Jeudi 17 octobre 2019
Le cabinet de curiosités par François Lafon
Les coiffeurs dégagent aussi la musique
jeudi 9 décembre 2010 à 10h34

Ce n’est pas Clochemerle, mais ce n’en est pas loin. Partie d’Alsace en juillet dernier, la grogne s’est généralisée : les salons de coiffure  font la grève de la musique d’ambiance. Tant mieux, diront certaines clientes, qui n’en peuvent plus d’entendre bêler Lady Gaga  par-dessus le ronron du casque. Mais les professionnels prennent la situation au sérieux, et le mouvement risque de s’étendre aux boutiques d’alimentation, aux supermarchés, aux bars et aux restaurants.  Tout cela est la faute à la Spre (Société pour la perception de la rémunération équitable), dont la redevance est déjà passée de 18,5% à 37,5% des droits d'auteurs en 2010,et qui va en plus demander en 2011 un supplément de 47 euros par employé pour une boutique de plus de deux employés. TVA, plus Sacem, plus Spre, cela commence à chiffrer !  « Ce nouveau barème, qui date du 5 janvier 2010, n'aura pas beaucoup d'impact, puisque 87% des salons de coiffure en France ont moins de deux employés. L'augmentation, de 24 à 90 euros, est certes forte, mais elle part d'une base qui est très faible et qui n'avait pas augmenté depuis 1987 ! Les artistes ont le droit d'être rémunérés », se défend Pierre Jabouley, directeur de la Spre.  Mais la révolte est d’autant mieux attisée que son instigateur, le vice-président de l’Union nationale des salons de coiffure Bernard Stalter, est par ailleurs président de la Chambre de Métiers et du Conseil économique et social d'Alsace. De son côté la Sacem, mise en cause par certains frondeurs relayés par la presse (France Soir y est même allé de sa couverture du 7 décembre), précise dans un communiqué officiel que « La récente revalorisation significative des barèmes de la rémunération équitable résulte d'une décision règlementaire du 5 janvier 2010 votée par la Commission de l'article L 214-4 du Code de la Propriété Intellectuelle et publiée au Journal Officiel du 23 janvier 2010. Aucun représentant de la Sacem ne siège au sein de cette Commission, présidée par un représentant de l'Etat, Monsieur Gilles Andréani, et composée à part égale de représentants des bénéficiaires du droit à rémunération (artistes et producteurs phonographiques) et de représentants des organisations d'utilisateurs de phonogrammes dont la liste a été déterminée par voie ministérielle. ». « Qu’à tout cela ne tienne, répondent quelques petits malins, il suffira aux commerçants de ne  passer que des morceaux diffusés par Jamendo ou Dogmazic, deux sites proposant des albums en téléchargement gratuit. Et tant pis si Jamendo soutire aux artistes 50% des recettes publicitaires générées par leurs disques. » Une autre solution serait de changer de répertoire et de s’en tenir à des enregistrements tombés dans le domaine public : Fréhel ou André Claveau pour les variétés, Furtwängler et Artur Schnabel pour le classique. Le classique ? Mais vous voulez donc  la mort de tous les salons de coiffure, d’Alsace et d’ailleurs ?

François Lafon

 

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