Lundi 24 septembre 2018
Le cabinet de curiosités par François Lafon
mercredi 27 septembre 2017 à 23h15
Au Théâtre Déjazet, reprise de Und, de Howard Barker, mis en scène par Jacques Vincey. En compagnie (efficace et discrète) du musicien Alexandre Meyer : Natalie Dessay, comédienne (elle chantonnera, à la fin, le Kaddish de Ravel). Une reconversion commencée il y a deux ans, à Tours puis déjà à Paris et un peu partout en France. Un emblème donc, et un défi : au lieu d’essayer ses talents de rigolote au boulevard, l’ex-Reine de la Nuit défend un énigmatique monologue, œuvre d’un Britannique autoproclamé « dramaturge de la catastrophe ». A texte dur, mise en scène tranchante : perchée sur un tabouret d’où elle ne bougera pas, « Elle » attend son homme, se rêvant aristocrate en fourreau rouge et perruque conique, en réalité (?) Juive menacée au cours d’une Nuit de cristal dont les lames de glaces s’écrasant autour d’elle sont les terrifiants symboles (explication possible, parmi d'autres). Une surenchère dans la contrainte qui empêche Dessay de jouer les bêtes de scène tout en en mettant en valeur son extraordinaire palette expressive : si l’on pense à La Voix humaine de Cocteau, à Erwartung de Schönberg – autres amoureuses condamnées à la solitude –  c’est dans O les beaux jours de Samuel Beckett qu’on aimerait la voir maintenant, tant ses possibilités de Stradivarius parlant évoquent celles, rarement égalées, de la créatrice Madeleine Renaud. 
François Lafon
 
Théâtre Déjazet, Paris, jusqu’au 13 octobre (Photo © DR)

vendredi 15 septembre 2017 à 08h59
Ouverture, à la Seine Musicale de l’Ile Seguin, de l’exposition Maria by Callas, quarante années jour pour jour après la disparition de la diva. Que dire, que montrer, que faire entendre qui n’ait été dit, montré, entendu ? A l’exemple de Warner Classics, lequel remastérise à cette occasion les enregistrements live après avoir rajeuni les disques de studio, le vidéaste, callassophile convaincu et commissaire de l’exposition Tom Volf parie sur la technique : immersion audiovisuelle, forêt d’écrans, « cloches de sons » sous lesquelles on entend, entre autres, la soprano barytoner Rigoletto lors de ses master-classes à la Juilliard School, « salle 360 » – acmé du parcours selon Volf – nous plaçant dans l’œil d’un cyclone de sons et d’images. Mais quoi de nouveau dans cette rétrospective où l’on retrouve nombre de documents connus ? Des extraits filmés (une Butterfly inespérée), des interviews, coupures de presse, programmes, objets personnels (sa "Sainte Famille", petit tableau qui ne la quittait jamais) recueillis auprès de ceux qui ont connu Callas à la ville comme à la scène. Callas by Maria autant que Maria by Callas alors ? C’est le paradoxe de cette exposition à l’image de La Seine Musicale, généraliste et haut de gamme au risque de ne pas trouver sa voie. Autre paradoxe : au lieu de rapprocher de nous ces sons et ces images d’un autre temps et d’une qualité technique aléatoire, ces prouesses technologiques ont pour effet de les rendre plus insaisissables, plus abstraits presque (donc plus attirants peut-être). Déjà auteur d’un très illustré Maria by Callas (Assouline) et éditeur des Mémoires inachevés (et inédits) de l’artiste (Fayard), Volf promet pour octobre un Callas confidentiel (La Martinière) et pour Noël un documentaire (vu au dernier festival de Cannes) n’utilisant – c’est promis – aucun contenu figurant dans l’exposition. Contrairement à ce que l’on pouvait penser,la callasso-archéologie semble encore avoir de beaux jours devant elle. 
François Lafon

Exposition Maria by Callas, La Seine Musicale, Ile Seguin, Boulogne-Billancourt, du 16 septembre au 14 décembre (Photo © DR)

