Mercredi 24 octobre 2018
Le cabinet de curiosités par François Lafon
samedi 26 juillet 2014 à 13h30

Le 27 avril 1978, attroupement à la salle Pleyel : « Peter Lindroos, souffrant, est remplacé dans Un Bal masqué par Carlo Bergonzi ». Soirée historique, triomphe pour le ténor que Rolf Liebermann, alors directeur de l’Opéra, refusait d’engager, le trouvant mauvais acteur. Retour trois ans plus tard au Théâtre des Champs-Elysées pour un non moins triomphal Andrea Chénier de Giordano, toujours en version de concert. « Le » ténor verdien de l’après-guerre, a-t-on dit de lui : timbre cuivré, style impeccable. Son secret, d’après ceux qui n’aiment pas les ténors italiens : il avait commencé comme baryton, et en avait conservé le naturel. A Busetto, où le jeune Verdi avait appris la musique, Carlo Bergonzi formait les jeunes générations au sein de l’Accademia verdiana et tenait une auberge nommée I Due Foscari (sixième opéra du Maître - 1844). Il vient de mourir à Milan, à quatre-vingt-dix ans et treize jours. Ecoutez ses nombreux enregistrements, à commencer par l’intégrale des trente-et-un airs de ténor du répertoire verdien (1972-74 – Philips) : peu de ratés, la référence à peu près partout. Même remarque pour ses Puccini, pour son Paillasse avec Karajan : Carlo Bergonzi ne chantait que l’opéra italien, mais dans ce domaine, il a donné le la à (presque) tous les autres.

François Lafon
Photo © DR

samedi 19 juillet 2014 à 11h31

On connait le Sistema vénézuélien (l’éducation par la musique des enfants déshérités). Voici à Cateura (Paraguay) le Landfill Orchestra (landfill = décharge), dont les jeunes participants trouvent dans les déchèteries matière à bricoler leurs instruments. « Mais dites donc ces bidons ? Ils ont bien été nettoyés ? Y'a pas risque de toxicité ? Chez nous ce serait inconcevable, dangereux et inconscient de laisser faire de telles choses à nos enfants ! », remarque une internaute. Si impossible n’est pas français (dixit Napoléon), inconcevable n’est pas paraguayen, apparemment.

François Lafon
 

dimanche 13 juillet 2014 à 20h52

Lorin Maazel à Daniel Barenboim : « Tu vas diriger Le Sacre du printemps à *** ? Fais attention : à la page ***, il y a une erreur de mesure ». Daniel Barenboim : « Quand l’as-tu dirigé là-bas pour la dernière fois ? ». Lorin Maazel : « Il y a une quinzaine d’années ». Une anecdote non vérifiée, mais qui donne une idée de la réputation, dans les milieux musicaux, du chef dont on apprend aujourd’hui la disparition. On disait aussi qu’il était capable, en deux répétitions, de faire sonner n’importe quel orchestre comme le Philharmonique de Vienne. Vu de la salle, Maazel fascinait et agaçait en même temps : gestique étudiée, partitions survolées, répertoire pléthorique, omniprésence sur les podiums les plus en vue. Le grand public se souvient de ses concerts du nouvel an à Vienne, ou de son excursion à Pyongyang en 2008 avec le New York Philharmonic. En France, il avait dirigé en coup de vent (mais pendant quatorze ans, de 1977 à 1991) l’Orchestre National et tenu la baguette (mieux qu’on ne l’avait affirmé à l’époque) de Don Giovanni, le film de Joseph Losey. Entre ses aînés Karajan ou Bernstein, cet Américain né à Neuilly-sur-Seine a eu du mal à trouver sa place, et pourtant il a joué dans la même cour. Il a aussi composé un opéra d’après le roman 1984 de George Orwell, créé à Londres en 2005 : la lutte d’un homme seul contre tous les Big Brothers. Une façon de s’exposer, comme il se gardait si bien - sauf exceptions notables et toujours inattendues – de le faire sur un podium.

