Vendredi 19 juillet 2024
Le cabinet de curiosités par François Lafon
Opéra Bastille : Cendrillon, hommages détournés
dimanche 27 mars 2022 à 01h27
Entrée au répertoire de l’Opéra de Paris de Cendrillon de Massenet sur un livret de Henri Cain d’après le conte de Perrault. Créé à l’Opéra Comique en 1899, ressuscité par le disque dans les années 1970 (avec Frederica von Stade - Sony), champion des Massenet-qui-ont-survécu face à Manon et Werther, l’ouvrage tient de l’hommage détourné voire ironique, le conte bien connu se prêtant à nombre d’allusions, clins d’œil, « à la manière de » Lully, Rameau, Rossini, Verdi et quelques autres, sans oublier Massenet lui-même (Manon n’est pas loin) dans les passages sentimentaux. Sur la vaste scène de l’Opéra Bastille, la metteur en scène Mariame Clément prend moins de risques qu’avec un autre conte mis en musique, Hänsel et Gretel de Humperdinck, qu’elle avait psychanalysé au Palais Garnier en 2013 (voir ici). Enfin, relativement moins, car la « machine à fabriquer des princesses » (M. Clément) qui occupe l’espace et tient lieu de générateur de la Fée… électricité que Cendrillon a pour marraine est là pour nous rappeler que nous sommes au temps de l’industrie toute puissante et que le surnaturel a transmigré dans le progrès technique. Jolie idée : faire de Cendrillon et du Prince Charmant (une dame « en pantalon », comme le Chérubin de Mozart) deux gamins facétieux, indifférents au rituel racorni de la cour et échappant à la fatalité épinglée par… Molière (L’Ecole des femmes) reprise par le père de Lucette (une Cendrillon décidément de son temps) : « Du côté de la barbe est la toute-puissance ». Plateau équilibré et international (bonne prononciation française en général) sous la baguette vitaminée du polyvalent Carlo Rizzi : Tara Erraught-Anna Stephany (Cendrillon et le Prince), couple… charmant et vocalement bien apparié, abattage de l’imposante Daniela Barcellona en marâtre, bonhomie naturelle de Lionel Lhote en père pas si dépassé par les événements, aigus scintillants de Kathleen Kim en bonne Fée. Gros succès et mot de la fin dans la bouche d’une petite fille sagement installée entre ses parents : « On retrouve quand même bien l’histoire ». 
François Lafon
Opéra National de Paris-Bastille, jusqu’au 28 avril – En direct sur Culturebox le 7 avril et au cinéma, dont le réseau UGC dans le cadre de la saison « Viva l’Opéra ! » - En différé sur France Musique le 7 mai (Photo © Monika Rittershaus / OnP)

 

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