Mardi 15 octobre 2019
Le cabinet de curiosités par François Lafon
Gershwin et les puristes
lundi 22 août 2011 à 10h30

Débat d’experts autour du Porgy and Bess de Gershwin, monté à Cambridge (Massachusetts) par l’American Repertory Theatre, et repris à Broadway l’hiver prochain. En tête de la fronde : Stephen Sondheim, compositeur et librettiste, conscience et mémoire de la comédie musicale. Depuis les années 1980, l’ouvrage de Gershwin figure au répertoire des grandes maisons d’opéra, le MET en tête. Des éditions musicologiques ont vu le jour, bien éloignées de la version entertainment créée en 1935 à Broadway, avec un succès d’ailleurs modeste. Première pomme de discorde : le titre, qui devient « Le Porgy and Bess de Gershwin ». « Au cas où on l’aurait confondu avec celui de Rogers et Hart », ironise le critique Patrick Healy, du New York Times. Plus grave, le livret est remanié : ajouts de dialogues, de péripéties et même d’un happy end qui modifie la signification de l’œuvre. On sait désormais pourquoi Porgy est infirme, et comment Bess est devenue une fille perdue. Exeunt les archétypes qui font le grand opéra, remplacés par des humains comme vous et moi. Réponse de Diane Paulus, metteur en scène du spectacle : « On peut pas demander à un public actuel de s’intéresser pendant trois heures à une intrigue pleine de lacunes et à des personnages incompréhensibles ». Et de fustiger les puristes gershwiniens, qu’elle assimile à une secte. Cela va faire drôle aussi d’entendre l’orchestre réduit à un petit ensemble de dix-huit musiciens, quand on est habitué aux enregistrements symphoniques de Lorin Maazel ou Simon Rattle. Stephen Sondheim y sera sensible, lui qui a dû attendre que ses propres ouvrages (A Little Night Music, Sweeny Todd) soient donnés à Paris, au Châtelet, pour les entendre « grandeur nature », avec le Philharmonique de Radio France dans la fosse.

François Lafon

 

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