Lundi 24 septembre 2018
Le cabinet de curiosités par François Lafon

Au Collège des Bernardins (Paris 5ème), soirée profane – à la fois show-case et concert public – de deux nouvelles recrues Deutsche Grammophon : le pianiste Simon Ghraichy et le collectif  D.I.V.A. Le jeune virtuose classique mais pas seulement et les prime donne classiques sans l’être tout en l’étant : une sorte d’alpha et oméga de l’étiquette jaune, tournant plus que jamais le dos à son intimidant passé. Look décoiffant et fort tempérament (voir ici), Liszt et Granados, Guarneri et Marquez au programme (un avant-goût de son futur CD, enregistrement en novembre) : le pianiste franco-mexicano-libanais allie ressources musicales et petit quelque chose qui fait les stars. D.I.V.A se démarque aussi, mais dans une autre catégorie : trois sopranos, deux mezzos et un quatuor à cordes (excellent), Manon Savary (fille de Jérôme) à la mise en scène, Marcel Dussarat aux costumes, et un parti-pris drastique : expédier en moins de dix minutes les grands titres du répertoire lyrique. Ce soir, version de concert mais en costumes – entre Bal des vampires et Mozart l’opéra rock – de La Traviata (avec mezzo aux bas troués en père noble), La Flûte enchantée (ouverture vocale à la Swingle Singers, joute Pamina-Reine de la Nuit) et Carmen (éventail pour tout le monde). Opéra sans douleur pour public pressé, au point musicalement, dramatiquement à définir. Succès possible - dans la lignée de Kimera (The Lost Opera) - si promotion adéquate.

François Lafon

Photo : D.I.V.A. © DR

mercredi 21 septembre 2016 à 18h38

Présentation officielle, sur un chantier bien avancé, de La Seine Musicale, vaisseau amiral, sur l’Ile Seguin jadis occupée par l’usine Renault, de la culture en Hauts-de-Seine. Un projet babylonien relancé in extremis à la suite du désengagement de François Pinault en 2008, sauvetage dont se félicitent Partick Devedjian, président du Conseil départemental, et Pierre-Christophe Baguet, maire de Boulogne, devant un auditoire nombreux et largement institutionnel. Deux nouvelles salles (4000 à 6000 places pour le grand spectacle, 1150 pour le classique) à l’opposé géographique de la très plébiscitée Philharmonie de Paris, mais pas loin de la Maison de la Radio, dont le nouvel auditorium, inauguré en novembre 2014, peine à trouver son public. « Pour apprécier Mozart ou Brel, il n’est pas impératif d’être un musicien chevronné ou un singe savant, » annonce Patrick Devedjian. Résidents de la « petite » salle : Laurence Equilbey et son Insula Orchestra (dénomination adéquate prévue de longue date), la renommée Maîtrise des Hauts-de-Seine et une académie musicale confiée au contre-ténor Philippe Jaroussky, le tout managé par Jean-Luc Choplin, ex-directeur du Châtelet. Voyages promis en Amérique du nord (West Side Story), en Afrique de l’ouest et du Sud (le musical Tsotsi), au Brésil et en Inde (une version exotique de Maître Puntila et son valet Matti de Bertolt Brecht). « La nécessité est mère de l’invention, » cite Choplin en guise de préambule. Au Châtelet, il a transcendé les contraintes du cahier de charges en ménageant la surprise permanente. A nouvelle nécessité, invention nouvelle ? Début de réponse au printemps 2017.

François Lafon

Photo © Shigeru Ban Architects Europe - Jean de Gastines Architectes