Samedi 8 août 2020
Le cabinet de curiosités par François Lafon
Moscou Paradis : Chostakovitch en Gershwin du Soviet suprême
samedi 10 février 2018 à 00h17
A l’Athénée : Moscou Paradis, « comédie musicale d’après Dimitri Chostakovitch » par la compagnie Opéra Louise de Fribourg. Une opérette même (Moscou, Tcheriomouski ou Quartier des cerises) créée en 1959, dernier ouvrage lyrique de l’auteur du Nez et de Lady Macbeth de Mtsensk. Une œuvre de commande et un exercice de style : il s’agissait de fêter en musique le lancement d’une cité idéale au sud-ouest de Moscou appelée à être reproduite dans de nombreuses villes d’URSS, où les heureux camarades travailleurs avaient enfin leur appartement à eux, et au milieu des cerisiers en fleurs encore. Mais comme on était en plein dégel khrouchtchévien, Chostakovitch et ses deux librettistes-humoristes Vladimir Mass et Michail Chervinsky en ont profité pour saupoudrer les roses de quelques pincées de poivre, épinglant les fonctionnaires-profiteurs dans la lignée de Gogol et convoquant Boulgakov (Le Maître et Marguerite) pour résoudre par un tour de magie les tracasseries kafkaïennes auxquelles le citoyen soviétique était en butte. Soixante ans après et pour un public occidental qui connaît d'autres problèmes de logement, le metteur en scène Julien Chavaz remuscle le propos en jouant la carte du cartoon peuplé de pantins formatés, sur lequel plane une étrange menace personnifiée par le concierge muet de l’immeuble, devant lequel se fige périodiquement le ballet frénétique des gentils locataires et des méchants bailleurs. Même douche écossaise pour la musique - habilement transcrite pour deux pianos et percussions et finement dirigée par Jérôme Kuhn -, mais dont on saisit moins bien les nombreux clins d’œil et citations (de Tchaïkovski au « Chant des jeunes travailleurs ») dont le public moscovite devait se délecter, tout en admirant le génie du Beethoven du XXème siècle à se transformer à volonté en Gershwin du Soviet suprême. Excellente troupe, chantant (fort bien) en russe et jouant (aussi bien) en français, tous portant à bout de voix cette curiosité créée en France (Opéra de Lyon) en 2005 seulement et dont c’est la première à Paris.
François Lafon

Théâtre de l’Athénée, Paris, jusqu’au 16 février (Photo©Magali Dougados)

 

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