Dimanche 25 octobre 2020
Le cabinet de curiosités par François Lafon
Compositeur, un métier no future
mercredi 4 juillet 2012 à 10h04

« Y a-t-il besoin d’un compositeur pour écrire de la musique ? » C’est la question que, sur le site BBC News, pose Armand Leroi, professeur de biologie évolutive du développement à l'Imperial College de Londres. « On ne pense pas toujours la musique en termes d’évolution. Or tout le monde sait qu’elle a une histoire et des traditions, qu’elle est en perpétuelle mutation. Les différentes traditions musicales se rejoignent, se transmutent, fusionnent et de divisent à nouveau. Ce qui est évident dans le domaine de la biologie, pourquoi ne pas tenter de le lui appliquer ? Pourquoi ne pas admettre qu’elle évolue selon un processus darwinien ? » Travaux pratiques avec le Dr Bob MacCallum, spécialiste de la vie des moustiques à l'Imperial College de Londres le jour, animateur de Darwin Tunes la nuit. Sur son programme d’ordinateur : deux brèves boucles sonores. Il y a des notes dans tous les sens, les différents types de sons sont générés de façon aléatoire. Puis les deux boucles originelles se mélangent et se recombinent, afin de créer quatre nouvelles boucles, puis seize, puis autant qu’on veut, jusqu’à donner une centaine de thèmes musicaux. Quelques milliers de mutations plus tard, apparaissent des timbres instrumentaux que personne n’a programmés. Il y a des moments forts et des moments faibles, des périodes de création intense et des plages de stagnation, des blocages débouchant sur des solutions inattendues. Comme dans l’histoire de la musique « humaine », en somme. Test sur des adultes : certains thèmes marchent, d’autres non. Tests sur des enfants : ce ne sont pas les mêmes thèmes qui marchent. On trie tout cela, les flops passent à la poubelle, les tops servent à créer de nouveaux thèmes, plus complexes, plus harmonieux, plus mélodieux. Résultat de l’expérience : en se passant de compositeurs, on peut créer la musique dont rêvent les consommateurs. La loi du marché en tant que force créatrice. « Ce n’est pas du Mozart, concède le Pr Leroi, mais la musique du peuple dans sa forme la plus pure ». En musique aussi, le populisme a de beaux jours devant lui.

François Lafon

 

Le cabinet de curiosités
 
Anciens sujets par thème
 

Anciens sujets par date
2020
2019
2018
2017
2016
2015
2014
2013
2012
2011
2010
2009