Vendredi 22 juin 2018
Le cabinet de curiosités par François Lafon
vendredi 2 décembre 2016 à 16h24
A l’Amphithéâtre de la Cité de la Musique, concert annuel de lauréats HSBC (la banque) de l’Académie du festival d’Aix-en-Provence. Des lauréats qui ont fait leurs preuves : le ténor britannique Rupert Charlesworth (promotion 2011) et la pianiste chef de chant française Edwige Herchenroder (promotion 2013) ont enregistré en 2014 pour Zig-Zag Territoires le même programme de Nocturnes en trois langues, de Schubert à Liszt (allemand), de Fauré à Lili Boulanger (français), de Bax à Britten (anglais). Des nocturnes rien moins que soporifiques (moins que sur le disque en tout cas), où l’heure exquise selon Fauré et Verlaine est ennuagée par la Terre rigide (Rigid land) de Britten et Auden (« Car désormais mes rêves de toi ne peuvent plus du tout se référer à toi »). Diction expressive, musicalité consommée, timbre et technique typiquement anglais (de Peter Pears à Ian Bostridge) pour le chanteur, mimétisme en même temps qu’art de donner la réplique pour la pianiste : on n’attend d’eux maintenant des programmes, sinon diurnes, du moins plus contrastés. De bons ambassadeurs en tout cas de cette Académie créée par Stéphane Lissner en 1998 parallèlement au festival, soutenue depuis dix ans par la banque HSBC, laquelle fournit à quelques éléments particulièrement prometteurs les moyens de démarrer dans la carrière. En 2016, palmarès international (pour la France : le baryton Guillaume Andrieux, le pianiste Florian Caroubi, le Quatuor Arod), en tournée tout au long de la saison.

François Lafon

Photo : Guillaume Andrieux © DR
samedi 19 novembre 2016 à 09h42
A l’Institut de France, Séance solennelle de l’Académie des Beaux-Arts, où est proclamé le palmarès de l’année : Garde républicaine, habits verts et épées, hommage aux disparus, minute de silence et musique en live. Un cérémonial immémorial pour récompenser des créateurs très actuels : pour la musique, Peter Eötvös et Philippe Leroux, dont Envers 1, dédié aux victimes du terrorisme, est joué par l’Orchestre Colonne sous la baguette de Laurent Petitgirard, chef et académicien. Vingt-sixième Prix Liliane Bettencourt pour le chant choral (après, l’année dernière, une « redéfinition des objectifs et des modalités ») décerné à l’impeccable ensemble De Caelis, sextuor de voix féminines a capella mené par Laurence Brisset. Défilé de lauréats – dont certains (peintres, graveurs, dessinateurs : des artistes) détonant savoureusement sous l’illustre coupole – devant Edith Canat de Chizy, compositrice et vice-présidente de l’Académie. Livres musicaux de l’année (prix Georges Dumesnil) décernés aux gloires récentes : György Ligeti par Karol Beffa (Fayard) et Henri Dutilleux par Pierre Gervasoni (Actes Sud-Philharmonie de Paris). Dernier éloge de la modernité : la conférence finale du peintre Arnaud d’Hauterives - Secrétaire perpétuel de l’institution, prosélyte in loco de la photographie – sur « Les arts non européens et la peinture ».  Un art du temps retrouvé, en quelque sorte.
 
François Lafon
vendredi 2 décembre 2016 à 16h56
Disparition, à soixante-quatre ans, du pianiste, compositeur, pédagogue, critique et chef d’orchestre hongrois Zoltan Kocsis. Chaque saison, à la fin des années 1970, le Théâtre de la Ville (Paris) invitait dans le cadre de ses « 18h30 » - un horaire inusité qui allait faire des émules -, ce jeune virtuose d’apparence fragile, habile pourtant à animer d’une vitalité nouvelle Mozart, Chopin et Debussy plutôt que Bartok, dont il n’était pas encore le champion et qui de toute façon ne contribuait pas à remplir les salles. Pas évident , à cette époque où il enregistrait Mozart en duo avec l’autre jeune héraut national Dezsö Ranki, de l’imaginer en poids lourd d’une Hongrie musicale à la conquête de l’Ouest, en rénovateur du vieil Orchestre Symphonique de l’Etat Hongrois rebaptisé Orchestre Philharmonique National Hongrois, en alter ego (plutôt qu’en rival) du pourtant autocratique maestro Ivan Fischer à la tête de l’Orchestre du Festival de Budapest, en défenseur de la « contemporaine » au Studio de Musique Nouvelle de Budapest. Admirateur revendiqué de Sviatoslav Richter, il fuyait déjà les photographes et n’acceptait de répondre qu’aux questions qu’il jugeait musicalement pertinentes. En guise d’hommage, la pianosphère remet à l’honneur ses disques Philips des années 1970-1980, comme la 3ème Année de Pèlerinage de Liszt, autre compositeur selon son cœur, qu’il interprétait – c’était probablement son secret – en révolutionnaire de notre temps. 

François Lafon
Photo © DR