Lundi 3 août 2020
Le cabinet de curiosités par François Lafon
Opéra et révisionnisme : des lendemains qui ne chantent pas
vendredi 5 janvier 2018 à 20h58
Onde de choc à l’opéra de l’effet Harvey Weinstein : faut-il, comme en conclut Olivier Py sur France Culture, réécrire les livrets suspects d’entretenir la violence faite aux femmes, faut-il, ainsi que le suggère la journaliste américaine Anne Midgette, interdire aux sopranos non-asiatiques de chanter Madame Butterfly, ouvrage impérialiste, faut-il s’offusquer qu’à Florence dans la mise en scène de Leo Muscato, ce soit Carmen qui assassine Don José, dont la réplique « C’est moi qui l’ai tuée » prend un sens inattendu ? Méli-mélo brassant les sujets sensibles de l’époque, miel pour les bien-pensants de tous bords - des plus angéliques aux moins fréquentables -, rappelant trop souvent que l’enfer est pavé de bonnes intentions et que qui veut faire l’ange fait la bête. Rien de si neuf du reste : en 2016 à l’Opéra de Lyon, Wajdi Mouawad transformait L’Enlèvement au sérail en manifeste féministe (voir ici), tandis qu’au festival d’Aix Christophe Honoré transportait Cosi fan tutte dans une Erythrée mussolinienne aux relents sexistes et racistes, tout cela – en plus politique et musicalement plus scrupuleux - dans la lointaine lignée « acclimatante » de La Flûte enchantée devenue à Paris Les Mystères d’Isis. Des mises au goût du jour rappelant le mot de Pierre Boulez « Ce qui est modé est voué à être démodé », mais esquivant, ce qui est plus inquiétant, la salutaire mise en perspective de l’évolution des mœurs que nous offrent les classiques. Et gêne surtout à l’idée que ce qu’on refoule produit des effets secondaires indésirables, et que le révisionnisme annonce en général des lendemains qui ne chantent pas. Ce qui, à l’opéra, est particulièrement problématique. 
François Lafon

 

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