Vendredi 14 août 2020
Le cabinet de curiosités par François Lafon
Mozart, une punition très dissuasive
mardi 16 mars 2010 à 00h01
Vous vous rappelez, Orange Mécanique de Stanley Kubrick ? C'était en 1971. On y voyait Alex (Malcolm McDowell), drogué à Beethoven et à l'ultra-violence, soigné de son ultra-violence à coups de Beethoven, qu'il ne pouvait plus écouter sans être instantanément pris de nausée. Folle fiction inspirée d'un roman de ce fou d'Anthony Burgess ? Eh bien, quarante ans plus tard, la réalité rattrape la fiction. A Derby (Grande-Bretagne), il y a une école où l'on oblige les élèves les plus indisciplinés à écouter du Mozart et du Ravel. Résultat : 60% d'incivilités en moins. Brendan O'Neill, animateur du site spiked-online.com ("dopage en ligne.com") et auteur d'un essai intitulé Weaponizing Mozart (qu'on pourrait traduire par « Comment transformer Mozart en arme ») déclare que l'école en question n'hésite pas à « donner ainsi un grand coup sur la tête des délinquants ». Un grand coup sur la tête, Mozart ? Allez dire ça aux gens qui cassent leur tirelire pour aller s'en délecter à Aix ou à Salzbourg ! Cette thérapie de choc nous rappelle que :
1 – Les enfants n'aiment pas la musique classique. Leur oreille est formée à des harmonies basiques, aisément reconnaissables et peu fatigantes pour les cellules grises.
2 – Le système scolaire a abandonné l'idée de transmettre aux élèves les clés de la culture.
3 – Pour le peuple, la musique est plus que jamais une affaire de gens chics, à laquelle ils n'a pas accès.
En Angleterre, au Pays de Galle et en Irlande du Nord, les pouvoirs publics ont trouvé un moyen infaillible d'empêcher les attroupements de jeunes dans les parcs et autres lieux publics : on y diffuse de la musique classique à fort régime. C'est plus efficace et moins dangereux que la petite boite à ultrasons (illégalement) utilisée chez nous, et destinée à troubler l'oreille interne des moins de vingt-cinq ans (tiens, presque comme dans Orange mécanique). La musique comme agent excluant : on connait des mélomanes qui aimeraient moins Mozart s'il n'avait cette vertu. Quand durcira-t-on le ton en passant de Mozart à Schoenberg ? Là, il faudra faire attention : les mélomanes risquent de fuir et les jeunes d'aimer.
 

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