Mardi 15 octobre 2019
Le cabinet de curiosités par François Lafon
Alex Steinweiss, l’œil musical
lundi 1 août 2011 à 09h39

Alex Steinweiss vient de mourir à quatre-vingt-quatorze ans. En 1939, chez Columbia Records où il venait d’être nommé directeur artistique, il a inventé la pochette illustrée. En 1948, il a lancé les premières jaquettes en carton. En 1970, il s’est arrêté pour se consacrer à la peinture et à la céramique. : «Un jour que j’attendais à la réception d’une compagnie de disques, moi dans mon costume, à côté de tous ces types à cheveux longs et vestes à franges, je me suis dit que j’étais bon pour la retraite.» Ses pochettes de disques, très marquées par la technique du collage, étaient à la fois naïves et extraordinairement inventives : gratte-ciel en pointillé pour le Concerto en fa de Gershwin, armure à fenêtres pour Une Vie de héros de Richard Strauss (avec photomaton du compositeur et flèches indiquant le cœur du héros), arc-en-ciel ailé pour L’Oiseau de feu de Stravinsky, poste de TSF coiffé d’un canotier pour Bing Crosby, piano-fusée pour le Concerto « L’Empereur » de Beethoven. Son style a fait école : le piano-fusée, par exemple, a inspiré la pochette de l’album de Pinfk Floyd The Dark side of the Moon en 1973. Fait remarquable : ce sont les œuvres qu’il mettait en valeur, plus que les interprètes, fussent-ils aussi vendeurs que Bruno Walter, Rudolf Serkin, Jennie Tourel ou Oscar Levant. On se demande comment il aurait contourné les actuels diktats du marketing et intégré à ses créations les galeries de photos-promo censées aguicher le client.

François Lafon

A lire : S. Heller et K. Reagan, Alex Steinweiss, inventeur de la pochette de disque moderne, Edition Taschen, 49, 90 €.

 

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