François Lafon

jeudi 10 juillet 2014 à 10h28

Retransmission télé des spectacles d’ouverture des festivals d’Aix-en-Provence (Arte) et d’Avignon (France 2). Pas grand-chose à voir entre La Flûte enchantée au Grand Théâtre de Provence et Le Prince de Hombourg depuis la cour du Palais des papes, si ce n’est l’utilisation scénique des technologies avancées : projections, incrustations, utilisation de micros HD. A la difficulté de recomposer au montage un univers conçu pour être perçu globalement, s’ajoute le danger de tuer l’illusion. Plus très impressionnante la cavalcade virtuelle du Prince de Hombourg sur son destrier géant, à peine aperçue la transformation du mur papal en forteresse brandebourgeoise. En revanche les effets spéciaux à vue (les techniciens, la bruiteuse sont sur scène) de La Flûte enchantée passent mieux, et transforment l’écran en boite à images alla Méliès. Juste retour des choses : la fantasmagorie en ombre et lumière imaginée par le metteur en scène Simon McBurney (connu pour avoir enchanté … le Palais des papes avec Le Maître et Marguerite d’après Boulgakov) est mieux intégrée dans l’action que les images plaquées par Giorgio Barberio Corsetti sur la pièce de Kleist. Etrangeté sonore édulcorée en revanche pour La Flûte, faisant sonner comme sur un disque les voix (belles) et le Freiburger Barockorchester (excellent). Le moment où la musique abolit tous les subterfuges, c’est curieusement à Avignon qu’on le trouve, quand un contre-ténor égrène « Le ciel est par-dessus le toit …» (Verlaine/Fauré) tandis que le Prince attend la mort dans sa prison.

François Lafon

La Flûte enchantée, en replay sur Arte+7 jusqu’au 16 juillet Photo © DR

lundi 7 juillet 2014 à 19h56

Réédition en coffret « Das Alte Werk » des trois opéras de Monteverdi par Nikolaus Harnoncourt, enregistrés en studio de 1968 à 1974. Trois monuments fondateurs, cellules-mères de toutes les interprétations modernes (c'est-à-dire baroques) de ces chefs-d’œuvre auparavant amputés et déformés. En bonus, une rareté : Cathy Berberian chante Monteverdi (1975), reprenant des extraits de L’Orfeo et du Couronnement de Poppée, complétés par le Lamento d’Ariana, la Lettera amorosa et le Concerto pour voix et instruments "Con che soavita". Cheveux platine (elle les aura bleus, ou verts), croulant sous les bijoux, « la » Berberian retrouve ainsi son statut de diva redécouvreuse, mascotte et fer de lance de l’entreprise harnoncourienne, aussi incontestable en Messagère de malheur (L’Orfeo) ou en impératrice déchue (Le Couronnement) qu’elle l’était dans la Sequenza III composée pour elle par son époux Luciano Berio, les tubes des Beatles savamment baroquisés ou les onomatopées cartoonesques de Stripsody, grand moment de nonsense musical inspiré par les comics strips américains, avec lequel elle terminait ses récitals en apothéose. Elle allait même, comme elle n’avait pas la voix puissante, jusqu’à refuser de chanter sans micro, ce qui à l’époque (elle a disparu en 1983, à 57 ans) la discréditait aux yeux des « vrais » amateurs. C’est dire le vide qu’elle a laissé sur les austères (chacune à sa manière) planètes baroque et contemporaine.

François Lafon

The Legendary Monteverdi Cycle 1968-74. 9 CD Warner Classics « Das Alte Werk »

Bach, L’Offrande musicale, canon 1 à 2. « Moins de musicologie, davantage de musique » préconise le nouveau directeur de Radio France Mathieu Gallet pour enrayer le déficit d’audience de France Musique. Et si on essayait - pour l’œil comme pour l’oreille - la pédagogie bien comprise ?

François Lafon