Vendredi 19 juillet 2019
Le cabinet de curiosités par François Lafon
Yehudi Menuhin, voyage au long cours
mercredi 20 avril 2016 à 17h15

80 CD, 11 DVD, un livre, une compilation, un double CD enfants : pour le centenaire Yehudi Menuhin (1916-1999), Warner tente de renouveler le miracle Callas, dont l’intégrale remasterisée a durablement aidé le label à affronter la crise du disque. Remastering soigné aussi pour cette somme, courant du début de l’enregistrement électrique (1929 – Menuhin avait treize ans) au tout-digital (1999, date de sa mort), passant du studio au live, du blockbuster à l’inédit, et en vidéo du Concert Magic tourné en 1947 dans l’ancien studio de Charlie Chaplin à Hollywood aux ultimes conversations-fleuves à Mykonos avec Bruno Monsaingeon - l’élève et le disciple, violoniste et cinéaste, dont Menuhin aura été le grand homme avant même Sviatoslav Richter et Glenn Gould, et artisan de cette réédition. Une somme moins grand public que l’intégrale Callas, tout de même, question de répertoire et d’instrument, le violon de Menuhin étant souvent plus expressif mais pas toujours plus melliflue que celui de ses confrères, les problèmes techniques et les écarts de justesse s’aggravant en outre à mesure que les moyens d’enregistrement devenaient plus précis et plus impitoyables. Reste qu’écouter Menuhin au long cours est un voyage dans le siècle, que les six coffrets (disponibles séparément) sont agencés pour contenter le passionné (les raretés et inédits) comme le néophyte (gravures historiques), l’un et l’autre se retrouvant autour des enregistrements de l’artiste avec sa sœur Hephzibah - excellente pianiste restée dans l’ombre de son illustre frère – et bien-sûr des films où la seule présence de Menuhin explique en partie le phénomène. Car l’essentiel est de l’ordre de l’indicible, de l’exclamation d’Albert Einstein en 1929 (« Je sais maintenant qu’il y a un Dieu au ciel ») à la péroraison de Monsaingeon : « La lumière est à la fois onde et particule. La particule a peut-être partiellement fait défaut à Yehudi dans l’ultime phase de sa carrière. L’onde est demeurée ». On ne saurait mieux résumer l’art du violoniste (et chef, meilleur qu’on l’a dit) ni mesurer la vanité de toute critique concernant les traces d’angélisme dont l’artiste savait non sans finesse émailler ses propos et légitimer ses choix artistiques et humains.
 

François Lafon
 

The Menuhin Century : une boite de 6 coffrets disponibles séparément + un livre « Passion Menuhin » de Bruno Monsaingeon – Yehudi Menuhin, le violon du siècle, 2 CD – Yehudi Menuhin pour les enfants, 2 CD

 

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