait est gros. On se voudrait chez Visconti (intérieurs 1920 soignés), on se retrouve chez Gérard Corbiau : musique et frustration, sublime et sordide, la recette Farinelli. Bon point : Catherine Frot est crédible quand elle chante, sa propre voix mêlée à celle d’une véritable cantatrice (non mentionnée au générique), laquelle s’ingénie avec succès à couaquer plus fort encore que la vraie Foster-Jenkins.

François Lafon

Marguerite, de Xavier Giannoli, avec Catherine Frot, Michel Fau, André Marcon. En salles à partir du 16 septembre

lundi 14 septembre 2015 à 11h45

Palais Garnier à l’ouest, Opéra Bastille à l’est : mais où est la 3ème Scène de l’Opéra de Paris, annoncée la saison dernière par Stéphane Lissner (voir ici) et inaugurée demain 15 septembre ? Nulle part et partout, puisqu’il s’agit d’une plateforme digitale de création. On n’y verra pas de captations de spectacles, mais des œuvres originales censées ouvrir sur le futur une institution par nature tournée vers le passé. Aux commandes : Dimitri Chamblas, producteur, publicitaire, styliste, chorégraphe, ex-danseur, ex-petit rat de l’Opéra, collaborateur de la compagnie L.A. Dance Project … de Benjamin Millepied, le nouveau directeur-maison de la danse. Au programme de cette « saison d’ouverture », seize pièces de deux à quinze minutes dues à des réalisateurs (Mathieu Amalric), des plasticiens (Xavier Veilhan), des photographes (Denis Darzacq), des chorégraphes (Millepied lui-même), des dessinateurs (Glenn Keane, vedette des studios Disney). Travaux d’esthètes plus que de pédagogues, beaucoup de sujets inspirés par la danse (chassez le naturel…), pas (encore ?) d’opéra numérique ni de réflexion sur la création lyrique de demain. Au moins, en ces temps de crise et de baisse des subventions, cette 3ème salle ne risque pas de commencer la saison par une grève des techniciens (à propos du doublement d’une prime de modulation et de variabilité horaire), comme les deux premières ! Parallèlement, ouverture de l’Académie de l’Opéra, sœur cadette de l’Académie du festival d’Aix-en-Provence créée par le même Lissner en 1998, voulue, elle, comme un centre d’éducation artistique (« Opéra et université », spectacles jeune public) et de formation aux métiers de l’Opéra, un « espace d’expérimentation des formes en interrogeant les liens entre scène / performance / arts urbains / musiques au pluriel » selon sa directrice Myriam Mazouzi. Un projet pharaonique dans lequel l’Atelier Lyrique, qui a fait ses preuves, n’est presque plus détectable.

François Lafon

operadeparis.fr/3e-scene