Vendredi 18 octobre 2019
Le cabinet de curiosités par François Lafon
Rééditons en coffret : luxe ou contenu ?
mercredi 17 septembre 2014 à 18h59

Rentrée des chefs chez Deutsche Grammophon : Karajan, Fricsay et Kleiber font leur retour. 25 ans après sa mort, Karajan, lui, n’a vraiment quitté jamais le catalogue jaune, encore moins ses symphonies de Beethoven enregistrées au début des années 1960 avec le Philharmonique de Berlin et dont le coût de production a failli à l’époque faire couler son éditeur. Cette énième réédition essaye de retrouver l’esthétique de ce coffret qui a lancé la mode des intégrales, avec quelques textes (de Karajan) et photos (de Karajan) inédits pour justifier un nouvel avatar de ce best-seller. Les pro et anti Karajan ne se mettront jamais d’accord sur les qualités de cette interprétation tout à tour idolâtrée ou détestée : modèle absolu pour les premiers, preuve que le chef n’a jamais rien compris à Beethoven pour les seconds, difficile en tout cas de rester indifférent à un Philharmonique de Berlin rutilant de virtuosité. *
Pompeusement intitulé « enregistrements complets chez DG », le coffret Carlos Kleiber ne contient que trois CD, (plus, comme le Beethoven de Karajan, un Blu Ray audio avec les mêmes interprétations en qualité master : c’est la nouvelle mode chez DG), trois vrais chefs d’œuvre du disque, surtout les symphonies 5 et 7 de Beethoven et la 4 de Brahms avec un Philharmonique de Vienne superlatif, mais toujours disponibles aussi séparément. **
Moins luxueux que les précédents, plus riche en contenu, et surtout plus rare, est le coffret, consacré aux enregistrements pour orchestre (on attend les œuvres vocales et l’opéra) du chef hongrois Ferenc Fricsay. Certains de ces disques ont été régulièrement réédités, d’autres étaient introuvables, les réunir dans un seul coffret de 45 CD a donc tout son sens. Disparu prématurément à 50 ans (en 1964), Fricsay n’a jamais travaillé avec les conditions d’enregistrement dont Karajan et Kleiber ont joui. Cela s’entend, même si les prises de son sont tout à fait correctes pour la plupart, mais on ne résiste pas à l’énergie et l’imagination d’un chef surdoué : son Bartok diamantin est justement célèbre, mais il faut écouter ses symphonies de Beethoven (avec le Philharmonique de Berlin : une sorte d’anti-Karajan), ses symphonies et concertos pour piano de Mozart (avec Clara Haskil), une Symphonie « Du Nouveau Monde » de Dvorak inégalée de grandeur et élan, et même un étonnant disque consacré à la famille Strauss, pour mesurer tout son talent. Le bonus : une répétition de La Moldau de Smetana où l’on aperçoit tout l’humour et l’humanisme de Fricsay. ***

Pablo Galonce

* Beethoven 9 Symphonien. 5 CD + 1 Blu Ray Audio Deutsche Grammophon 479 3442
** Carlos Kleiber Complete Orchestral Recordings on Deutsche Grammophon. 3 CD + 1 Blu Ray Audio Deutsche Grammophon 479 2687
*** Ferenc Fricsay, Complete Recordings on Deutsche Grammophon, vol. 1 Orchestral Works. 45 CD Deutsche Grammophon 479 2691

 

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