Mercredi 28 septembre 2022
Le cabinet de curiosités par François Lafon
lundi 26 juillet 2021 à 17h51
Aimer la musique, savoir l’apprécier. Tel le tableau de Caspar David Friedrich Voyageur contemplant une mer de nuages illustrant Le Voyageur et son ombre, l’un de ses premiers ouvrages, consacré à Richard Strauss (1980), AT savait comme nul autre donner à voir et à entendre la musique, non pas tant à la façon d’un musicologue ou d’un professeur, que d’un passeur – son identité bien à lui. Comment ne pas aimer Wagner à la lecture de son Bayreuth & Wagner (1981) : son histoire, ses chanteurs et la révélation du théâtre selon Wieland Wagner puis Boulez et Chéreau ? Quelques années tard, rencontre avec l’écrivain au sein du mensuel Diapason, d’autres découvertes, d’autres grandes figures du chant — et puis aussi cet entretien avec Sena Jurinac à Munich, publié dans le journal et que nous avons diffusé sur France Musique. AT ne donnait jamais d’interview, il conversait et réveillait sa mémoire — sa voix, présente à jamais aux côtés de celles qu’il adorait. Caspar David Friedrich reviendra, cette fois comme guide – et quel guide ! – avec Le Lied allemand (1993).  Dix ans plus tard, son ouvrage consacré à Claudio Arrau révèle le métier d’un artiste authentique, sans concession. Plus récemment, ce sera une autre figure exceptionnelle du piano avec Rudolf Serkin : « intégrité, intelligence » (2019).  
Découvertes encore et toujours ensuite, au sein du mensuel Classica, où ses portraits d’artistes méconnus recélaient mille secrets, révélations, discographies : autant de pistes pour partir ailleurs. Je crois entendre encore…, écrivait-il en 2013 à propos de toutes ces voix, ces pianistes, ces chefs d’orchestre, ces visages et ces acteurs qu’il avait rencontrés, côtoyés, connus. Retrouvailles autour de la musique, bien sûr, mais pas seulement car le cinéma, celui de sa jeunesse des années trente et quarante l’occupait tout autant, au point de passer des heures à rechercher des copies de tel film avec Annabella, Miriam Hopkins, Jules Berry, Arletty, Colbert, Balin, Stanwyck, Davis, Havilland ou tel autre signé Dreyer, Borzage, Gance, L’Herbier, Cayatte… – là encore, les raretés primaient, de l’histoire ressortaient Robert Lynen, Anna Sten, Luis Rainer, Charles Farrell, Janet Gaynor et tant d’autres… L’année dernière, il se faisait une joie de fêter ses quatre-vingt-dix ans chez lui — hélas, les circonstances et sa santé ne l’auront pas permis.
« Je n’ai jamais pratiqué un enseignement savant, j’ai essayé de pratiquer un enseignement stimulant », écrivait-il dans son Platon de plain-pied (2020). Merci, André. Adieu, l’Ami.          
Franck Mallet
 

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