Mardi 6 décembre 2022
Le cabinet de curiosités par François Lafon
Xenakis, expo du centenaire : tempêtes émotionnelles
mercredi 9 février 2022 à 13h20
Né en 1921, 1922, 1924 ? Mâkhi, la fille de Iannis Xenakis s’amuse des divers passeports de son père. Toujours est-il que c’est son centenaire que commémore l’exposition Révolutions (au pluriel) Xenakis qui ouvre à la Cité de la Musique de la Villette, dont Mâkhi est la commissaire avec Thierry Maniguet, et l’architecte Jean-Michel Wilmotte le scénographe. « J’avais dix ans, mes parents m’avaient emmené à l’Expo Universelle de Bruxelles. Rien ne m’y fascina davantage que le pavillon Philips, œuvre commune de Le Corbusier et Iannis Xenakis », se souvient ce dernier. Dans la pénombre de la grande salle oblongue où Thierry Maniguet explique que le piège aurait été de séparer Xenakis musicien de Xenakis architecte, Xenakis mathématicien de Xenakis informaticien, c’est en effet tout un monde qui vit et revit au rythme des « court-circuits », des « espaces-temps » où le plafond devient périodiquement pluie d’étoiles et où les « masses sonores » qu’aimait l’artiste envahissent l’univers visuel dont elles sont indissociables. « Je suis né vingt-cinq siècles trop tard », plaisantait ce Grec exilé, enfant de la guerre devenu icône de son temps. Il était aussi largement prémonitoire, mais c’est aux esprits universels de la Renaissance que l’on pense en rapprochant des photos où on le retrouve travaillant avec ses deux « pères » (explique Mâkhi), Le Corbusier et Olivier Messiaen. Dans ce déluge de sons et d’images, on se raccroche, tel Jean-Michel Wilmotte, à ces souvenirs collectifs dont l’exposition ne peut qu’évoquer les effets émotionnels et qui ont fondé la légende : Paolo Bortoluzzi dansant Nomos Alpha sur une chorégraphie de Maurice Béjart (1969), les foules du samedi envahissant les ruines des Thermes de Cluny (Paris 5ème) pour s’immerger dans le Polytope (« Pluralité d’un lieu » - 1972), les mêmes, en plus  vieux (1979), au Diatope de Beaubourg… Et ne pas oublier, une fois passée cette galerie des tempêtes mémorielles, d’aller repérer dans les salles du Musée de la Musique les « Echos » disséminés - souvenirs pérennes des expositions temporaires -, où les œuvres de Vasarely ou Carlos Cruz-Diez  (Physichromie -2013) évoquent un monde où Xenakis personnifiait la devise « rien n’est impossible ». 
François Lafon 
Exposition Révolutions Xenakis. Cité de la Musique, Paris, jusqu'au 26 juin (Photo : Lithographie de Iannis Xenakis d'après le Diatope de Beaubourg © Collection Famille Iannis Xenakis)

 

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