Vendredi 18 octobre 2019
Le cabinet de curiosités par François Lafon
Samson François : un parfum de fruit défendu
dimanche 14 novembre 2010 à 10h40

Un pavé de trente-six CD, la totalité du legs du Samson François chez EMI, à l’occasion du quarantième anniversaire de sa mort. Des inédits - un 5ème Concerto de Prokofiev avec le jeune David Zinman en 1969, des Chopin de 1947 (78 tours), des pans jamais publiés des deux récitals à la salle Pleyel en 1964 - mais aussi tous les classiques qui n’ont jamais quitté les bacs : les Chopin, les Ravel, les Debussy, les Schumann, les Fauré. Une intégrale plus intégrale que le coffret du vingt-cinquième anniversaire, en 1995, avec, cette fois, un nettoyage du son qui contredit la mauvaise réputation d’EMI en la matière. Sur la couverture, Samson jeune, une photo bien connue : un pianiste de jazz dans un film de la Nouvelle vague, selon Alain Lompech dans le texte de présentation, ou encore le héros de La Côte sauvage, le roman culte de Jean-René Huguenin (1936-1962), dont François Mauriac disait : « Ce jeune vivant faisait déjà pour moi figure de revenant : il était le frère de ceux que j'avais aimés à vingt ans, pareil à eux, pareil à moi. Il les a rejoints. » Un éternel jeune homme, mort, usé, à quarante-six, ans, et qui n’a pas eu le temps de devenir un vieux pianiste de plus. Une légende française, aussi : Wilhelm Kempff s’extasiait sur lui, il allait jouer Prokofiev à New-York avec Leonard Bernstein, mais son aura n’a pas passé les frontières, et ses disques à peine. Un pianiste vintage, alors, et rien de plus ? Non, une bombe à retardement, un exemple à ne pas suivre, une incitation au désordre, et c’est pour cela qu’on l’écoute encore. Samson François était inégal (surtout à la fin), imprévu, ingérable. Impossible de le citer en exemple, de le donner comme référence, sauf, peut-être, dans la musique de fou qu’est le Concerto pour la main gauche de Ravel. Il aurait fait d’Au Clair de la lune une bande son pour Psychose d’Hitchcock. Il nous change des philologues, des bêtes à concours, des étoiles filantes, des produits discographiques sous cellophane. « Ma conception de la musique a toujours été plus ou moins sentimentale, » disait-il. Quel autre pianiste, sinon, dans un autre genre, Friedrich Gulda, conserve-t-il un tel parfum de fruit défendu ?

François Lafon

Samson François. L’Edition intégrale - 36 CD EMI 646106 2 7

 

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