Vendredi 22 juin 2018
Le cabinet de curiosités par François Lafon
jeudi 25 février 2016 à 12h08

Le 19 juin prochain à la Maison de la Radio, vente aux enchères de 5000 disques vinyle issus de la discothèque de Radio France, installée boulevard Ney à Paris (4000 m2, 47 employés, 1,5 million de disques, toutes les émissions depuis les origines, milliers de partitions, livres, revues, etc). But de l’opération : numériser l’ensemble du fonds, dont seulement 20% est aujourd’hui scanné. Un océan dans lequel vont plonger les Victoires de la musique classique 2016, diffusées hier 24 février depuis la Halle aux Grains de Toulouse sur France 3 et France Musique. Pour l’éternité - si tant est que le support numérique soit aussi pérenne que le support physique – on (mais qui ?) pourra une fois de plus constater que contenu classique et cadre de variétés ne font que se ringardiser mutuellement. Les Victoires pas classiques, diffusées le 12 février, n’ont, cela dit, pas davantage convaincu. Serait-ce que la vieille Europe ne soit définitivement pas douée pour ces fêtes auto-promotionnelles venues du Nouveau Monde ? Au moins, dans le rôle de l’ancêtre à vénérer, Johnny Hallyday a-t-il été mieux traité que Menahem Pressler, pianiste éminent du Beaux Arts Trio devenu le « Mozart Trio » dans la bouche de la présentatrice Claire Chazal.

François Lafon

Photo : Menahem Pressler © DR

vendredi 12 février 2016 à 12h40

Tels ou le Concert Spirituel ou La Grande Ecurie et la Chambre du Roy, l’ensemble La Loge Olympique, créé en 2015 par le violoniste baroque Julien Chauvin, fait référence à une institution datant de l’époque où l’on jouait (forcément) sur instruments anciens, en l’occurrence l’orchestre créé en 1783 par le Chevalier de Saint-Georges et commanditaire des Symphonies parisiennes de Haydn. Or voilà que, probablement testostéronisé par sa candidature aux olympiades de 2024, le Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) se réclame de la loi et du dépôt qu’il a fait du terme « olympique » à l’Institut National de la Propriété Industrielle (INPI) pour enjoindre Julien Chauvin de supprimer ledit terme de la dénomination de son ensemble. Hilarité générale, mais problème pour l’intéressé, lequel ne se voit pas diriger La Loge tout court. Il ne manquerait plus que la Chambre syndicale des gardiens d’immeubles, les organisateurs de la Fête des Loges en forêt de Saint-Germain ou les grands maîtres des diverses confréries maçonniques lui jouent le même tour. La ministre de la Culture nouvellement nommée se penchera-t-elle sur cet épineux problème, sachant que sa prédécesseur(e?) n’en a rien fait bien que son ministère soit partenaire public de La Loge (ex-?) Olympique ?

François Lafon

Photo : Edition des Symphonies parisiennes de Haydn 1788 ©DR

mercredi 10 février 2016 à 13h42

Conférence de presse au Palais Garnier : la saison 2016-2017 de l’Opéra de Paris. Autour du directeur Stéphane Lissner, le directeur musical Philippe Jordan et celui de la danse Benjamin Millepied. Atmosphère moins électrique que la semaine dernière, lorsque ce dernier a publiquement annoncé sa démission. Interventions des metteurs en scène-dont-on-parle Thomas Jolly (Eliogabalo de Cavalli en ouverture de saison) et Dmitri Tcherniakov (La Fille des Neiges de Rimski-Korsakov en avril 2017), présentation par le compositeur Luca Francesconi de Trompe-la-Mort, son oeuvre nouvelle inspirée du personnage balzacien Vautrin : trois événements haut de gamme coexistant avec une programmation plus rassurante (dont Cavalleria Rusticana, mais couplé avec le rare Sancta Susanna d’Hindemith) et la présence de stars bankable (trois fois Jonas Kaufmann). Accent mis par Lissner sur la recherche de nouveaux publics : écran géant place de la Bastille (Carmen avec Roberto Alagna, qui l’a chanté partout sauf à Paris), mais aussi et surtout deux nouvelles catégories de prix, dont une « 7ème » emblématique (places à 50 €) et précision – elle aussi emblématique - que parmi les moins de vingt-huit ans conviés aux avant-premières instaurées par l’administration Lissner, 58% n’avaient jamais mis les pieds à l’Opéra. Création de nouveaux publics ou formation permanente des anciens? Eternel problème. Equilibre financier enfin proclamé pour 2015, en dépit des événements de novembre et de l’appareil sécuritaire d’urgence. Frémissement de la salle quand même (mais moins que l’année dernière – voir ici) lorsque en vedette américaine Millepied, sportivement salué par Lissner (« Il y aura un avant et un après »), se lance dans une présentation truffée de superlatifs de sa saison. Consensus général. Qui croira encore qu’ainsi looké, l’Opéra n’est pas le fidèle microcosme de l’actuel macrocosme ?

François Lafon

mercredi 3 février 2016 à 16h46

Chez Actes Sud : Adolf Busch, le premier des justes, d’André Tubeuf. Un bref (176 pages) portrait du violoniste et leader du quatuor à cordes qui porte son nom, frère cadet du chef d’orchestre (Fritz) fondateur du festival de Glyndebourne, et comme lui ayant quitté l’Allemagne hitlérienne en dépit des alléchantes propositions qui lui étaient faites. Un sujet en or que ce musicien intransigeant, adulé par ses pairs mais trop scrupuleux pour se mettre en avant, à la différence de son poulain Yehudi Menuhin ou de son partenaire et gendre Rudolf Serkin. Enflammé par ce « premier des justes » et dans l’esprit de ses portraits de divas, André Tubeuf met l’accent avec insistance sur les beautés d’âme et la personnalité quasi christique de ce grand Allemand portant la vraie culture allemande là où la barbarie ne l’avait pas encore pervertie, de ce pur aryen partageant volontairement le sort de ses amis juifs (et allant fonder avec eux le bientôt exemplaire festival de Marlboro, dans le Vermont), de cet artiste d’exception resté humble devant les compositeurs (Bach, Beethoven, Brahms, mais aussi Reger et Busoni) qu’il ne songeait qu’à servir. Une plume lyrique et elliptique (on a intérêt à connaître les célébrités défilant en un name dropping cavalcadant) pour se préparer à l’écoute des trop peu nombreux disques du maître en quatuor ou en sonate (pratiquement aucun grand concerto du répertoire, lui qui les jouait abondamment en concert, aucun des Caprices de Paganini avec lesquels il se faisait les doigts). « La nouvelle génération, celle de YouTube et Wikipedia, a du mal à le situer », remarque Renaud Capuçon dans sa courte et auto-promotionnelle préface. Une bonne occasion d’y remédier, à défaut de se lancer dans l’exhaustif Life of an Honest Musician de Tully Potter (Toccata Press, 2010, en anglais) auquel Tubeuf reconnait avoir beaucoup emprunté.

François Lafon

Adolf Busch, le premier des justes, d’André Tubeuf. Actes Sud, 176 p., 18 €