Lundi 6 avril 2020
Le cabinet de curiosités par François Lafon
Temps retrouvé pour le premier des quatre Lundis musicaux 2020 de l’Athénée : Dame Felicity Lott, déjà dans le peloton de tête (trois récitals) des Lundis de l’ère Pierre Bergé (1977-1989). Inchangée, la soprano britannique préférée du public français, elle-même francophone (elle a failli devenir professeur de français) et aussi célèbre pour ses Offenbach (ah, sa Belle Hélène en nuisette au Châtelet !) que pour ses Strauss (ah, sa dernière Maréchale du Chevalier à la rose à l’Opéra Bastille !), pour ses Mozart et ses Lehar (Veuve joyeuse en VO et VF), découverte de ce côté du Channel dans Stravinsky (The Rake’s Progress) en même temps que Poulenc (Dialogues des Carmélites). C’est ce parcours brillant autant que déroutant qu’elle évoque ce soir, très Maréchale dans sa grande robe rouge mais maniant l’autodérision avec maestria dans des commentaires heureusement enregistrés (micros visibles) : « Je suis trop longue, je n’aurai plus de voix pour chanter ». « Non ! » répond la salle bondée de fans. Ce n’est pas lui faire injure de remarquer qu’elle n’a plus sa voix d’autrefois, mais – signe des grandes – elle ne triche pas, risque des notes désormais périlleuses et charme toujours par son talent à trouver la couleur vocale adéquate et à donner leur juste poids aux mots, confrontant Fancie (Britten) et Fancy (Poulenc) sur les même texte de Shakespeare, enchaînant sur un Parlez-moi d’amour que bien des chanteuses françaises pourraient lui envier, retrouvant son assise vocale dans "Beim Schlafengehen" (Strauss, Quatre Derniers Lieder) et l’exact équilibre joué/chanté dans la « Griserie » de La Périchole (Offenbach), terminant le programme avec Yes ! de Maurice Yvain et Albert Willemetz, donné à l’Athénée en décembre dernier. Son pianiste Sebastian Wybrew (un élève de Graham Johnson) lui emboite le pas avec un très britannique œil qui frise.
François Lafon 

Théâtre de l’Athénée, Paris, 24 février (Photo © DR)

dimanche 16 février 2020 à 18h12
Comme le Triple concerto de Beethoven, Beethoven et après - coédition Fayard/Mirare - est un ouvrage à trois solistes, la légende et l'Histoire faisant office de trame orchestrale. Là s’arrête la comparaison, le trio d’auteurs ne jouant pas la même partition, ou plutôt ne la jouant pas sur le même plan. Cela commence « grand public » par une biographie où Elisabeth Brisson (auteur du Guide de la musique de Beethoven) s’emploie à déboulonner l’idole pour mieux faire apparaître une vérité plus grande encore. Fini "le Destin qui frappe à la porte" (po-po-po-pom), finies les falsifications du proto-biographe Schindler et le catéchisme oecuménique façon Romain Rolland. Une centaine de pages à mettre entre toutes les mains, celles des enfants comprises. Puis vient un chapitre plus concentré mais non moins brillant signé Bernard Fournier (Génie de Beethoven ; Histoire du quatuor à cordes en 2 vol.) traitant des « Modernités de Beethoven », ou comment celui-ci a fait faire des pas de géant à la musique. Le sujet est plus ardu, les enfants décrocheront (peut-être…). La troisième partie, due à François-Gildas Tual, est apparemment la plus ludique tout en exigeant une attention soutenue, recensant deux siècles et demi de néo-beethovénisme (arrangements, extrapolations, inspirations diverses) et débouchant sur un inventaire des recyclages géniaux ou non, commerciaux ou non dont chaque époque (la nôtre en particulier) a usé et abusé. Pour tous en tout cas une façon de faire le tour de la question, sans littérature inutile ni hagiographie intempestive, ce qui, en cette année anniversaire, a toute son utilité. 
François Lafon

Beethoven et après Editions Fayard/Mirare 240 pages - 15 €

dimanche 2 février 2020 à 10h55
Le 250e anniversaire de la naissance de Beethoven offre une nouvelle occasion de mieux faire connaître sa musique (ses œuvres n’ont pas toutes la même célébrité) et aussi sa personne, grâce notamment à sa très volumineuse correspondance. Le livre dont il s’agit ici n’en présente évidemment que des extraits, mais intelligemment groupés en onze thèmes et autant de chapitres, chacun étant précédé d’une introduction bien documentée due à Nathalie Kraft et contenant un assez grand nombre de lettres ou d’extraits de lettres. Sont ainsi traités le lignage de Beethoven, ses humeurs, ses amours, son quotidien, son ouïe (avec citation du testament de Heiligenstadt), ses rapports avec Goethe, ses collègues compositeurs, ses œuvres, sa conscience de soi, son neveu et sa fin. Tout cela est réparti en une centaine de sous-chapitres aux titres révélateurs : Un sang chaud, Voilà mon sort, Mon immortelle bien-aimée, De Mozart envoyez-moi donc, Au  nom du ciel éditez la Messe, Je ne suis pas un usurier de l’art, Karl veut rejoindre l’armée, Une nouvelle symphonie pour les généreux Anglais etc. Ces textes ne se succèdent donc pas dans un ordre chronologique, on n’a pas là un fragment d’autobiographie au sens propre. Mais la démarche choisie, en se concentrant sur les multiples facettes de la personnalité de Beethoven, permet de les approfondir et de s’en faite une belle idée. Volume riche en informations, au maniement très commode : c’est appréciable.
Marc Vignal
 
Beethoven par lui-même. Correspondance d’une vie. L’homme derrière le génie. Présenté et commenté par Nathalie Kraft. Buchet Chastel, 2019.
 
 

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