La soprano Nancy (Ann Selina) Storace (1765-1817) est passée à la postérité principalement pour avoir créé, à Vienne en 1786, le rôle de Susanna dans Le Nozze di Figaro de Mozart. Née à Londres d’une mère anglaise et d’un père italien, elle y débute en 1774. En 1778, elle est emmenée par son père en Italie où elle connaît le succès, surtout dans le répertoire bouffe. De 1783 à 1787, elle est à Vienne une des vedettes de la troupe d’opéra italienne de l’empereur Joseph II. Elle retourne ensuite en Angleterre, où elle participe en 1791 à certains concerts de Haydn, et s’y produit jusqu’en 1808, non sans effectuer de 1797 à 1801 une tournée européenne avec son amant le ténor John Braham (1774-1856). Emmanuelle Pesqué a écrit un livre permettant de tout savoir sur Nancy Storace, au point que lorsqu’on s’y plonge, l’abondance d’informations déclenche  parfois une sorte de vertige. On ne s’en plaint pas. Rien de ce qui concerne Nancy n’a échappé à Emmanuelle, qu’il s’agisse d’articles de journaux, de ses programmes d’opéras ou de concerts, de témoignages de contemporains ou de Cherubini se rappelant en 1815 avoir dix ans plus tôt vu chez Haydn un portrait la représentant. Nancy est suivie pas à pas, sans que soient occultés ses difficultés professionnelles et ses problèmes familiaux, avec plusieurs annexes : une « Chronologie de carrière » dressant avec force détails l’inventaire des quelque sept cents événements musicaux auxquels elle participa en trente-cinq ans, la liste des vingt-cinq opéras anglais - dont onze de son frère Stephen - qu’elle créa de 1789 à 1808, « Nancy Storace personnage de fiction », etc. Rien à redire apparemment, sauf sur un point infime : le jeune Esterházy, futur prince Nicolas II, qui se marie à dix-huit ans en 1783 n’est pas le neveu mais le petit-fils du prince alors régnant.
Marc Vignal

Emmanuelle Pesqué : Nancy Storace muse de Mozart et de Haydn, (CreateSpace) 2017, 505 p.
 
jeudi 31 août 2017 à 02h16
" En suivant Berlioz à Londres au temps des expositions universelles " à La Côte-Saint-André, seconde journée. Exposition au musée-maison natale du compositeur : pèlerinage au pays de Byron et de Walter Scott, mais surtout vénération pour Shakespeare, dans lequel l’auteur de Béatrice et Bénédict voit le grand ancêtre, sans lequel lui-même ne serait pas ce qu’il est. Nombreuses lettres, affiches, objets personnels judicieusement présentés. Retour à l’église où le London Haydn Quartet poursuit son intégrale des Quatuors londoniens de Haydn. Jeu plus incisif que la veille (premier violon jusqu’à la stridence) pour les grandioses Quatuors op. 71 n° 2 et 3, entre lesquels s’intercale le séducteur op. 64 n°4, volonté ironique de plaire à un nouveau public. Le soir au Château Louis XI, coeur du sujet et foule des grands soirs : La Damnation de Faust dirigé par John Eliot Gardiner, auréolé des mémorables Symphonie Fantastique et Roméo et Juliette des deux précédents festivals. Monteverdi Choir et Orchestre Révolutionnaire et Romantique impeccables, tout dévoués à un théâtre sonore rendant caduque la question de savoir si la « légende dramatique en quatre parties » est ou n’est pas un opéra. « Ça manque d’unité ? Moi je réponds : Merde ! », disait Emmanuel Chabrier. C’est bien ainsi que le montre Gardiner, moins dans la cohérence dramaturgique que dans la décidément moderne (et shakespearienne plus que goethéenne) étincelle résultant de la confrontation des fragments, principe déjà des Huit scènes de Faust originelles. Un fabuleux patchwork où le théâtre est dans l’orchestre, au point que les chanteurs - si ce n’est Laurent Naouri conférant à Méphisto une inhabituelle complexité (l’esprit qui nie et qui rit) - passent au second plan, impression corroborée par la pâleur expressive de Faust-Michael Spyres (quels aigus, quelle diction pourtant, Nicolai Gedda n’est pas loin !) et d’Ann Hallenberg en Marguerite, largement dépassée en émotion par le cor anglais accompagnant son « D’amour l’ardente flamme ».
François Lafon

Festival jusqu’au 3 septembre, exposition au Musée Hector Berlioz jusqu’au 30 septembre (Photo : John Eliot Gardiner©FestivalBerlioz)