Lundi 9 décembre 2019
Le cabinet de curiosités par François Lafon
vendredi 21 décembre 2018 à 00h10
Fin d’année au théâtre de l’Athénée : Azor, opérette de Gaston Gabaroche (musique) et Albert Willemetz (livret), aidés par quelques pointures de l’époque (1932), tels Fred Pearly (pour le premier) et Raoul Praxy (pour le second). Ce n’est pas une histoire de chien, mais de commissaire de police poète et séducteur, c’est-à-dire, pour rester dans le style, d’un poulet et de quelques poulettes. Extension des Brigands, la Compagnie Quand on est trois prend ses distances avec l’original, le folklore des jules et des gigolettes relevant désormais de l’archéologie, lointains souvenirs entretenus par Gabin ou Arletty, laquelle était d’ailleurs de la création de l’ouvrage aux Bouffes Parisiens. L’action étant transportée dans les années 1960, et le trio guitare-batterie-orgue Hammond mené par le virtuose Emmanuel Bex relevant, lui, d’un jazz plus récent que celui de Gabaroche, l’enjeu était de nous faire saisir l’univers de Fric Frac (Arletty, encore), voire celui plus récent d’Irma la Douce, via la gouaillerie sixties d’un Michel Audiard. Désormais maîtres dans cet art du grand écart, les comédiens-chanteurs y parviennent quand l’ensemble instrumental, sur-vitaminé, leur en laisse le loisir. Le reste est facile et grivois, potache souvent, drôle parfois, trouvant (enfin) le lien avec notre temps (et d’autres aussi) dans une détonnante collusion entre les milieux d’argent et le Milieu tout court. 
François Lafon
 
Théâtre de l’Athénée, Paris, jusqu’au 13 janvier (Photo © DR)

dimanche 9 décembre 2018 à 18h20
Aux Editions Bleu Nuit : Café Berlioz, par Pierre-René Serna. A l’orée du cent-cinquantenaire, l’opposé de la brillante monographie de Bruno Messina (voir ici). Ayant beaucoup oeuvré pour la cause, en particulier avec son Berlioz de B à Z (2006), Serna s’adresse ici aux mordus. Sur le modèle du maître (Les Grotesques de la musique, Les Soirées de l’orchestre), ce Café regroupe telle une conversation… de café (littéraire s’entend) des articles, interviews et contributions variées, tout cela - spécialité du spécialiste - à bâtons rompus mais sous-tendu par la volonté de remettre quelques pendules à l’heure et de risquer quelques idées nouvelles. Lancé fort sur les dénigreurs historiques du musicien (tiens, tous liés par des relents d’extrême droite…), l’auteur fait tomber les têtes et les idées reçues : non, Berlioz n’est pas un « romantique », non, Les Troyens n’est pas un « grand opéra à la française », non, les Mémoires ne sont pas « bidonnées ». Pour les confirmés : non, les rapports de Berlioz avec Rameau et Gluck ne sont pas aussi simples que cela, oui, la Symphonie fantastique et Lélio sont inséparables sous le titre Episode de la vie d’un artiste. Pour les curieux : oui, Miguel Marqués, auteur de zarzuelas, est bien un disciple méconnu de Berlioz, oui, Le Roman de la Momie de Théophile Gautier a probablement inspiré Les Troyens, oui, il se peut quoi qu’on en dise que Le Pou et l’Araignée, classique des chansons de corps de garde, soit de Berlioz. Pour les modernes enfin l’argument définitif : oui, Berlioz a inauguré la musique contemporaine en composant pour l’avenir. Et tout cela avec une légèreté de plume que Berlioz écrivain n’eût pas désavoué. 
François Lafon

Café Berlioz, par Pierre-René Serna. Editions Bleu  Nuit, 176 p., 16 euros

lundi 3 décembre 2018 à 11h58
A la Cité de la Musique, exposition Robert Doisneau et la musique. 200 clichés parmi 450 000 dénichés, triés et choisis par Clémentine Deroudille, petite fille du photographe et déjà commissaire in loco des excellentes expositions Brassens et Barbara. Une façon de dépasser l’image du « passant patient » saisissant la vie de tous les jours et de (re)découvrir le génial capteur de personnalités. Six promenades saisissant la rue, la chanson, les studios, Maurice Baquet, le jazz et les années 80-90, sonorisées façon « sons d’époque(s) » par le quintette de country-blues-rock Moriarty et scénographié par le multi-talentueux Stephan Zimmerli, bassiste dudit groupe, replaçant finement les clichés dans leur univers et illustrant la quintessence de Doisneau saisie par son ami Jacques Prévert : « C’est toujours à l’imparfait de l’objectif qu’il conjugue le verbe photographier ».  Parmi ces deux-cents morceaux de vie en noir et blanc, découverte de Pierre Boulez hilare (1961 - un collector), de Pierre Schaeffer devant ses machines futuristes, de Bernard Baschet avec ses légendaires Structures. Somptueux portrait de Barbara, incroyables instantanés de Fréhel, de Patachou, de Piaf en contre-plongée, saisie toute petite par un projecteur sur une immense scène noire, mais aussi des Frères Jacques sur le mini-plateau de la Rose Rouge ou de Gréco avec son chien Bidet, précédant une salle entière de photos modernement swingantes de Renaud, d’Higelin et des Rita Mitsuko. Tout Doisneau enfin au chapitre Maurice Baquet, son double violoncelliste (et clown, comédien, chanteur d’opérette, etc.) compagnonnage surréaliste résumé par la tête de Baquet sortant de l’eau à côté de son violoncelle flottant, titré « D’Eau majeur ». Prolongement de l’exposition : une vingtaine de photos (les Rita Mitsuko devant l’hôtel Chopin ou Baquet arborant un t-shirt Bach) entrent dans les collections permanentes du Musée de la Musique. A coupler avec la superbe exposition Les Nadar, une légende photographique à la Bibliothèque Nationale.
François Lafon

Cité de la Musique, Paris, jusqu’au 28 avril. Concerts, spectacles, projections autour de l’exposition
(Photo : Le clairon du dimanche matin © Atelier Robert Doisneau)

 

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