Mardi 15 octobre 2019
Le cabinet de curiosités par François Lafon
Moussorgski sur le dancefloor
lundi 25 juillet 2011 à 09h49

« À 23 ans vous vous sentez souvent trop vieux pour une fête techno, et à 50 trop jeune pour un concert de musique classique. ». C’est Villalobos qui parle. Pas le compositeur des Bachianas Brasileiras (dont le nom s’écrit, d’ailleurs, Villa-Lobos), mais Riccardo Villalobos, un DJ germano-chilien, roi des nuits berlinoises. En réponse à ces dures constatations, Villalobos mélange techno minimale (sa spécialité), jazz, folk, classique (jusqu’à Phil Glass) et bien d’autres styles encore, et immortalise son œuvre sur disques ECM, le label aux élégantes couvertures en noir et blanc, créé en 1969 par un précurseur nommé Manfred Eicher. Deutsche Grammophon, de son côté, a créé la série Recomposed, et mis à la disposition de quelques DJ qui font la loi des fleurons de son catalogue. On trouve ainsi l’Adagio de Xème Symphonie de Mahler « recomposé » par Matthiew Herbert d’après l’enregistrement dirigé par Giuseppe Sinopoli, ou le travail de Moritz von Oswald et Carl Craig sur le Boléro de Ravel et les Tableaux d’une exposition de Moussorgski dans la dernière version Karajan (1987). « A travers le monde de la musique classique, j'ai acquis une bonne compréhension de la dimension du son et de sa profondeur. Cela m'a montré qu'il est difficile de créer la tridimensionnalité avec des instruments électroniques », déclare von Oswald, qui a commencé comme percussionniste dans des formations classiques. Basses grondantes et cordes planantes, rythme obstiné chez Ravel ou déhanché chez Moussorgski, sons naturels retravaillés à l’infini : du nouveau avec de l’ancien. Un autre DJ berlinois, Stephan Goldmann, explique le phénomène : « Tout a été dit. Nous sommes arrivés au point où les gens sont étonnés d’appendre qu’il existe un monde au-delà de leur propre domaine ». Selon que vous serez pessimiste ou optimiste, vous trouverez lamentable ou encourageant ce recyclage de vos chefs-d’œuvre favoris à l’usage des dancefloors. Vaut-il mieux découvrir Mahler et Haydn remixés sous les spotlights ou pas du tout ? A moins que vous ne vous réjouissiez d’être les seuls à avoir accès à la vraie musique, sans penser à aller voir si ces moustaches à la Joconde ne peuvent pas vous inciter à regarder le tableau d’une autre façon.

François Lafon

 

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