Vendredi 22 juin 2018
Le cabinet de curiosités par François Lafon
mardi 31 mai 2016 à 09h02

Allier toujours : après la préfecture (voir ici) et son côté royal, Montluçon, la sous-préfecture, au passé industriel, où s’est ouvert il y a trois ans le MuPop, Musée des Musiques Populaires, qui offre un itinéraire original à travers des musiques qui ont fait vibrer les foules. On passe des fanfares au musette, du rock à l’électro, de la Marche hongroise de la Damnation de Faust à l’époque du Golf Drouot, de la vielle qui animait les campagnes du XVIIIème siècle au virage punk des années 1980. Le parcours est à la fois historique, musical et instrumental avec une interactivité efficace et de réjouissantes mises en scène : vous cliquez vers le serpent du XIXème siècle exposé dans une vitrine et voilà que vous entendez ses sons graves, vous vous installez dans une guinguette et vous voilà avec Simone Signoret et Serge Reggiani au milieu du bal de Casque d’or. Ajoutez à ça une superbe collection d’affiches et de pochettes de disques, de multiples vitrines sur le travail des luthiers, des reconstitutions de studios et de salles de répétition, bref, vous voilà partis pour une bonne demi-journée de bonheur.

Gérard Pangon

MuPop 3 rue Notre Dame Montluçon 03100 Photo © MuPop

samedi 28 mai 2016 à 14h22

L’Allier est un département où l’on passe parfois, mais où on ne s’arrête guère. A tort : le bocage bourbonnais est magnifique, et, à Moulins, la préfecture, le Centre National du Costume de Scène vaut le détour. Jusqu’au 18 septembre, on peut y voir une superbe exposition sur les Arts florissants qui raconte 30 ans de l’existence de cet ensemble mythique à travers les costumes des plus célèbres de ses créations, à commencer par Atys, bien sûr. Alcina, Les Indes galantes, L'Enlèvement au sérail, Médée, King Arthur, David et Jonathas… dans chaque salle de cette ancienne caserne du XVIIIème siècle, on vit ou revit de grands moments d’opéra, avec des costumes, des extraits vidéo, des éléments historiques sur les œuvres, les compositeurs, les mises en scène et les interprètes. William Christie, bien sûr, a participé à la conception de cette exposition dont le déroulé et la scénographie mêlent avec bonheur l’érudition au plaisir des sens.

Gérard Pangon

En prime : l’expo permanente sur Rudolph Noureev, qui vaut le voyage, elle aussi

Barockissimo - Centre National du Costume de Scène à Moulins 03000 jusqu’au 18 septembre Photo © CNCS

lundi 9 mai 2016 à 11h34

Disparition à 86 ans de Philippe Beaussant, sans qui la révolution baroque n’aurait pas été ce qu’elle est, et qui lui aura été ce que Cocteau fut pour le Groupe de Six, l’érudition musicale en plus. Entre autres textes fondateurs : Vous avez dit baroque ? (Actes Sud - 1988), Lully ou le musicien du Soleil (Gallimard – 1992), Louis XIV artiste (Payot - 1992). Son dernier roman (ah, si tous les musicographes avaient autant de style que lui !) est intitulé Où en étais-je ? Un parfait autoportrait : toujours pressé, toujours débordé, toujours sauvé par son talent et son humour bienveillant. Entre 1999 et 2005, il a publié Mangez Baroque et restez mince et Préludes, fougasses et variations (Actes Sud), mais aussi Le Chant d’Orphée selon Monteverdi (Fayard - un de ses plus beaux livres) ainsi que La Malscène, pamphlet contesté sur les abus (selon lui) des relectures dramaturgiques à l’opéra. Un autoportrait en plusieurs volets, là encore. En 2007, il a succédé à Jean-François Deniau à l’Académie française (fauteuil 36), élection fêtée Salle Favart par le gratin baroque qui savait ce qu’il lui devait. Au Monde de la Musique, dont il a été trente ans durant l’un des plus fidèles collaborateurs, le « Beaussant du mois » arrivait traditionnellement au dernier moment, feuilles noircies d’une écriture hâtive (il n’a jamais touché une machine à écrire ni un ordinateur) mais aussi précise que ses idées étaient originales et ses argumentations solides. Et puis, toujours et partout, cette façon qui n’était qu’à lui d’enchanter la musique et de faire revivre des mondes trop longtemps endormis.
 

François Lafon