Mardi 15 octobre 2019
Le cabinet de curiosités par François Lafon
D’un affrontement à l’autre : opéra syndical
samedi 2 février 2019 à 20h06
Retour du compositeur Giorgio Battistelli à l’Opéra national de Lorraine, qui avait déjà vu la création de son Divorzio all’italiana en 2008, ainsi que celle de son Il Medico dei pazzi, en 2014, pour une nouvelle commande, à partir de 7 Minuti, de l’écrivain italien Stefano Massini. La pièce eut un tel succès à la suite de sa première, à Bologne, en 2014, qu’elle fut portée à l’écran deux ans plus tard, par Michele Placido. Le sujet, tiré d’un fait-divers dans une entreprise de lingerie féminine, en Haute-Loire, en 2012, évoque le monde du travail : onze femmes, déléguées de deux cents personnes, doivent délibérer sur la proposition des « Cravates », les repreneurs de l’usine, de supprimer sept minutes du temps de pause journalier, afin de « préserver  l’emploi ». La confrontation sur scène et en musique de ce huis clos syndicaliste a de quoi surprendre, mais c’était compter sans le travail scénique du metteur en scène Michel Didym, et la distance politique du livret, dont les mots sonnent vrai. Le parti-pris de n’avoir sur scène aucun homme, mais onze voix de femme, est une autre gageure relevée par le compositeur. Chacune reflète un personnage différent, origine, âge, conscience, etc – d’où une grande variété de tessitures qui s’imbriquent dans une forme traditionnelle : de l’aria au duo, jusqu’au sextuor. Autre trouvaille, les brèves interventions d’un chœur majoritairement masculin disséminé parmi les spectateurs – seul élément « extérieur » au drame. Tout en privilégiant les sons graves, Battistelli allège son orchestre, glissant çà et là un accordéon, sans se priver d’intermèdes musicaux (trop brefs, à notre goût !), qui prolongent aux cordes dans un style orné typiquement italien le lyrisme de la voix. Bien dirigée par Francesco Lanzillotta, une excellente distribution italienne, en particulier la contralto Milena Storti dans  le rôle de Blanche, porte-parole des déléguées qui va provoquer les consciences, dont, au-delà de la similitude du prénom (qui ne peut-être fortuite), la stature dramatique rappelle Blanche de La Force du Dialogue des Carmélites de Poulenc…  
Franck Mallet

Nancy, Opéra national de Loraine, vendredi 1er février, 20h
(Photo : Milena Storti (au centre) ©C2images pour l’Opéra national de Lorraine)
 
Prochaines représentations : 3 (15 h), 5, 7 et 8 février, 20 h

 

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