Vendredi 7 août 2020
Le cabinet de curiosités par François Lafon
Robert Badinter : la mort en chantant
lundi 22 mars 2010 à 09h29
Robert Badinter aime beaucoup l'opéra. Pas étonnant de la part d'un avocat : on s'assassine beaucoup dans le monde lyrique (sur scène bien sûr ; en coulisse, les crimes sont plus métaphoriques). En ce moment, il écrit un livret pour le compositeur Thierry Escaich. Le thème : les dernières heures d'un condamné à mort. Comme il est co-commissaire, avec Jean Clair, de l'exposition « Crime et châtiment » au Musée d'Orsay, il ne sort pas de son sujet. Il a déjà, en 1995, tâté de la scène avec C.3.3, une pièce sur la condamnation d'Oscar Wilde pour homosexualité (C.3.3., c'est le numéro de la geôle de Reading où l'écrivain a été enfermé). Le spectacle a remporté un « succès d'estime », c'est à dire qu'il n'a pas marché, et la pièce, qui tient davantage de la plaidoirie que de l'action dramatique, n'a jamais été reprise. Un livret d'opéra, c'est plus contraignant, mais aussi plus sécurisé. Impossible d'être bavard, la musique, qui ralentit tout, vous oblige à condenser. Difficile d'être dogmatique : la musique, qui travaille dans le sensible, va vous contredire. Interdit de pratiquer le double-sens, le non-dit, le sous-texte : la musique est là pour ça. Envahissante, la musique ? Pas si elle sait dialoguer avec l'action. L'opéra, qui est affaire de dialectique, lui demande avant tout de ne pas faire cavalier seul. Pourquoi ne donne-t-on jamais Pénélope ? Parce que la musique de Fauré est superbe, mais elle roule toute seule, indifférente à ce qui se passe sur scène. En revanche, Paillasse fonctionne très bien, et tant pis pour ceux qui en trouvent (à raison) la musique grossière. Ne voyez dans tout cela aucun non-dit quant à l'association de Thierry Escaich, compositeur spécialisé dans la musique sacrée, avec Robert Badinter, l'homme qui a fait abolir la peine de mort en France. Dans l'imagerie populaire, l'image de la guillotine se découpe souvent sur fond de ciel sans nuage.

Exposition Crime et châtiment. Jusqu'au 27 juin. Paris, Musée d'Orsay.
 

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