Mardi 7 juillet 2020
Le cabinet de curiosités par François Lafon
dimanche 31 mai 2020 à 21h21
Deux semaines à peine après Gabriel Bacquier, c’est Mady Mesplé qui nous quitte, à quatre-vingt-neuf ans. Période sans pitié, où le monde d’avant (… Michel Piccoli, Jean-Loup Dabadie, Guy Bedos) tire brutalement sa révérence. Un seul souvenir cette fois, mais qui définit bien cette Lakmé saluée par Pierre Boulez comme une musicienne hors pair, cette Lucia di Lammermoor faisant valoir de par le monde les mérites d’une école française à l’époque dépréciée. Au début des années 1980, week-end lyrique au Creusot (Saône-et-Loire). Salle bondée, audience grand public pour la divette hebdomadaire de Dimanche Martin sur Antenne 2. Mais pas de robe à frous-frous ni d’airs d’opérette ce soir-là. Chevelure rousse coiffée à la lionne, c’est une Mady en simple fourreau grège qui se lance avec sa non moins royale pianiste Janine Reiss dans un récital Liszt, mélodies françaises et allemandes, somptueux « Sonnets de Pétrarque ». Succès final, nombreux rappels : « La même qu’à la télé ? », demande une dame. C’était cela, Mady Mesplé, populaire et aristocrate, étoile de la tradition des Françaises aux aigus fous (Lily Pons, Mado Robin, Natalie Dessay…), sans jamais jouer les divas. 
François Lafon

(Photo © DR)
vendredi 15 mai 2020 à 10h28
Disparition du baryton Gabriel Bacquier, à la veille de ses quatre-vingt-seize ans. Don Giovanni, Scarpia, Falstaff, Golaud, grand seigneur et homme du peuple, feu et glace, autorité et vis comica. Plutôt qu’une nécrologie de plus, dix souvenirs en hommage à un artiste hors-normes. 
 
1960 - Le Don Giovanni « du » graphiste Cassandre au Festival d’Aix-en-Provence, en direct et en Eurovision. Bacquier promu vedette en une soirée. Six ans plus tard, Pelléas et Mélisande, toujours en direct d’Aix (en prime time, autres temps…)
1960 - Le jeune Bacquier enregistre Scarpia, avec Jane Rhodes en Tosca. Seul témoignage de studio du grand Scarpia de l’après-guerre (avec Tito Gobbi) … mais en français. 
1975 - Palais Garnier, La Force du destin de Verdi. Bacquier en Fra Melitone, moine ivrogne et irascible. Le public rit tellement qu’on n’entend plus l’orchestre. 
1976 - Palais Garnier, Otello de Verdi avec Placido Domingo et Margaret Price. Cabale contre Bacquier (pas assez verdien ?) en Iago. Tel Robert Hirsch sifflé dans Ionesco à la Comédie-Française, il esquisse un bras d’honneur à la salle.
1977 - Palais Garnier, Don Giovanni. Une orange échappée du souper final roule sur le plateau enténébré. Bacquier (maintenant Leporello) la ramasse et jongle avec elle, dernier salut au Don foudroyé. 
1978 - Aix-en-Provence, Don Pasquale de Donizetti. Partenaire : un (faux) singe, ajout du metteur en scène Jean-Louis Thamin.  
1980 - Metropolitan Opera de New York, Bacquier magistral en Beckmesser des Maîtres Chanteurs de Wagner. Fake news : il était le premier à regretter de ne pas avoir touché au répertoire germanique. 
1984 - Palais Garnier : adieux au rôle de Scarpia. Bacquier assassiné par Hildegard Behrens devant une salle … distraite : le siège de Luciano Pavarotti vient de céder sous son poids. 
1996 - Lille, le vieux roi Arkel dans Pelléas et Mélisande sous la direction de Jean-Claude Casadesus (enregistré par Naxos). Passage de relais avec la jeune génération française (dont Mireille Delunsch)
2008 – Dernier acte : un album de chansons de Pierre Louki. Rien moins que du cross over. 
François Lafon

Photo : Gabriel Bacquier au Festival de Nohant en 1986

 

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