Lundi 3 août 2020
Le cabinet de curiosités par François Lafon
Horowitz, sur la corde raide
mercredi 15 février 2017 à 11h38
Aux éditions Actes Sud : Horowitz l’Intranquille de Jean-Jacques Groleau. Pas facile de saisir ce pianiste vif-argent, de le suivre dans ses humeurs fantasques, dans les méandres d’une vie à la fois hors du commun et au fond peu romanesque. Au premier abord, un personnage pas très sympathique, capricieux, exhibitionniste, nombriliste, cyclothymique, intéressé. En d’autres termes, un dépressif, un bipolaire même (comme on dit aujourd’hui), paniqué à l’idée de perdre l’or qu’il avait au bout des doigts. Car si le talent ne s’explique pas, le sien était plus insaisissable, plus paradoxal encore que celui des autres. Plus doué pour les petites formes que pour les grandes, il donnait au moindre impromptu un éclat de diamant. Interprète mais pas créateur - à la différence de son maître Rachmaninov -, il n’hésitait pas à retailler à sa main les partitions les plus intouchables. Mais comment expliquer ce sens du rythme et de la respiration, ce toucher arachnéen et puissant en même temps, cette façon de provoquer désir et frustration chez un auditeur charmé et/ou agacé, en fin de compte captivé ? Sans chercher à expliquer l’inexplicable, Jean-Jacques Groleau - plus encore sur la corde raide que dans son essai sur Rachmaninov (même éditeur) - fait sentir tout cela, laissant Horowitz se perdre dans l’ombre et revenir dans la lumière, alterner hyperactivité et paralysie mentale (et digitale), jouer à Qui a peur de Virginia Woolf ? avec son épouse Wanda (née Toscanini) et brouiller les pistes menant à sa psyché mal assumée. Le reste est dans les (nombreux) enregistrement de l’artiste. 

François Lafon



Horowitz l’Intranquille, de Jean-Jacques Groleau.
Actes Sud/Classica, 209 p., 19 €

 

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