Samedi 26 novembre 2022
Le cabinet de curiosités par François Lafon
Opéra Bastille : Faust se refait une jeunesse
samedi 27 mars 2021 à 01h07
Deuxième nouveau spectacle à huis-clos depuis l’Opéra Bastille (en différé celui-là, après Aida en direct - voir ici) : Faust mis en scène par l’Allemand Tobias Kratzer, bankable dans le monde lyrique, en particulier depuis son Tannhäuser décapant au festival de Bayreuth. En remplaçant le désir de savoir du Faust goethéen par l’obsession de la jeunesse, Gounod et ses librettistes travaillaient pour l’avenir. A première vue donc, la convention (enfin, l’actuelle) : transposition de l’action à notre époque, effets vidéo. En rajeunissant, Faust court la banlieue, fréquente des lascars et drague Marguerite au pied de son HLM (lutte des classes et domination de l’homme blanc ?), mais suit Méphisto dans ses évolutions aériennes, comme dans la légende (pertinente utilisation de la vidéo signée Manuel Braun). En cela Kratzer se démarque du tout-venant, avec des hauts (Marguerite enceinte et abandonnée, affrontant le Démon dans le métro) et quelques bas (le retour des soldats dans leur cité), des clins d’œil aussi, tels Méphisto lâchant son cigare allumé sur Notre-Dame ou (plus private joke celui-là) la célèbre Valse traitée façon hip-hop-des-Sauvages dans Les Indes galantes… à l’Opéra Bastille (voir ). Une façon somme toute d’être fidèle au mélange de petits et de grands moments qui caractérise l’ouvrage. Un Faust pour trente saisons, tel celui « de » Jorge Lavelli (remplacé en 2011 par une oubliable version due à Jean-Louis Martinoty) ? « Ce qui est modé est voué à se démoder », remarquait Pierre Boulez. Distribution à la hauteur de l’occasion, dominée par Benjamin Bernheim en digne héritier d’Alain Vanzo (en plus moderne), où Valentin (Florian Sempey) éclipse Méphisto (Christian Van Horn), où Marguerite (Ermonela Jaho) n’a rien d’une Castafiore mais supporte mal le gros plan, où Sylvie Brunet-Grupposo est parfaite en Dame Marthe sexy et Michèle Losier très crédible en Siebel travesti. Chœurs et orchestre masqués, très à leur affaire sous la baguette du jeune et doué Lausannois Lorenzo Viotti. Présentation grand public (on est en prime time) par les chanteurs eux-mêmes, captation habile de Julien Condemine, compte-tenu de la difficulté à vidéoter la vidéo.  En attendant la réouverture… 
François Lafon 

26 mars, France 5 - En replay six mois sur Culturebox - Sur France Musique le 3 avril- Au cinéma, ultérieurement (Photo © Monika Rittershaus/OnP)


 

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