Lundi 14 octobre 2019
Le cabinet de curiosités par François Lafon
Claudio Abbado, secret bien gardé
lundi 20 janvier 2014 à 14h47

P.G. : Claudio Abbado est mort.
F.L. : Qu’est-ce qu’on peut faire d’original ?
A.L. : En quoi l’était-il ?
Bonne question (la dernière) : Claudio Abbado n’a jamais essayé de l’être, original. Jeune chef, ce Milanais formé à Vienne avait tous les dons, mais qu’en dire ? Plus tard, à la Scala, il a contribué au relooking généralisé de l’art lyrique, sans se poser en innovateur. A Berlin, où il a succédé à Karajan, il a cultivé une perfection que certains trouvaient froide, sans chercher à jouer les réformateurs. L’âge venant, malade, il a donné avec l’Orchestre du Festival de Lucerne des interprétations magiques de Mahler et de Bruckner, sans se prendre pour un magicien. Il aimait créer des orchestres (Jeunes de la Communauté européenne, Gustav Mahler, Mozart), sans démiurgie affichée. Il a même tâté du style baroque, sans prendre partie pour aucune chapelle. Claudio Abbado parlait peu, remplaçait les explications par des sourires. Il fuyait les interviews : difficile de le retrouver dans Milan, Vienne ou Berlin, s’il avait décidé - lui si affable – de poser un lapin à un journaliste. Il n’affichait pas non plus ses idées politiques (PC italien), tout en restant fidèle à ses camarades Luigi Nono ou Maurizio Pollini. Sa discographie, abondante, n’est pas moins déroutante : essentiel dans Verdi, vif-argent dans Bartok, il était inspiré par Brahms davantage que par Beethoven, par Rossini plus que par Mozart. Son seul livre : un ouvrage pour enfants intitulé Je serai chef d’orchestre. Regardez-le diriger (nombreuses vidéos de toutes les époques) : l’élégance même, avec quelque chose d’indéfinissable, comme un secret bien gardé.

François Lafon

Photo © DR

 

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