Vendredi 14 août 2020
Le cabinet de curiosités par François Lafon
Saintes 3 : Vox Luminis en pleine lumière
mardi 25 juillet 2017 à 16h34
20 juillet, Saintes, Abbaye aux Dames. L’Ensemble Vox Luminis termine par l’Ode à sainte Cécile de Haendel un concert enthousiasmant. Lionel Meunier s’avance avec l’air intimidé d‘un lycéen qui vient de recevoir un prix d’excellence : « C’est la première fois que nous donnons cette œuvre, je suis très ému… Nous pouvons faire un bis… Comme j’ai la chance de vivre depuis onze ans avec la soprano soliste, c’est un de ses airs que j’ai choisi, celui que je préfère. Je vais vous dire ce qu’elle chante – enfin, si j’y arrive : " Quelle voix humaine peut atteindre la sonorité sacrée de l’orgue ? Des notes qui inspirent l’amour divin, des notes qui volent sur leurs chemins célestes pour rejoindre le chœur des anges". » Et Zsuzsi Toth de chanter une nouvelle fois cette aria sublime, avant que les applaudissements redoublent et que certains spectateurs crient « Merci ». La scène serait anecdotique si elle ne reflétait pas à la fois le Festival de Saintes et l’Ensemble Vox Luminis. A Saintes, ce qui prime, c’est la relation avec le public, cet appétit de rencontres, d’échanges, d’émerveillement qui fait aussi le bonheur des interprètes, parce que la musique, c’est bien, mais avec de l’humain, c’est encore mieux. Vox Luminis et Lionel Meunier – qui dirige de l’intérieur même de l’Ensemble, ce n’est pas anodin – l’ont montré dans leur manière d’aborder le Dixit Dominus de Haendel qui précédait l’Ode à sainte Cécile : pour convaincre de la toute puissance de Dieu, le texte de ce Psaume 110 joue sur les effets dramatiques, et Haendel, qui ne ménage pas les contrastes, a tendance à en surajouter. Sans en trahir l’esprit et fort de sa petite formation (chanteurs comme instrumentistes), Lionel Meunier, qui sait bien qu’Haendel cherchait là à flatter ses bienfaiteurs italiens, va chercher un peu plus profond pour étayer son interprétation : l’Ensemble évite les tonitruances appuyées et s’attache aux sinuosités de la partition qui traduisent le doute, les interrogations, les tâtonnements de l’homme ordinaire. Ce qui n’empêche pas la majesté et l’allégresse de la fugue finale à la gloire de Dieu, comme si après les incertitudes apparaissait la lumière. Pour donner une telle version, il faut des musiciens hors pair. Ceux de Vox Luminis le sont, on ne le découvre pas ici, ils l’ont confirmé de manière éclatante.
Gérard Pangon
 
(Photo © Sébastien Laval)

 

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