Lundi 16 juillet 2018
Le cabinet de curiosités par François Lafon
lundi 25 juillet 2011 à 09h49

« À 23 ans vous vous sentez souvent trop vieux pour une fête techno, et à 50 trop jeune pour un concert de musique classique. ». C’est Villalobos qui parle. Pas le compositeur des Bachianas Brasileiras (dont le nom s’écrit, d’ailleurs, Villa-Lobos), mais Riccardo Villalobos, un DJ germano-chilien, roi des nuits berlinoises. En réponse à ces dures constatations, Villalobos mélange techno minimale (sa spécialité), jazz, folk, classique (jusqu’à Phil Glass) et bien d’autres styles encore, et immortalise son œuvre sur disques ECM, le label aux élégantes couvertures en noir et blanc, créé en 1969 par un précurseur nommé Manfred Eicher. Deutsche Grammophon, de son côté, a créé la série Recomposed, et mis à la disposition de quelques DJ qui font la loi des fleurons de son catalogue. On trouve ainsi l’Adagio de Xème Symphonie de Mahler « recomposé » par Matthiew Herbert d’après l’enregistrement dirigé par Giuseppe Sinopoli, ou le travail de Moritz von Oswald et Carl Craig sur le Boléro de Ravel et les Tableaux d’une exposition de Moussorgski dans la dernière version Karajan (1987). « A travers le monde de la musique classique, j'ai acquis une bonne compréhension de la dimension du son et de sa profondeur. Cela m'a montré qu'il est difficile de créer la tridimensionnalité avec des instruments électroniques », déclare von Oswald, qui a commencé comme percussionniste dans des formations classiques. Basses grondantes et cordes planantes, rythme obstiné chez Ravel ou déhanché chez Moussorgski, sons naturels retravaillés à l’infini : du nouveau avec de l’ancien. Un autre DJ berlinois, Stephan Goldmann, explique le phénomène : « Tout a été dit. Nous sommes arrivés au point où les gens sont étonnés d’appendre qu’il existe un monde au-delà de leur propre domaine ». Selon que vous serez pessimiste ou optimiste, vous trouverez lamentable ou encourageant ce recyclage de vos chefs-d’œuvre favoris à l’usage des dancefloors. Vaut-il mieux découvrir Mahler et Haydn remixés sous les spotlights ou pas du tout ? A moins que vous ne vous réjouissiez d’être les seuls à avoir accès à la vraie musique, sans penser à aller voir si ces moustaches à la Joconde ne peuvent pas vous inciter à regarder le tableau d’une autre façon.

François Lafon

lundi 18 juillet 2011 à 12h13

A la rubrique « Activité » de l’opuscule « L’Opéra National de Paris en 2010 », on trouve, entre autres statistiques, un bilan de fréquentation. Pour le ballet, le classique est en tête : 100% de jauge physique (à ne pas confondre avec la jauge financière, qui peut différer de 1 ou 2%) pour La Bayadère, Casse-Noisette ou Le Lac des cygnes. 100% aussi pour les grands noms : John Neumeier (La Dame aux Camélias), Pina Bausch (Le Sacre du Printemps), Anjelin Preljocaj (Siddharta) ou le Béjart Ballet Lausanne. 74% seulement, en revanche, pour Kaguyahime, pourtant signé Jiri Kylian. Bilan tout aussi parlant pour l’opéra. Parmi les nouvelles productions, Wagner reste une valeur sûre (100% pour L’Or du Rhin et La Walkyrie, pourtant malmenés par la critique), Natalie Dessay rassemble ses fans (100% pour La Somnambule), alors que le « Werther du siècle » (Jonas Kaufmann, Benoit Jacquot) ne fait que 96%, tout près du difficile Faust de Philippe Fénelon (95%). Mais Mathis le peintre de Paul Hindemith, pourtant très médiatisé, ne dépasse pas les 85%, et La petite Renarde rusée de Janacek (une reprise, dans la superbe mise en scène d’André Engel) tient le pompon rouge avec 61% de fréquentation. Tous ces chiffres doivent bien sûr être relativisés (Garnier ou Bastille, nombre de représentations). L’opéra aura attiré 406 333 spectateurs, le ballet 325 007. 500 000 touristes auront par ailleurs admiré le Palais Garnier, qui reste un des monuments les plus visités de France. L’Opéra Bastille se visite aussi, mais tente moins de monde.

François Lafon

L’Opera North, basé à Leeds (Yorkshire), vient d’annuler la création de Beached (Echoué), musique de Harvey Brough, livret de Lee Hall (photo). C’est ce dernier, célèbre en Angleterre pour avoir signé le scénario du film Billy Elliott, qui est en cause. Alors qu’il était censé travailler en collaboration avec trois cents élèves d’une école de la région, il a refusé de couper le coming out d’un des personnages : « Bien sûr que je suis gay/ Si vous insinuez que je préfère les garçons aux filles/ et qu’en plus je suis issu de la classe ouvrière/ je ne peux qu’être d’accord ». « C’est de la censure homophobe », affirme Mr Hall. « Pas du tout, réplique Mr Mantle, directeur de l’école en question. Il n’y a d’ailleurs pas que cela : on n’a pas le droit de soumettre à des enfants de quatre à onze ans des répliques parlant de drogue et de sexe, le tout dans un langage cru ». Le critique Norman Lebrecht, dans son blog Slipped Discs, s’amuse de l’aventure. « Si l’homophobie entre à l’opéra, celui-ci va perdre une bonne partie de son public. C’est un risque qu’aucun théâtre ne peut prendre », dit-il en substance. En 1853, à La Fenice de Venise, La Traviata était créé en costumes Louis XV, pour éviter que le spectacle d’une courtisane contemporaine ne choque le public. Peut-être pourrait-on transposer Beached à l’époque du Satiricon.

François Lafon

mardi 5 juillet 2011 à 01h27

Reprise d’Otello de Verdi à l’Opéra Bastille. Rien, a priori, de remarquable Mise en scène pataude d’Andrei Serban (2003) - tout de même édulcorée de ses détails les plus ridicules -, direction au radar de Marco Armiliato. Pour les amateurs : l’Otello musclé d’Aleksandrs Antonenko, révélé à Salzbourg sous la baguette de Riccardo Muti. Pour les fans : Renée Fleming en Desdémone glamour. Déception générale : Antonenko a bien la voix et le tempérament du rôle, mais Fleming pense à autre chose et Lucio Gallo aboie en Iago. En juillet, changement de cast. Antonenko étonne toujours, mais Sergei Muzraev est aussi sobre que possible en Iago, et Tamar Iveri (Desdémone) console ceux qui pensent n’avoir droit qu’à une doublure de Fleming. Applaudissements nourris. Les critiques auraient dû attendre juillet.

François Lafon

Opéra National de Paris – Bastille, 4, 7, 10, 13, 16, juillet. (Photo DR)