Vendredi 14 août 2020
Le cabinet de curiosités par François Lafon
Violoncelles en concours, écoute interactive
vendredi 30 juin 2017 à 00h36
Cello 2017 : quatre CD, seize violoncellistes nés entre 1987 et 1994, captés sur le vif lors des récentes sessions (13 - 20 mai) du Concours Reine Elisabeth de Belgique, premier dédié à l’instrument quatre-vingt ans après sa première édition. Un cocorico national aussi, quatre des lauréats - à commencer par le premier prix Victor Julien-Laferrière - étant français, sans compter le Biélorusse Ivan Karizna, élève de Jérôme Pernoo au Conservatoire de Paris. Un coffret destiné aux happy few donc, voire aux professionnels. Non que les impétrants soient indignes de leurs illustres aînés (certains présents dans le jury : Gautier Capuçon, Truls Mork, Henri Demarquette, Natalia Gutman, Pieter Wispelwey, Mischa Maisky), mais comment écouter ces quatre heures trente-sept minutes et dix secondes d’œuvres variées - dont deux créations composées pour l’occasion ? En happy few, avec la prétention de cerner, à l’aveugle, les personnalités ? En professionnel, sans en posséder les codes de sélection, aussi complexes que ceux des Jeux Olympiques ? On peut contester le jury : si Julien-Laferrière s’impose dans le 1er Concerto de Chostakovitch comme le leader de sa génération, rattrapant le plus médiatisé Edgar Moreau, le Colombien Santiago Canon-Valencia (3ème prix) aurait pu permuter avec le Japonais Yuka Okamoto (2ème prix), compte non tenu du fait que celui-ci joue Dvorak et celui-là Haydn. Question de sonorité, de virtuosité, de précision ? Aussi, quoique à ce niveau… D’accompagnement ? Stéphane Denève avec le Brussel Philharmonic, Frank Braley avec l’Orchestre de Chambre de Wallonie font des prouesses, le second s’accordant particulièrement bien dans Haydn avec Canon-Valencia, d’où peut-être la préférence exprimée ci-dessus. On en alors vient à recycler les arguments-bateau – la présence, la fougue, la musicalité, le timbre – comme si le violoncelle était (et il l’est à sa manière) une voix d’opéra. On criera donc cocorico en écoutant Aurélien Pascal (4ème prix) jouer Poulenc entre chair et cuir, Yann Levionnois faire virevolter le Papillon de Fauré ou Bruno Philippe se mesurer à Bach, tous deux « lauréats », c’est-à-dire placés mais non gagnants. Et l'on réécoutera, sans chercher midi à quatorze heures, Ivan Karizna (5ème prix) sauter de Boccherini à Ysaÿe, casse-cou mais tellement vivant.
François Lafon

Cello 2017, Queen Elisabeth Competition. 1 coffret de 4 CD, distribution Harmonia Mundi

 

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