Lundi 3 août 2020
Le cabinet de curiosités par François Lafon
Festival Berlioz 1 : habiles rapprochements
mercredi 30 août 2017 à 01h20
Cette année au Festival Berlioz de la Côte-Saint-André : « Berlioz à Londres au temps des expositions universelles ». Deux manifestations ce 29 août, deux façons inventives de traiter le sujet. En matinée à l’église : début de l’intégrale en cinq concerts des Quatuors « Londoniens » de Haydn, par l’excellent London Haydn Quartet. « Un clin d’œil aux souvenirs de Berlioz dont l’appartement londonien était voisin d’un salon de musique ». Habile rapprochement : les Quatuors op. 71 et 74 de Haydn et le Quatuor op. 74 de Beethoven. Contraste évident entre le génie haydnien d’étonner sans cesse sans sortir du cadre classique, et celui, beethovénien, de faire exploser ledit cadre tout en lui rendant hommage. Galvanisés par l’énergique premier violon Catherine Manson, les Anglais jouent sur instruments d’époque, mais sans baroquiser : classiques toujours, façon pertinente de réconcilier Berlioz avec Haydn. En soirée dans la vaste chapelle des Apprentis d’Auteuil (ex-Orphelins d’Auteuil, délocalisés dans vingt-cinq départements) : La Tempête (d’après Shakespeare) par la Compagnie La Tempête. « Créer un univers fantastique, échapper à la paraphrase, stimuler l’imaginaire et provoquer un éveil constant et inconscient de l’auditeur » : ainsi Simon-Pierre Bestion - auteur, metteur en scène, chef d’orchestre et de chœur – définit-t-il son projet à la tête de ladite Compagnie. Impressionnant travail musical, convoquant Locke et Purcell, Hart et Draghi, Pécou et Philippe, Franck Martin et Berlioz pour retrouver, en musique, chant, danse et expression corporelle, les « paysages imaginaires » d’une des pièces les plus mystérieuses de Shakespeare - comédie féérique, fable politique, métaphore du théâtre, peut-être son testament d’artiste. Troupe nombreuse et polyvalente, parfum de happening post-68, exaltation des forces naturelles davantage que drame personnel du magicien Prospero (qu’on ne voit pas, jusqu'à ce qu'on découvre qu'il s'agit de Bestion, omniprésent maestro), mais surtout atmosphère de recueillement, voire de religiosité étrangère au propos shakespearien. Une manière berliozienne peut-être de prendre ses distances avec le sujet.
François Lafon

Festival Berlioz, La-Côte-Saint-André, jusqu’au 3 septembre (Photo : La Tempête©FestivalBerlioz)
 
 

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